HIMALAYA VAUDOU

France – 2009
Genre : Fantastique
Dessinateur : Jean-Marc Rochette
Scénariste : Fred Bernard
Nombre de pages : 112
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 23 septembre 2026
LE PITCH
Scandale ! Les grands de ce monde (hommes politiques, capitaines d’entreprises, diplomates, etc.), censés assurer l’équilibre et la bonne marche de nos sociétés, se transforment peu à peu en… animaux. Alors forcément, un léger vent de panique commence à souffler. Or cette étrange série de mutations est revendiquée par un gourou très médiatisé, retiré depuis peu au cœur de l’Himalaya et que l’opinion publique connaît sous le sobriquet de « Père Noël ». Lancés à sa recherche pour rapporter le scoop du siècle, trois émissaires triés sur le volet vont découvrir le plus incroyable des secrets…
Tous des bêtes
Edité en 2009 chez Drugstore, Himalya Vaudou avait fait sensation, marqué par le retour au dessin de Jean-Marc Rochette, cocréateur du Transperceneige, et toujours marqué par la poésie quelque-peu absurde de Fred Bernard (L’Homme bonzaï, La Tendresse des crocodiles…) marié, sous couvert de grande farce fantastique, à un plaidoyer pour la sauvegarde de la nature. Son retour chez Glénat dans une nouvelle édition est l’occasion de reprendre l’ascension.
L’album commence presque comme une vieille blague : Un présentateur du JT, une star de la télé-réalité et un journaliste écolo grimpent jusqu’en haut de l’Himalaya… Qui arrive au sommet ? C’est que le voyage n’est clairement pas de tout repos et ces trois figures, dont on reconnait aisément les références peoples tout à fait réelles, doivent faire face aux tempêtes, crevasses, avalanches et autres vents glaciaux avant d’atteindre la demeure cachée du Père-Noël. Non pas l’ami des enfants, mais l’ami des animaux qui après avoir grandi dans une famille richissimes au Nigeria a peu à peu réalisé l’impasse dans laquelle nous envoyait la classe politique et industrielle actuelle, et décidé grâce à sa fortune et quelques connaissances en magie vaudou de transformer tous les puissants en animaux. La mission de ces trois-là, escortés par un guide qui a une fâcheuse tendance à hurler non-stop, a donc des airs de dernier espoir d’une certaine humanité. Himalaya Vaudou n’est cependant pas un récit d’aventure mais une comédie assez délirante où la loufoquerie de la situation, la critique frontale du petit monde des médias et les nombreux clins d’œil à l’actualité, servent surtout une démonstration très complète.
Ensauvagement nécessaire
Une réflexion creusée sur les nombreux dangers qui guettent la planète, entre surpopulation, dérèglements climatiques et ressources limitées où finalement seul ce fameux « Père Noël » semble avoir pris la mesure des choses. Lucide, quoiqu’avec une petite tendance au complexe du messie (oui tout de même) ce dernier a donc imaginé la solution la plus logique possible : remplacer les êtres humains par des espèces animales en voie de disparition. Fred Bernard annonce dans un premier temps un album en forme de débat, de discussion possible et pourquoi pas de voie alternative. Sans doute que l’aspect le plus grinçant de la BD est justement de rapidement refermer toutes les voies parallèles pour embrasser l’effondrement annoncé dans un ultime geste entre fatalisme, cynisme, poésie désespérée et hommage à Tintin. Un mélange d’humour noir, d’absurde et de convictions écologiques qui ont forcément bien inspirées le dessinateur Jean-Marc Rochette imprégnant ses paysages montagneux immuables d’une grande majesté et d’une certaine puissance d’autant plus évidente lorsque les quatre petits bonhommes tentent de s’y frayer un chemin. Les couleurs directes avec des textures proches de la gouaches dans une sortie d’impressionnisme réaliste, tranchent très volontairement avec le traitement des personnages, très BD franco-belge et une pointe de caricature.
Himalaya Vaudou ne fait donc pas forcément dans la demi-mesure et le propos général, aussi important et pertinent soit-il, peut avoir tendance à appuyer un peu lourdement sur sa démonstration et une misanthropie manifeste. Mais l’ironie générale et l’originalité de la fable font passer la pilule.




