… ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS

Per qualche dollaro in più – Italie – 1965
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Western
Réalisateur : Sergio Leone
Acteurs : Clint Eastwood, Lee Van Cleef, Gian Maria Volonté, Mario Brega, Luigi Pistilli, Klaus Kinski, Mara Krup, Benito Stefanelli, Luis Rodríguez Manuel…
Musique : Ennio Morricone
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 5.1 et 1.0
Sous-titres : Français
Durée : 132 minutes
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 7 octobre 2026
LE PITCH
« L’indien », bandit cruel et fou, s’est évadé de prison. Il se prépare à attaquer la banque d’El Paso, la mieux gardée de tout l’Ouest, avec une quinzaine d’autres malfaiteurs. Le « Manchot » et le Colonel Douglas Mortimer, deux chasseurs de primes concurrents, décident, après une confrontation tendue, de faire finalement équipe pour arrêter les bandits. Mais leurs motivations ne sont pas forcément les mêmes…
Comment faire re-sauter la banque ?
Un an après Pour une poignée de dollars, le cinéma italien a déjà été transformé et ne jure plus que par le western local. Leone revient tel un prince dans un paysage qu’il a pratiquement refaçonné à son image et rejoue presque la même petite partition cynique. Mais ce sont les petites notes dissonantes, les variations et la puissance de la réorchestration qui font toute la différence.
En 1964 même si le genre commençait à réémerger tranquillement en Europe, personne n’imaginait qu’un film comme Pour une poignée de Dollars ferait un tel tabac et deviendrait immédiatement le nouveau mètre étalon de toute l’industrie transalpine (et même au-delà). Un succès imposant et incontournable mais dont Leone n’a finalement que peu été gratifié, la Jolly profitant du procès pour plagiat avec les producteurs du film modèle Yojimbo, pour ne lui donner aucunes des sommes et intéressements qu’il méritait. Alors qu’une suite n’avait pas été totalement envisagée, elle devient dès lors une vengeance, un pied de nez, que Leone fait produire en indépendant et dans laquelle il va glisser quelques références toutes latines à ses nouveaux ennemis. Cette identité de la vendetta dans un monde entièrement mû par la quête de l’argent présentée tour à tour comme un symbole d’oppression (les vilains gangsters) et de liberté (les mercenaires dans lesquels se reconnait le cinéaste) traverse ainsi tout le film qui creuse sans doute plus profondément encore dans un décor de violence et de nihilisme que le métrage précédent.
Mort ou vif
Ce dernier fonctionne d’ailleurs ici véritablement comme un marchepied sur lequel Leone s’appuie pour monter encore plus haut, peaufinant encore sa collaboration symbiotique avec le grand Ennio Morricone, précisant la finesse de sa mise en scène, son montage opératique (l’attaque de la banque reste un modèle absolu), des constructions de plans plus admirablement baroque encore et s’incarnant dans une reconstitution de la valeur temporelle inédite. Le western s’inscrit d’ailleurs immédiatement (et une autre séquence viendra le confirmer) dans un contexte historique nettement plus identifié où le chemin de fer annonce déjà la disparition d’une certaine Amérique, celle de l’Ouest et de sa morale sauvage. Ces hommes-là vont disparaitre et que ce soit dans la petite mélodie enfantine qui accompagne les duels ou les flashbacks traumatiques qui viennent révéler peu à peu une profondeur dramatique cruelle qui était relativement absente du film de 64, dans Et pour quelques dollars de plus on sent clairement poindre cette notion mélancolique d’un temps perdu et gâché qui prendra tout son sens dans la trilogie des Il était une fois. Le film n’est-il d’ailleurs pas qu’un hiatus, une boucle temporelle dans laquelle Clin Eastwood reprendrait son poncho, son cigarillo et sa vive ironie d’anti-héros et Gian Maria Volonté la défroque d’un grand méchant fou et impitoyable, comme deux gamins reproduiraient le même scénario, les mêmes gunfights, pendant des semaines ?
Certains qualifie le cinéma de Leone de prépubert, de fantasme ludique, comme une vision d’un ouest revisité par un sale gosse profondément rital, film après film cependant Leone prend de l’âge et l’arrivée de l’inquiétant mais fascinant Colonel Douglas Mortimer (Lee Van Cleef sauvé d’une carrière américaine aux airs d’enterrement) déstabilise le face à face par la construction de l’une de ces amitiés dont Leone à le secret et qu’il développera dès le films suivant en construisant le trio de Le Bon, La Brute et le Truand. Un troisième épisode de cette vrai-fausse trilogie de L’Homme sans nom qui ne sera à son tour une version améliorée et étoffée de cet Et pour quelques dollars de plus que l’on imaginait déjà pourtant indépassable.
Image
Voici après Pour une poignée de dollars une nouvelle restauration absolument exemplaire de ce classique du western. Un film qui n’a pas toujours été des plus heureux en Home Video mais qui ici grâce à un nouveau scan 4K des négatifs 35mm connait une nouvelle jeunesse pointue et chaleureuse. Nettoyage appuyé, stabilisation remarquable, réétalonnage délicat, tout a été fait pour que les amateurs soient aux anges. Mais le film étant ce qu’il est, il ne sera jamais sans doute totalement parfait et homogène comme le montrent quelques plans plus sombres où les arrières plans semblent soudain plus écrasés, tandis que d’autres laissent échapper un grain plus proéminent ou une colorimétrie un poil plus artificielle. La copie source du montage complet a sans doute été marquée par quelques retouches et collages (des bouts de copies interpositives ?) qui restent flagrants ici, l’éditeur a donc fait le meilleur avec ce qu’il avait sous la main et c’est déjà assez énorme.
