VAMPIRES

John Carpenter’s Vampires – États-Unis – 1998
Support : 4K UHD & Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : John Carpenter
Acteurs : James Woods, Daniel Baldwin, Sheryl Lee, Tim Guinee, Thomas Ian Griffith, Maximilian Schell…
Musique : John Carpenter
Durée : 107 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0 & 5.1, Français DTS-HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Éditeur : ESC Editions
Date de sortie : 17 décembre 2025
LE PITCH
Après avoir « nettoyé » un nid de vampires au Nouveau-Mexique, Jack Crow et son équipe de mercenaires sont attaqués à la nuit tombée par Valek, un maître vampire surpuissant. Crow, son bras droit Santiago et Katrina, une prostituée mordue par le vampire, sont les seuls à réchapper du massacre…
Bête au sang chaud
Ultime chef d’œuvre de « Big John » Carpenter, western gothique mal élevé où la poussière, la sueur, la tequila frelatée et les odeurs de cigarillo se mêlent à des litres de sang non coagulé, Vampires nous plonge au cœur d’un duel entre le chasseur de suceurs de sang le plus sévèrement burné de l’histoire et un über-Dracula dont la sauvagerie pourrait filer des cauchemars à Christopher Lee en personne ! Vous avez dit jouissif ?
Le dernier plan (mémorable) de Los Angeles 2013 sonnait presque comme des adieux. Ou, à défaut, comme un majeur bien tendu, balancé au visage d’Hollywood et d’un système de plus en plus suffocant. Pourtant, John Carpenter, était encore loin d’en avoir fini avec le cinéma. Malgré la fatigue, malgré les désillusions, il lui restait bel et bien quelques cartouches dans le barillet, quelques rêves à concrétiser avant que ne sonne l’heure de la retraite. Adapté d’un roman de John Steakley baptisé « Vampire$ » (notez le S en forme de dollar), le script de Vampires permet à Carpenter de faire d’une pierre deux coups. D’une part, il permet au réalisateur d’Halloween de se confronter au mythe du vampire, classique indémodable du répertoire du cinéma fantastique. D’autre part, la toile de fond de cette histoire de mercenaires financés par le Vatican, à savoir le Nouveau-Mexique et ses patelins figés dans le temps de la conquête de l’Ouest, lui offre enfin l’opportunité de signer un western pur jus, en alignant des influences qui vont d’Howard Hawks à Sam Peckinpah, et en passant par Sergio Leone et Clint Eastwood.
Derrière chaque photogramme de Vampires se devine le plaisir qu’éprouve John Carpenter à filmer des archétypes. De la séquence d’ouverture, hommage direct à La Horde Sauvage, jusqu’au final à la Rio Bravo, en passant par la première apparition d’un Thomas Ian Griffith monolithique et animal, échappé d’un fantasme de Terence Fisher et de la Hammer, et une narration qui combine des éléments de La Captive aux Yeux Clairs et de Josey Wales, Hors-la-loi, Vampires se présente au spectateur comme un pur objet de cinéma, débarrassé de la moindre trace de cynisme. En pleine vague de slashers méta et de blockbusters dopés aux CGI, le geste s’apparente à un acte de résistance.
Duel au soleil
À ses créatures de la nuit, loin du romantisme, loin de toute complexité psychologique, John Carpenter applique un choc de simplification salutaire. Aux chiottes les crises de culpabilité, les amourettes éternelles et les pouvoirs cachés, les vampires de Big John ne font plus la dentelle. Tels des animaux, ils tuent, foncent dans le tas, ne craignent que le soleil de midi et les pieux bien placés et n’ont pas peur de se creuser un trou à même la terre pour attendre les horaires d’ouverture de la chasse. On y gagne forcément en peur primale, en efficacité pure. Fidèle à lui-même, le réalisateur s’affranchit des modes et en revient à la représentation la plus directe et la plus élémentaire du mal absolu. Cerise sur le gâteau, il impute la création (accidentelle) des vampires à l’église catholique, traçant un parallèle savoureux avec le rôle du prêtre dans la malédiction qui s’abat sur la petite communauté d’Antonio Bay dans Fog. Anticlérical un jour, anticlérical toujours.
