HEATHERS

Etats-Unis – 1989
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Comédie dramatique
Réalisateur : Michael Lehmann
Acteurs : Winona Ryder, Christian Slater, Shannen Doherty, Lisanne Falk, Kim Walker, Penelope Milford, Glenn Shadix, Lance Fenton…
Musique : David Newman
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1, PCM 2.0 et 1.0, Français PCM 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 103 minutes
Editeur : Caméflex
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Au lycée de Westerburg, Veronica Sawyer vient d’intégrer la « bande populaire » des reines de l’école composée de Heather Chandler, Heather McNamara et Heather Duke. Mais lorsque la cruauté des trois Heather devient insupportable, Veronica s’allie au rebelle J.D. et met au point un plan pour les tuer et déguiser leurs meurtres en suicides.
« Don’t try suicide… »
Ce n’est pas le film ado le plus cité des années 80 et pourtant cela le devrait peut-être l’être. Venant clore une décennie entièrement dévouée à l’imaginaire ado, voire à leur gloire, Heathers, distribué autrefois sous le titre Fatal Games, vient enterrer la teen comedy avec une férocité rare.
Futur scénariste des Aventures de Ford Fairlane, Batman Le Défi ou Demolition Man, Daniel Waters ne manquait certainement pas d’ambitions avec son premier script qu’il imaginait pour un Stanley Kubrick qui livrerait là sa propre interprétation de la comédie adolescente. L’histoire ne dit pas si le cinéaste culte finit par lire ou pas le traitement mais en tout cas c’est le bien plus vert Michael Lehmann (qui rempilera avec le génial Hudson Hawk) qui finit par convaincre le bonhomme de lui en confier la réalisation. Une note d’intention quelque-peu démesurée mais qui en tout cas installe bien ce qu’est Heathers, soit une réponse directe au traitement enjolivé voir angélique qu’a connu la classe adolescente pendant une bonne dizaine d’années. Comme une réponse donc aux fables lumineuses, joyeuses et stylisées de ce bon John Hugues (Breakfast Club…), reprenant justement cette esthétique contrastée et clinquant mode MTV, mais poussée à l’extrême, où on décrit le bahut comme une micro-société toujours bien ancrée dans ses communautés très marquées (mais ici infranchissables), où les petites cruautés du quotidien deviennent aussi douloureuses et méchantes qu’elles le sont vraiment. L’âge doré a ici déjà un pied dans la tombe, déjà abimé par une construction sociale ou la différence est rejetée, les plus faibles abimés et persécutés et où l’ensemble de la population est tout de même décrit comme un ramassis de crétins décérébrés, des armoires à glace de l’équipe de football aux nerds de services.
« …nobody gives a damn »
Au milieu de tout cela trônent les Heathers du titre. Trois gamines bien bourgeoises, passant leurs weekends à jouer au croquet, mais pratiquant surtout l’auto-oppression à outrance. Des méga-pétasses, aussi odieuses que tragiques, elle-même cantonnées à de simples poupées d’adoration ou des bouches à pipe. Charmant. Dans tout ça, il y a donc Veronica (Winona Ryder… si tu as quarante ans c’était ton fantasme) et J.D. (Christian Slater… si tu as quarante ans tu rêvais sans doute d’être comme lui) couple destructeur et autodestructeur, affligés par leurs contemporains, qui finissent par assassiner par « accident » la première Heather. Mais en faisant passer le meurtre pour un suicide, ils provoquent une déflagration plus affligeante encore. Sans pitié et d’une verve acerbe, Heathers désacralise la poésie teen, la romance nostalgique et la psychologie chaleureuse du genre pour en offrir un tableau à la fois nettement plus réaliste et totalement halluciné qui ne montre pas le lycée tel qu’il est mais tel qu’il est vécu par ces jeunes américains. Il y alors quelque chose de profondément déstabilisant dans Heathers, superposant constamment l’excessivité caricaturale de la satire avec une lucidité troublante, une analyse incroyablement fine du monde lycéen, de sa perversité, du regard faussé et absurde des adultes, mais aussi et surtout du nihilisme inquiétant qui y flotte constamment. Le grand final, entre attentat et suicide spectaculaire, prescient les futurs carnages dans les établissements scolaires qui marqueront les faits divers américains à partir des années 90, et impose dans la foulée un fatalisme à peine tempéré par un happy-end gentiment tendre.
Qu’Heathers ait été un échec lors de sa première sortie est finalement assez logique, tranchant trop drastiquement avec les illustrations fun et popcorn qui avait fait flores jusque-là. C’est tout aussi logique qu’il soit rapidement devenu un film culte, annonçant pas sa tonalité amère, sa franchise sombre et son mélange des genres toute une esthétique, et une vision plus crue, des années 90 à venir.
Image
Edité il y a bien longtemps en DVD en France et vite oublié dans la foulé, Heathers revient directement par la case combo Bluray et UHD ! Une excellente surprise surtout que Cinéplex a eu la bonne idée de reprendre tout le matériel technique du collègue Arrow, toujours très solide dans ces restaurations. Ici donc un travail effectué à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm, admirablement nettoyés et stabilisés, avec la volonté marquée de préserver le grain et les textures initiales quitte à accepter d’importantes variations de densité d’une séquence à l’autre. Le master n’est limité en sommes que par ses origines, mais celles-ci restent en adéquation avec l’œuvre, jamais trop propre, jamais trop net, mais avec ici une définition bien poussée et un relief inédit. Le Bluray est bien solide mais le disque 4K en rajoute une bonne couche en boostant encore le piqué et en offrant un traitement tout en profondeur des noirs et une palette de couleurs plus éclatantes et typées encore grâce au Dolby Vision.
