LES FEUX DE LA CHANDELEUR

France, Italie – 1972
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Serge Korber
Acteurs : Annie Girardot, Jean Rochefort, Bernard le Coq, Claude Jade, Gabriella Boccardo, Bernard Fresson…
Musique : Michel Legrand
Image : 1.85 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français pour sourds et malentendants
Durée : 99 minutes
Editeur : Coin de mire Cinéma
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
Hiver 1962, Alexandre Boursault, huissier dans une petite ville du Jura quitte sa femme dont il ne supporte plus ni les frasques, ni les activités politiques. Dix ans plus tard, elle n’a cessé de l’aimer et veut à tout prix le reconquérir…
Dernières braises
Oublié aujourd’hui, Les Feux de la chandeleur connu en 1972 un joli petit succès. Il faut dire qu’en ce temps-là la France était littéralement amoureuse d’Annie Girardot, image de la femme courage, de l’actrice modeste et d’une certaine France besogneuse et engagée. Un personnage que l’on retrouve bien entendu ici, empêtré dans un mélo provincial assez tristounet.
Annie Girardot incarne donc ici Marie-Louise Boursault, ancienne femme de notaire abandonné par celui-ci lassé de ses frasques politiques et de ses prises de positions qui agacent la bourgeoisie locale. Moins fantaisiste, il la quitte le matin de la Chandeleur, mais elle ne s’en remettra jamais, persuadée années après années qu’il finira par revenir : leur amour est bien trop fort. Une femme de conviction donc, entêtée, convaincue, mais dont le déni inquiète dix ans plus tard ses deux enfants qui ne croient plus depuis longtemps à ses fantasmes. Plutôt un joli sujet donc, qui aurait pu permettre d’offrir une intéressante confrontation entre une Annie Girardot vivante et enflammée et un Jean Rochefort étonnement fermé et discret, mais aussi d’explorer cette petite lisière de la folie entre mélancolie et rêverie éveillée, écho d’un romantisme éperdu et improbable. C’est qu’en plus d’être anciens amants et époux, Marie-louise et Alexandre incarnent à merveille les deux grandes branches de la France de ce début des années 70, partagée entre la population de droite bien rangée et ravie de l’ordre établi et une frange beaucoup plus tumultueuse, revendicative et prompte à remettre en cause les inégalités et les injustices.
Un dimanche en famille
Mais de la passion attendue, de la confrontation cinégénique, il ne sera jamais vraiment question ici, les débats politiques s’évidant dans de longues discours très écrits et démonstratifs, alors que l’effusion des sentiments reste circonscrite à quelques regards lointains et à quelques fantaisies (le fameux chapeau rouge en plein hivers… quelle folie !) enfermés dans une réalisation terriblement plate et sans grandes inspirations. Connu pour ses deux collaborations avec Louis de Funès, L’Homme-orchestre et Sur un arbre perché, ou le Et vive la liberté ! des Charlots, Serge Korber a connu une carrière atypique et chaotique, débutant avec le soutient de Truffaut ou Agnès Varda, s’achevant avec l’adaptation boudée des Bidochons et de nombreux documentaires sur les acteurs (Gabin, Trintignant…) ou les compositeurs (Boris Vidan, Michel Legrand…) il aura aussi connu, rapidement après le film en présence ici, un long passage par la catégorie X. Si le monsieur sait placer sa caméra et surtout mettre en valeur le talent de ses acteurs, dont la jolie Claude Jade et un Bernard le Coq dans son premier rôle important, il semble constamment figer le tableau dans une succession de souvenirs sépias, d’intérieurs poussiéreux et de réactions qui manquent cruellement de crédibilité (la romance entre la fille et l’instituteur joué par Bernard Fresson) ou sombre rapidement dans le mélo larmoyant emporté par les mélodies d’un Michel Legrand qui n’attend que ça.
Malgré une affiche de qualité et un thème qui aurait pu donner naissance à un beau film, Les Feux de la chandeleur manque sa cible et s’enfonce assez rapidement dans un mélodrame morne et peu palpitant. Les acteurs font de leur mieux, mais pas sûr que cela suffise.
Image
On trouve un peu moins d’informations que d’habitude quant à cette restauration HD de Les Feux de la chandeleur. On sait simplement grâce au site de l’éditeur que celle-ci a été opéré à partir des négatifs du film et par nos yeux qu’il ne s’agit surement pas là d’un scan 4K de ces derniers. Il manque ici en effet un soupçon de profondeur, un peu de force et d’intensité dans la restitution des matières et la maitrise du grain. Cependant, les cadres sont effectivement particulièrement propres et franchement stables et les couleurs ont retrouvé leur force initiale avec de très beau contrastes et des primaires bien pleines. Quelques plans semblent plus doux, voir vaporeux et parfois les arrières plans et les bords semblent légèrement bruités, mais le travail général est plus que satisfaisant.
Son
Petit mono d’origine, sobre, clair et centré, mais justement restitué avec le confort inédit du DTS HD Master Audio 2.0. Les voix portent bien et les musiques de Michel Legrand se voient dotées d’une belle légèreté.
Interactivité
Les Feux de la chandeleur rejoint la fameuse collection La séance de l’éditeur Coin de mire et propose donc le film accompagné d’un avant-programme qui s’ouvre par de bonnes vieilles actualités de l’année de la sortie. Cela dit cas particulier, il s’agit ici surtout de deux grands reportages l’un sur le destin d’Elisabeth II et les amitiés franco-anglaise et l’autre officiant un portrait de la nouvelle spiritualité des communautés hippie américaines. Suivent la bande annonce de Chère Louise et une sélection de pubs cinéma où l’on découvre les joies du mariage en Levis, un Romain Bouteille qui invente le turbofiltre après Arthur Martin, Total qui drague honteusement les enfants avant de leur pourrir la santé, que l’on peut Vivre seulement d’amour et de Gini et enfin un Jugnot, séducteur, qui profite des pouvoirs incroyables des gratins Lustucru. Un vrai voyage dans le temps, entièrement restauré au passage.
A tout cela l’éditeur ajoute aussi un petit reportage d’archive enregistré durant le tournage du film avec de courtes interviews du réalisateur et des acteurs où ils évoquent le sujet du film et les différents personnages. Le journaliste Julien Comelli est lui aussi de la partie avec une nouvelle présentation du film qui se concentre en bonne partie sur la carrière méconnue de Serge Kober et le petit succès du film à sa sortie.
Liste des bonus
La séance complète avec actualités Pathé, réclames publicitaires et bandes-annonces d’époque (20’), « Conte d’hiver » : document de Julien Comelli (19’), Interviews de Serge Korber et des acteurs sur le tournage du film (10’).






