BERMUDE

Bermuda #1-4 – Etats-Unis – 2021
Genre : Aventure, Fantastique
Dessinateur : Nick Bradshaw
Scénariste : John Layman
Nombre de pages : 128 pages
Éditeur : Hi Comics
Date de sortie : 3 septembre 2025
LE PITCH
Il existe une zone de l’océan Atlantique où les avions et les navires disparaissent avec tous leurs passagers à bord. Dans ce lieu se trouve une île fantastique, mystérieuse et inexplorée, épargnée par le temps et la civilisation. C’est ici que vit Bermude, une jeune fille de 16 ans habituée à lutter contre les dinosaures, les pirates et les menaces venues d’ailleurs, et qui se cache dans la végétation luxuriante. Mais lorsqu’un autre enfant s’échoue sur le rivage, Bermude se trouve confrontée au plus grand défi de sa vie : une dangereuse mission de sauvetage qui pourrait bien lui être fatale.
Le Monde perdu
Hi Comics propose de redécouvre un comic qui semble-t-il est un peu passé inaperçu aux USA : Bermude. Une folle aventure, fantastique et rétro, presque entièrement dévouée aux performances visuelles de Nick Bradshaw (Wolverine and the X-Men). Et c’est effectivement très beau.
Créateur de la fameuse série Tony Chu, John Layman a imaginé Bermude comme un canevas idéal pour son camarade illustrateur. Un scénario qui lui permettrait de dessiner des monstres géants, des lézards, des pirates, voir quelques délires SF. Selon lui Bradshaw peut tout dessiner, même des samurai (mais là il n’avait pas encore trouvé comme les intégrer dans son histoire). D’où cette idée, plutôt sympa, de revenir au mythe du triangle des Bermude et des centaines de personnes ou navires disparus, qu’il projette ici sur une grande ile perdue dans une autre dimension où se mélangeraient, à force de multiples vagues de rescapées, des hommes-tritons, des sauvages aux airs de rongeurs humanoïdes, des dinosaures, des sous-mariniers américains, une gigantesque ville de pirates et Bermude, adolescente athlétique, vive, insolente mais courageuse. L’héroïne, dont l’énergie débordante caractérise bien cette grande aventure pulp à laquelle assiste médusé Bobby, fils de milliardaire, échoué sur les lieux à son tour, nettement moins taillé pour cet environnement hostile, mais qui fera tout pour sauver sa petite sœur tombée dans les mains des trits, adeptes des sacrifices humains.
Jungle Cruise
Layman invoque Jules Vernes, toute une longue tradition de comics d’aventure, exotiques, décomplexés, mais aussi et définitivement une version moderne de l’île perdue de J. M. Barrie. Avec sa tignasse rousse, ses vêtements dépareillés et déchirés et ses airs de garçon raté, Bermude est vraiment une nouvelle Peter Pan, bravant les dangers le sabre à la main, sourire aux lèvres et souvent la tête en bas. Conçu comme une première minisérie inaugurale, l’album en présence ici ne prend pas vraiment le temps de développer la psychologie des personnages, de voir au-delà de cet environnement foisonnant, mais s’embarque surtout dans un grand délire bourré d’action, d’humour et de rencontres improbables toujours divertissantes et dépaysantes. Une fois encore le scénario n’est presque qu’un canevas, certes solidement conçu et aux dialogues bien sentis, aux prouesses de l’artiste qui affirme à chaque page l’inventivité de son trait, son grand sens du détails et l’ardente énergie de ses compositions et de ses découpages. Le lecteur en prend constamment plein la tronche, ébahi, et ce digne successeur d’Arthur Adams impose véritablement un univers graphique réjouissant et décoiffant. Les couleurs chaudes et chatoyantes de son camarades Len O’Grady (Cla$$war) finissent d’insuffler une vraie magie dans ce petit jungle trip décidément bien fun.
Malheureusement resté sans suite aux USA (mais doté tout de même d’une petite fin tout à fait satisfaisante), Bermude profite en France d’un très joli album, doté d’une couverture aux jolis effets de surbrillance et d’un cahier bonus plutôt conséquent : couvertures alternatives, crayonnés, croquis, illustrations noir et blanc et même deux planches inédites en forme de comicstrip.