Son
Outre une version française stéréo plutôt agréable, l’éditeur propose surtout la version originale en trois prestations distinctes. Les PCM mono et stéréo restent assez proches avec une ambiance bien frontale mais toujours énergique et claire qui correspond directement au mixage vu en salle, rafraichi pour l’occasion. La proposition DTS HD Master Audio 5.1 est toujours une bonne intention mais elles se montre un peu accessoire avec quelques effets de profondeurs jamais vraiment marquants.
Interactivité
Cinéplex avait entamé son aventure éditoriale l’année dernière avec une surprenante édition réservée au rarissime film Le Marquis. En 2026 il affirme son sérieux et ses ambitions éditoriales avec ce Mediabook de Heathers, objet soigné et élégant, au design réussit et qui comprend, piqué en son centre, un livret comprenant une longue et très complète interview du réalisateur. L’objet contient en outre pas moins de trois disques, l’UHD et le Bluray du film partageant le même contenu.
On y retrouve une bonne partie des suppléments déjà regroupés ou produits par l’anglais Arrow avec en premier ligne un making of rétrospectif (sans doute période DVD), laissant essentiellement la parole au réalisateur Michael Lehmann, au scénariste Daniel Water et la productrice Denise Di Novi, qui racontent les ambitions premières et démesurée du script, les difficultés pour trouver une société de production, les différents changements de casting, le tournage et la sortie du film. Des éléments et des anecdotes que l’on va retrouver en grande partie dans l’interview solo du réalisateur, mais aussi dans un commentaire audio bien relevé et bien fourni réunissant à nouveau les trois intervenants. Les autres items vidéo permettent au compositeur David Newman de discuter ses choix musicaux et instrumentaux pour accompagner cet univers ado des années 80 tout en se pliant aux limites du budget (de l’électro plutôt que de l’orchestral), à Jon Hutman et Kara Lindstrom de revenir sur la conception des décors et l’esthétique très particulière du métrage et à l’actrice Lisanne Falk d’évoquer son personnage de petite princesse mais aussi sa carrière de très jeune mannequin, aux cotés de la copine Brooke Shields. On découvre même une exploration très personnelle du film par l’acteur John Ross Bowie (The Big Band Theory), grand fan de l’objet. Impossible pour les curieux de passé à coté du court métrage The Beaver Gets a Boner de Michael Lehmann, joliment restauré pour l’occasion, qui explore déjà la différence adolescente et une peinture au vitriole de la vie au lycée, dans une farce fantastique où un biker un peu queutard tente de changer de style pour entrer dans le moule.
A tout cela, Cinéplex a tout de même jugé bon de livrer quelques suppléments maison avec deux nouvelles interviews de Michael Lehmann et Daniel Water par Stéphanne Moïssakis qui s’avèrent finalement parfaitement synthétiques et essentielles, suivis d’une présentation où le journaliste est rejoint par la collègue Marie Casabonne pour décortiquer les particularités du film (sa vision de la teen comedy, son langage…) et explorer son héritage possible comme sa filiation potentielle avec le show Buffy contre les vampires.
Enfin, après tout ça, l’édition contient un troisième disque, Bluray, entièrement consacré à Heathers The Musical. Une version scénique distribuée en édition single en Angleterre, qui rejoue et étend la trame du film dans le théâtre du Other Palace à Londres mais avec bien entendu des chansons totalement inédites et des chorégraphies plus ou moins inspirées. Une proposition intéressante et plutôt amusante qui malgré une volonté de préserver la causticité du film tout en le confrontant à l’entrain façon Broadway crée quelques contrastes amusants, mais ce laisse aussi parfois un peu trop emporter par l’esthétique High School Musical. Les amateurs peuvent en tous cas retrouver le show dans sa captation intégrale avec en prime ses propres bonus, soit un petit making of tourné dans les coulisses et des interviews supplémentaires et enthousiastes des membres du cast.
Liste des bonus
Commentaire audio avec Michael Lehmann, Denise Di Novi et Daniel Waters (VOST), Court métrage : « The Beaver Gets a Boner » de Michael Lehmann (1985, 20’), « Heathers : Mode d’emploi » : Avec Marie Casabonne et Stéphane Moïssakis (28’), Entretien avec Michael Lehmann (10’), Entretien avec Daniel Water (11′), « Retour à Westerburg High » : L’équipe du film revient sur la création du film (21′), « La Vision de Lehmann » : Entretien avec Michael Lehmann (15′), « Pizzicato Croquet » : Entretien avec David Newman et Michael Lehmann (11′), « How Very : La direction artistique de Heathers » : Entretien avec Jon Hutman, Kara Lindstrom et Michael Lehmann (15′), « Poor Little Heather » : Entretien avec Lisanne Falk (17′), « The Big Bowie Theory » : Entretien avec John Ross Bowie (35′), Bande-annonce 35mm open matte (2’), le Blu-ray du spectacle « Heathers: The Musical » filmé au théâtre The Other Palace (135′), Making of (11’), Interviews avec l’équipe (13′).






