LA FILLE AU BLOUSON LÉOPARD

The City Beneath Her Feet #1-3 – Etats-Unis – 2024/2026
Genre : Thriller
Dessinateur : Elsa Charretier
Scénariste : James Tynion IV
Nombre de pages : 180 pages
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 10 septembre 2026
LE PITCH
Zara, est autrice. Elle se trouve embarquée dans l’univers mortel de Jasper Jayne, une jeune femme mystérieuse dont elle fut amoureuse et qui fut sa source d’inspiration pour ses livres. Mais Jasper est en réalité l’une des assassins les plus dangereuses au monde ! Les personnes qui en avaient après Jasper s’en prennent maintenant à Zara, car ils pensent qu’elle détient d’importants secrets.
Elle a les yeux revolver
Deuxième grand projet éditorial du label DSTLRY signé James Tynion IV (The Nice House on the Lake), La Fille au blouson léopard délaisse le trip horrifico-scientifique de Spectregraph pour s’élancer vers la romance pop et mortelle magnifiée comme il se doit par la douée Elsa Charretier (Love Everlasting, The Unstoppable Wasp, The Infinite Loop…).
La dessinatrice est d’ailleurs la première star de cet album grand format où elle peut à nouveau déployer touts ses talents graphiques, ses fameuses lignes claires et épurées légèrement rétros à la Darwyn Cooke, toujours fines et délicates mais aussi un grand talent de metteuse en scène. Elle repousse ainsi les gaufriers classiques pour constamment laisser le récit s’emballer, les évènements se superposer à même la page et les émotions conditionner le découpage et la personnalité de la planche. Aidée par Jordie Bellaire (The Nice House on the Lake, Batgirl, Catwoman…) aux couleurs, elle multiplie les aplats et les textures tramées pour refléter la modernité et l’énergie de cette histoire d’amour aussi folle que tragique. On tombe immédiatement sous le charme de cette rencontre intensément new-yorkaise et du sourire désinvolte de Jasper, cette jeune femme blessée et recouverte de sang que recueille une nuit l’héroïne Zara. La romancière tombe immédiatement pour cette assassin professionnelle, mais les échanges sont fugaces et les retrouvailles éphémères et épisodiques attiseront la passion mais aussi une certaine incompréhension et de grandes instabilités dans la vie de Zara.
Pour quelques nuits
La Fille au blouson léopard plonge bel et bien progressivement dans un monde criminel violent habité de mafieux revanchards, d’hommes de mains sacrifiables et de tueurs aux looks totalement abusés (la nonne aux crochets, l’adepte des bombes…) mais n’est jamais vraiment un comics d’action creusant son arrière-plan avec les lourdeurs d’un John Wick, mais s’avère surtout une belle chronique des sentiments et le récit d’une relation qui, aussi belle soit elle, n’aurait jamais vraiment pu fonctionner. Comment d’ailleurs faire le deuil d’une histoire qui n’a connu que les étreintes volées et dont l’autre n’est d’ailleurs même plus là pour s’expliquer et permettre à la survivante de se libérer ? Ce sont ces questions qui habitent les trois chapitres de cette mini-série où James Tynion IV rivalise de sensibilité pour dresser le portrait de sa romancière amoureuse et torturée, véritable anomalie dans l’univers sanglant de Jesper, constamment larguée mais toujours capable d’auto-analyses sincères et matures. Sous l’apparence d’une BD post-moderne et post-Tarantino, l’histoire est surtout celle de l’émancipation et de l’acceptation de l’échec amoureux, même à répétition. D’ailleurs les plus belles scènes du comic sont certainement celle des deux rencontres, chaotiques avec Jesper, tout simple et délicate avec une libraire attentionnée. Deux petits moments de grâce dans un album qui va à 100 à l’heure quitte effectivement à oublier parfois un peu que toutes ces choses-là ont besoin d’un peu plus de temps pour éclore, de quelques rêveries pour vraiment marquer. La série a eu quelques soucis de publication aux USA avec un troisième numéro qui a mis du temps à voir le jour. C’est peut-être pour cela que l’on y ressent une trop grande urgence, des ellipses trop tranchées et finalement des lignes dramatiques précipitées là où justement un quatrième chapitre n’aurait sans doute pas été de trop.
Imparfait, comme l’histoire de Zara et Jesper, La Fille au blouson léopard est cependant une lecture largement conseillée. Une belle histoire d’amour forcément impossible dans une New York moderne et plus dangereuse que jamais parsemée de vrais et beaux moments de grâce.



