LE CRÉATEUR

France – 1999
Support : Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Albert Dupontel
Acteurs : Albert Dupontel, Claude Perron, Philippe Uchan, Nicolas Marié, Michel Vuillermoz, Patrick Ligardes…
Musique : Jean-Philippe Goude, Ramon Pipin
Durée : 91 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français DTS-HD 2.0 & 5.1
Sous-titres : Français pour malentendants
Editeur : Studiocanal
Date de sortie : 16 septembre 2026
LE PITCH
Victime d’une dépression nerveuse foudroyante après le succès de sa première pièce de théâtre, Darius, un écrivain frustré et alcoolique, est enfin de retour chez lui après une longue convalescence. Mais il n’a pas le temps de souffler (et encore moins de retrouver l’inspiration) que la demande autour d’une nouvelle œuvre se fait de plus en plus pressante, allant jusqu’à le pousser au meurtre….
Ainsi sois-je…
Échec sans appel lors de sa sortie en salles à l’été 1999, le second long-métrage d’Albert Dupontel refait surface et intègre une nouvelle collection bluray issue d’un partenariat entre le journal Première et l’éditeur Studiocanal. Une revanche tardive mais salutaire pour une comédie noire qui fait le lien entre le cinéma virtuose des frères Coen, les provocations absurdes des Monty Python et la méchanceté sous acide d’un numéro de Fluide Glacial. Jadis mal aimé, Le Créateur pourrait bien enfin retrouver la place qui a toujours été la sienne : celle, tout simplement, du meilleur film de son auteur.
La créativité, oui, mais à quel prix ? À question complexe, réponse expéditive : il faut tout faire péter, ma bonne dame ! À vrai dire, on n’en attendait pas moins du zozo qui nous a pondu Bernie. Et parlons-en, justement, de Bernie. Premier long-métrage culte et (très) mal élevé, il révèle les talents de cinéaste d’Albert Dupontel, jusqu’alors connu pour un one-man show décapant où les grimaces et les grincements de dents finissaient par se confondre. En un peu moins de 90 minutes, le clown punk et misanthrope Dupontel électrise le public et la critique. Problème : comment faire mieux ?
Dans un pur réflexe de mise en abyme, Albert Dupontel transforme l’angoisse du second film en carburant narratif. Avec un joli pactole en poche, le réalisateur/scénariste/acteur met donc en image ses névroses et prend le spectateur en otage, lui intimant de rendre son verdict sans trop attendre. Dupontel, génie ou imposteur ? En de telles circonstances, il n’est pas bien difficile de comprendre le bide du Créateur. Pas un personnage ne suscite la moindre sympathie et surtout pas Darius, que Dupontel interprète (évidemment!) lui-même. Écrivain sans talent et sans inspiration, porté sur la bouteille, fifils à môman, menteur et un peu vain, Darius est l’objet d’une admiration qu’il ne comprend pas et qu’il méprise mais dont il est prisonnier, autant par lâcheté que par confort. Pas une qualité à l’horizon ! Et le constat n’est guère plus brillant pour les autres, entre un directeur de théâtre hyperactif et con à pêcher de la flotte (Nicolas Marié), une vedette capricieuse et inculte (Claude Perron, muse d’alors de Dupontel) ou un régisseur à peu près aussi aimable que Gargamel dans un mauvais jour (Michel Vuillermoz), le réalisateur pousse la satire du microcosme artistique parisien jusqu’au point de rupture. Point de salut, en dehors du bruit, de la fureur et du massacre.
Kenavo, les bouseux !
Jusqu’à la mort tout à fait accidentelle, mais non moins hilarante, de Momo, pauvre chat innocent ayant le malheur de croiser la maladresse et la mauvaise humeur de Darius, Le Créateur donne le sentiment de naviguer à vue, d’aller dans le mur et de ne pas en mettre en mesure de survivre longtemps à ses enjeux. Et paf ! Un félin occis et la machine à chaos s’emballe, dans une série de gags meurtriers assez géniaux, il faut bien le dire. Car à chaque nouveau meurtre, Darius découvre que l’écriture de sa pièce avance. Un mort, une cuite pour la culpabilité et, au réveil, le miracle de la création !
