ROD STEIGER, BRILLER DANS L’OMBRE

France – 2025
Genre : Cinéma
Auteur : Baptiste André
Nombre de pages : 200 pages
Éditeur : Carlotta Films
Date de sortie : 23 septembre 2025
LE PITCH
Fort d’une carrière prolifique au cinéma (presque 90 films) et à la télévision (une cinquantaine de projets, de la série au téléfilm) qui s’étend sur cinquante ans, Rod Steiger reste encore malgré tout, de ce côté de l’Atlantique, un acteur méconnu. Produit issu, comme de nombreux autres acteurs et actrices du début des années 1950, de la tradition de l’Actors Studio, Steiger confère à ses interprétations un programme gestique et mimique qui lui est propre.
Incarnations
Second volume de la collection Persona après celui consacré à Denzel Washington, cet ouvrage revient sur le travail et la carrière de Rod Steiger, Oscar du meilleur acteur en 1968 pour sa performance inoubliable avec Dans la chaleur de la nuit. Pas une star, pas vraiment une tête d’affiche, pas forcément l’acteur le plus cité aujourd’hui lorsqu’on parle des décennies passées, et pourtant il est l’un des interprètes les plus important de sa génération.
Si les livres sur le cinéma de manquent pas en France, ils ne s’attardent finalement que très rarement sur les acteurs. Et lorsque c’est le cas finalement ce n’est que pour en conter, avec souvent beaucoup de déférences, la grande biographie, les petits secrets du métier versant potins et témoignages pleins d’émotions. Une collection comme celle qu’à lancé il y a quelques mois Carlotta est donc d’autant plus précieuse car elle ne se consacre pas sagement à la filmographie ou à la vie plus ou moins connue de ses sujets, mais bien à leur vision du métier d’acteur, leur jeu, leur approche des personnages, de leur physicalité à leur psychologie révélée dans les mouvements, les placements, les jeux de voix. Universitaire à Strasbourg, Baptiste André aborde donc l’animal Rod Steiger avec un œil tout à fait particulier révélant ses gestuelles, ses mimiques et ses postures pour y rechercher un reflet direct de sa persona, mais aussi de son approche profonde de l’art actoral. Élève remarqué de la fameuse Actor’s Studio, Rod Steiger s’absorbait brillamment dans ses personnages, mais les construisait inévitablement avec une part de lui affleurante, tant en utilisant de pures techniques reconnaissables. L’utilisation de son corps, petit et trapu, dans l’espace et par rapport à ses personnages, son regard du dessous mais directement plongé dans les yeux de l’autre, les constants mouvements de ses mains, explorant son visage, crispées dans le dos ou brandies avec colère, culminent souvent par une figure impressionnante du cri, silencieux mais puissant, terriblement douloureux.
La voix et le mouvement
L’auteur du livre souligne donc les liens d’un personnage à l’autre, d’un film à l’autre, pour mieux rappeler que l’acteur n’est pas simplement un outil mais bien, en particulier dans le cas d’une personnalité telle que Rod Steiger, véritablement partie prenante de la création cinématographique. Un exercice très intéressant, usant à bon escient d’images des films cités pour clarifier le propos, qui vient éclairer de manière unique la carrière de Rod Steiger démontrant comment ses rôles de crapules de second ordre, puis son incarnation de grandes figures historiques (Al Capone, Mussolini par deux fois, Napoléon…) mais toujours au crépuscule de leur règne et enfin ses trois rôles les plus marquants, celui du flic raciste dans Dans la chaleur de la nuit, du survivant torturé dans Le préteur sur gage et du militaire homosexuel dans Le Sergent, témoignent indirectement d’une résilience face à un reconnaissance qui aura toujours été finalement trop limité que ce soit par le métier, la critique ou le publique. Baptiste André appuie même la théorie que cette trajectoire aurait été en grande partie conditionnée par une concurrence déloyale existant avec le beaucoup plus « beau » Marlon Brando dont il ne fut le partenaire qu’une seule fois, dans le fameux Sur les quais, où finalement tout semblait déjà se jouer en quelques plans, un débardeur et un contre-champ que Brando ne fit jamais.
Un très bel hommage à cet acteur à la carrière prolifique (presque 90 films), à la fois discrète et marquante (comment oublier son général va-t’en guerre de Mars Attacks ?) à la trajectoire sinueuse et passionnante, et encore une fois une approche originale de l’art cinématographique et du métier d’acteur font de Briller dans l’ombre une lecture chaudement recommandée.







