I RAGAZZI DEL MASSACRO

Italie – 1969
Support : Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Fernando Di Leo
Acteurs : Pier Paolo Capponi, Susan Scott, Marzio Margine, Nieves Navarro, Enzo Liberti, Danika La Loggia, Renato Lupi, Giuliano Manetti, Anna Maria La Rovere…
Musique : Silvano Spadaccino
Image : 1.85 16/9
Son : Italien Dolby Digital 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 95 minutes
Editeur : Tamasa Distribution
Date de sortie : 29 septembre 2026
LE PITCH
Dans une école à Milan, un groupe de onze adolescents, pour la plupart délinquants et petits criminels, violent et assassinent leur enseignante sans raison apparente. L’affaire est confiée à Luca Lamberti, commissaire aux méthodes très personnelles…
Œuvre de jeunesse
Exploité en son temps en France sous le titre La jeunesse du massacre, I ragazzi del massacro marquait plus ou moins la véritable naissance de Fernando Di Leo en tant que cinéaste. Une entré de plein pied dans le monde du polar à l’italienne avec une manière frappante de scruter la réalité sociale du pays qui allait devenir sa marque de fabrique avec les suivants Milan Calibre 9, Salut les pourris ou Colère noire.
Scénariste productif et respecté ayant laissé sa marque sur des « petits » films comme Pour une poignée de dollars, Un pistolet pour Ringo, Django ou Le Temps du massacre, Fernando Di Leo aura mis un peu plus temps à trouver sa voie en tant que cinéaste. Après quelques commandes oubliables (Roses rouges pour le Führer, Pourquoi pas avec toi…), il trouve dans l’œuvre littéraire de Giorgio Scerbanenco, véritable référence du récit policier en Italie, un écho plus direct à ses propres considérations cinématographiques et thématiques, et marque le coup d’envoi d’une bonne décennie passionnante consacrée au poliziottesco et ses dérivés. En soit I ragazzi del massacro n’est pas vraiment un polar italien classique, déjà par sa vision d’un inspecteur certes pugnace mais loin d’être aussi expéditif et violent que ses nombreux cousins à moustaches qui vont envahir les écrans européens sous peu, mais aussi par sa structure qui délaisse l’enquête classique pour osciller régulièrement vers le film dossier. Reprenant en grande partie la trame du roman originale, voire certains dialogues selon les spécialistes, le film est souvent moins occupé par l’enquête proprement dite que par la quête de compréhension d’une certaine jeunesse, délinquante et délaissée qui a ici commis l’impardonnable : violer et assassiner leur professeur.
Zéro de conduite
Après un générique malaisant et presque giallesque projetant des fragments de l’agression, le métrage se resserre pendant une première demi-heure étouffante où les gamins filmés en gros plans presque déformants, sont présentés comme des monstres, odieux et malades, où seuls les interrogatoires musclés de la police semblent être la réponse légitime. Le film sait cependant aller plus loin et embarque ensuite son détective joué par Pier Paolo Capponi (Le Tueur à l’orchidée) dans les quartiers pauvres de Milan en quête d’une explication du côté des familles et proches des coupables potentiels. Un besoin de rationalisation qui ne sera jamais véritablement assouvi, I ragazzi del massacro se refusant justement d’être une œuvre ouvertement politique où l’on soulignerait le déterminisme comme unique cause à la cruauté de cette jeunesse, préférant la voie d’une illustration sociale sans fard et sans affect mêlant une certaine monstruosité naturelle à effectivement des causes plus systémiques, générationnelles… mais aussi passionnelles. C’est la grande différence avec le roman initial qui restait profondément ancrée dans sa description réaliste d’un milieu où la survie s’accompagne souvent d’une certaine criminalité, Fernando di Leo également scénariste du projet, dévie la trame vers une résolution plus hitchcockienne et trouble, jouant d’une ambiguïté qui ferait presque un pont avec le futur Pulsion de Brian de Palma. Une dernière partie peut-être un peu moins convaincante mais qui permet de revisiter habilement la scène inaugurale plus malsaine et dérangeante que jamais (la bande son et le montage font beaucoup) sous l’œil nouveau de la résolution.
On reconnait ici très bien ce mélange entre la vision d’auteur de Di Leo et son approche commerciale nécessaire qui trouvera un équilibre plus naturel dans ses classiques à venir. En l’état la naissance est parfois maladroite mais la proposition reste particulièrement intéressante et offre un écho en miroir étonnant avec son dernier grand film, le tout aussi perturbant Avoir vingt ans.
Image
Comme en atteste le panneau d’ouverture présentant une restauration produite en 2004 pour la 61eme Mostra de Venise, il s’agit bien encore et toujours du même master présenté en DVD à l’époque. La sortie en 2022 d’un Bluray chez Raro n’a pas permis de remettre le couvert et Tamasa est tributaire de cette seule copie existante, gonflée et retravaillée pour s’intégrer sur un disque HD. L’image est très fatiguée, floconneuse, toujours légèrement floutée, et parsemée de diverses scories laissées sur la pellicule par les années. Quelques couleurs sortent un peu du lot, les teintes chairs sont plutôt maitrisées mais la prestation reste malheureusement assez faiblarde.
Son
La piste italienne est plutôt propre, avec quelques sifflements parfois persistants mais rien de bien envahissant, laissant les voix s’exprimer avec une certaine clarté, tandis que les ambiances sont légèrement en retrait face aux voix. Pas de trace du doublage français.
Interactivité
Bien souvent il suffit d’une présentation du critique Jean-Baptiste Thoret pour remplacer toute une batterie d’interventions de spécialistes. Une nouvelle fois avec une certaine latitude (plus de quarante minute) cet amoureux du cinéma de genre italien, et du polar en particulier, explore tous les contours d’une œuvre méconnu mais clairement très importante dans la carrière de Fernando Di Leo. Il y évoque les différences notables avec le roman original, le statut de l’auteur Giorgio Scerbanenco, la teneur sociale du livre et du film, les choix de mise en scène et la cohabitation des genres, entre cinéma d’auteur et polar plus commercial, avant de s’attarder sur les différences entre le cinéma de Di Leo et celui de Melville auquel il est souvent comparé. Toujours très intéressant.
Liste des bonus
« Aux origines du mal » par Jean-Baptiste Thoret (43′).