Les morceaux de bravoure ? Citons en deux, qui valent amplement le prix du ticket. Après un chat (et quelques autres d’ailleurs) et un régisseur déjà inscrits à son tableau de chasse, Darius pousse une mamie à la crise cardiaque en se déguisant en chevalier dans un cimetière. À l’issue d’une chorégraphie claqué au sol, le chevalier lève la visière de son heaume pour révéler un visage … de chat !!!! Fou-rire nerveux garanti. Mais il y a mieux. Dans un élan de haine anti-bretonne d’une gratuité phénoménale, notre bon monsieur D, cette fois-ci déguisé en conquistador (pourquoi ? Sait pas!), dézingue à l’ancienne – à l’arquebuse, au canon et à l’arme blanche – toute la clientèle d’une crêperie. Les deux mamelles du cinéma de Dupontel, la méchanceté et l’humour se donnent la main pour une séquence totalement surréaliste et profondément jouissive. À la faveur d’un joli retournement de situation (que l’on ne dévoilera pas), Albert Dupontel pousse la logique de son histoire jusqu’au suicide et invite Dieu (Terry Jones himself!) pour l’aider à conclure. Un supplément de spiritualité ne fait jamais de mal.
Ce qui rend le film si précieux et si peu commercial tient au fait qu’il sonne à la fois comme un crachat au visage (les critiques de Télérama et de Libé ont dû se sentir vissé, comme ce fut le cas pour Les Cahiers du Cinéma et Dobermann de Jan Kounen) et comme un aveu de faiblesse. Dupontel ne savait comment faire suite à Bernie alors, en s’inspirant autant de Barton Fink que du Locataire de Polanski (et en habillant le tout comme un dessin animé de Chuck Jones retouché par Edika), il a choisi de l’avouer au monde entier et de mettre en image un happening déguisé en grenade dégoupillée. Ou sans doute est-ce l’inverse ?
Image
Vieux de plus de vingt ans, le DVD de Studiocanal (jadis intégré à la collection Kulte, avec Bernie d’ailleurs) peut désormais prendre une retraite bien méritée. Ce nouveau master HD est tout simplement de toute beauté, avec une image soignée, une définition autrement plus convaincante et une restitution qui rend justice à l’esthétique si particulière du film. La photographie sombre et les compositions cartoonesques de Dupontel profitent pleinement de cette cure de jouvence, sans que l’ensemble perde son identité visuelle. Une très belle réussite technique, qui permet de redécouvrir Le Créateur dans des conditions optimales. Bref, le Bluray fait le ménage : le DVD, lui, peut retourner aux oubliettes.
Son
Deux pistes au choix, en 5.1 ou en 2.0, pour une restitution propre et efficace. Le mixage multicanal offre une ampleur appréciable (essentiellement sur les côtés) sans chercher à en mettre plein les oreilles, tandis que la version stéréo assure l’essentiel avec sérieux. Les dialogues restent parfaitement intelligibles, les effets sonores trouvent naturellement leur place et la musique accompagne les délires de Dupontel sans faiblir. Rien de spectaculaire, certes, mais une prestation solide, équilibrée et parfaitement adaptée à cette comédie noire qui préfère le chaos à la démonstration technique. Pour mémoire, le DVD ne proposait que la piste 5.1.
Interactivité
Le bilan est un chouia plus contrasté. Si cette édition fait l’impasse sur le storyboard et, surtout, sur le commentaire audio du DVD, elle se rattrape en partie avec un livret et une analyse inédite proposée par un journaliste de Première. Cette dernière revient sur les intentions et les particularités du film, et notamment sa place toute singulière dans la filmographie d’Albert Dupontel, dans une approche que le livret reprend en développant un peu davantage certains aspects. Côté bonus vidéo, on retrouve le making-of, essentiellement constitué d’images brutes du tournage, ainsi qu’une interview de Terry Jones, toujours intéressante pour éclairer la présence de l’ancien Monty Python dans cette drôle d’entreprise. Le court-métrage délirant Désiré complète le menu avec une bonne dose d’absurde supplémentaire. L’ensemble reste donc appréciable, même si la disparition du commentaire audio constitue une véritable occasion manquée pour un film aussi singulier. Une édition qui soigne son accompagnement éditorial, mais laisse tout de même quelques regrets aux fans et aux complétistes.
Liste des bonus
Interview de Terry Jones (7’), Court métrage : « Désiré » d’Albert Dupontel (1992, 15’), Making-of (9’), « Contrechamp » : « Le Créateur » analysé par Première (7’), Livret 12 pages.