Son
Là aussi, même avec l’apport de DTS HD Master Audio 5.1 qui s’efforce de donner une légère amplitude et un soupçon de dynamisme à des sources profondément centrales, Et pour quelques dollars de plus reste fidèle à ses origines avec ses post-synchronisations (anglaise et française) toujours un peu rugueuse, parfois un peu décalées où les dernières saturations et perditions ont été discrètement gommées. Comme souvent avec les westerns italiens ont sera sans doute plus attiré par la version française, pleine de caractère et peut-être plus homogène dans son jeu, et avec un mono DTS HD Master Audio sobre mais plus percutant.
Interactivité
Second coffret limité et imposant après celui de Pour une poignée de dollar et en attendant Le Bon, La Brute et le Truand le mois prochain, Et pour quelques dollars de plus est une fois encore une proposition éditoriale impressionnante. Comme souvent le disque UHD se consacre presque exclusivement à la copie du film, ne glissant que deux bandes annonces en apéritif, et les commentaires audio très explicatifs enregistrés par des spécialistes anglo-saxon mais ici entièrement sous-titrés. Il laisse le soin au Bluray principal de nous laisser découvrir la seconde partie de la conversation passionnée réunissant François Rauger, Frédéric Mercier et Raphaëlle Pireyre qui va longuement s’attarder sur les différences avec l’opus précédant, l’évolution du style de Leone et même la représentation féminine dans ce film et dans son cinéma en général. Un moment très agréable et plein de réflexions intéressantes qui se poursuit avec l’analyse de deux séquences mémorables du film par Mercier.
La suite se situe sur un second disque HD qui pour le coup compile plus ou moins tout ce que les camarades éditeurs comme Arrow ont pu produire avec des interventions d’historiens ou critiques comme Fabio Melelli qui revient sur le contexte de production du métrage ou Mike Malloy qui souligne l’importance majeur du film dans la carrière de Lee Van Cliff, tandis que Alessandro De Rosa et Lovely Jon décortiquent la musique de Morricone. La bande originale est d’ailleurs bien mis en avant avec les interviews de Bruno Battisti d’Amario et Edda Dell’Orso, respectivement guitariste et chanteuse pour ces bandes originales. Dans le tas on ne saurait d’ailleurs que trop conseiller de ne pas passer à coté de l’entretien avec le monteur du film, Eugenio Alabiso, grand ami et admirateur de Leone, multipliant les anecdotes et les informations. Enfin il existe une dernière section, dites des Archives qui regroupe tous les bonus autrefois présentés sur les DVD et premiers Blurays de la MGM avec les scènes légèrement remontées pour la version US et les génériques français, une autre présentation signée Christopher Frayling cette fois et surtout un court échange avec Clint Eastwood, passionnant, qui n’hésite pas à rappeler tout ce qu’il a pu apprendre de Leone, tout en soulignant leurs divers désaccords et les particularités des productions italiennes… dont de sacrées pauses déjeuner.
Liste des bonus
Commentaire audio de Christophe Frayling, biographe de Sergio Leone et historien (VOST), Commentaire audio de Tim Lucas, critique et historien (VOST), Bandes-annonces française (6′), « Pour une poignée de westerns – Épisode 2 » : Discussion avec Jean François Rauger, Frédéric Mercier et Raphaëlle Pireyre (45′), Analyse de séquences par Frédéric Mercier (La préparation du braquage & Le Duel au chapeau) (20′), « Une violente histoire de vengeance » : Entretien avec Fabio Melelli, historien (15′), « Personne ne tire sur le Colonel » : Entretien avec Mike Malloy, biographe de Lee Van Cleef (12′), « Construire l’Ouest » : Entretien avec Giuditta Simi, fille du chef décorateur et costumier Carlo Simi (16′), « Des coupes et du rythme » avec le monteur Eugenio Alabiso (18′), « Les Cordes du western » : Entretien avec Bruno Battisti D’Amario, guitariste et compositeur (7′), « La Voix immortelle » : Entretien avec Edda Dell’Orso, vocaliste (14′), « … et pour quelques notes de plus » : Entretien avec Alessandro De Rosa, biographe d’Ennio Morricone (15’), « Ennio, quelques accords de plus » : Étude de Lovely Jon sur Ennio Morricone et la musique du film (27′), « Les Archives de Chirstopher Frayling » (19′), « Un nouveau standard » : Entretien avec Chirstopher Frayling (20′), « De retour » : Entretien avec Clint Eastwood (7′), « La Version originale américaine » : 3 scènes modifiées pour la sortie américaine (5′), « 1965 – 2004 : Les décors avant – après » (12′), « Tre Voci (Trois voix) » (11′), « Restauration à l’italienne » (5’), Crédits français : générique d’ouverture (4′) et générique de fin (1′).