Mais le grand attrait de Vampires ne réside pas seulement dans son versant fantastique et horrifique, mais davantage dans son improbable quatuor de héros, composé d’un tueur de vampire, d’un homme de main, d’une prostituée et d’un jeune padre (on dirait presque le début d’une blague), et dans les tensions qui les animent. Pour la première fois en tête d’affiche d’un film de genre depuis Videodrome de David Cronenberg, James Woods (très bien doublé, en VF, par Yves Rénier, notre sacro-saint inspecteur Moulin!) s’en donne à cœur joie dans un numéro de misogynie et de machisme absolument ahurissant, crachant des jurons à chaque ligne de dialogue, mâchant le cigare et plissant des yeux dans un effort de cabotinage qui pourrait filer des complexes à Eastwood himself. Par contraste, Daniel Baldwin incarne avec une belle lassitude une sorte de force tranquille à la Robert Mitchum ou à la Dean Martin. Figée pour l’éternité dans le personnage de Laura Palmer de Twin Peaks, Sheryl Lee nous en offre ici un drôle de variante, une sorte de femme fatale basculant dans les ténèbres contre son gré. Au milieu de tout ce beau monde, comme un chien dans un jeu de quilles, le discret Tim Guinee ne démérite pas, crédible dans le rôle du supposé maillon faible, contraint de s’endurcir pour survivre et gagner le respect des mâles alpha.
Traque impitoyable sous le soleil écrasant du Mexique, savoureux concours de quéquettes qui n’a pas peur du premier degré, jeu de massacre sans fioritures cadré à la perfection dans un Scope de toute beauté, Vampires est la dernière balade d’un cinéaste comme on en fait plus. Deux long-métrages (Ghosts of Mars et The Ward) et une double participation méritoire à l’aventure Masters of Horror suivront, sans toutefois atteindre les cimes de la chevauchée fantastique de Jack Crow et de ses acolytes. Vaya con Dios, compadre !
Image
Épuisé depuis belle lurette, le bluray édité par M6 Vidéo ne proposait rien d’autre qu’un upscaling « simple » du master jadis exploité par FilmOffice en DVD. C’est dire si le film de suceurs de sang de John Carpenter avait bien besoin d’un nettoyage de printemps en haute-définition. Il existait déjà un très beau master visible sur le blu-ray UK de Powerhouse Films mais il semblerait que ESC ait fait sauter la banque pour se procurer celui édité par Shout Factory aux États-Unis il y a quelque mois. Présenté dans son format d’origine, en Dolby Vision et dans une restauration effectuée à partir du négatif original, Vampires retrouve son lustre original et plus encore. Le grain est discret, laissant le champ libre à une palette de couleurs chaudes exceptionnelles et à une définition de pointe qui rend justice à la fois à la photographie de Gary B. Kibbe et aux maquillages spéciaux de KNB. Une résurrection qui justifie à elle seule l’acquisition de cette édition très attendue.
Son
La sollicitation du caisson de basses est quasi-permanente, accompagnant la musique et les coups de feu dans un déluge sismique impressionnant. Ce qui ne veut pas dire que le mixage manque de subtilité, avec une belle répartition des effets à l’arrière et une ouverture bien réelle du champ acoustique sur les côtés. Version française et version originale joue à armes égales et l’éditeur s’est aussi permis d’ajouter une option 2.0 pour la VO, offrant un compromis solide pour les petits espaces et les cinéphiles réfractaires à l’achat d’un système 5.1.
Interactivité
On conseillera bien évidemment de se procurer l’édition limitée et son packaging Cult’Editions plutôt cossu, avec son petit lot de goodies, un bon gros livret et – surtout – un disque supplémentaire de bonus en tous genres. Sur cette galette dédiée, on retrouve en tout premier lieu un entretien gentiment informatif avec Olivier Desbrosses sur le travail de compositeur de John Carpenter. On préférera plutôt se concentrer sur une série d’entretiens très récents (issus du Shout Factory, cool) avec John Carpenter, Sandy King Carpenter, Gary B. Kibbe, Thomas Ian Griffith, Tim Guinee, James Woods et Greg Nicotero, lesquels abordent à peu près tous les aspects de la production, de l’adaptation aux effets spéciaux à l’ancienne en passant par la direction d’acteurs et les incontournables anecdotes de tournage. Rescapé du DVD collector, le documentaire biographique sur John Carpenter issu de la série The Directors (et qui commence méchamment à dater) a aussi été inclus, en définition standard. Pour la suite de l’interactivité, direction le disque du film avec, là encore, du fait maison.
Décidément très sollicité ces derniers temps, Jean-Baptiste Thoret, dont on rappelle qu’il a écrit plusieurs ouvrages sur John Carpenter (on vous renvoie à son récent et passionnant « Back to the Bone »), se lance dans une analyse « express » du film, soit un peu moins de 30 minutes, débit mitraillette compris. Les analyses de séquences animées par Frédéric Mercier ne sont malheureusement pas du même tonneau et sentent un peu l’improvisation, abordant le film sous un angle rigolard plus que discutable. Le making-of d’époque (en définition standard, une fois de plus), très compacte, parvient à mêler assez harmonieusement le discours promo habituel avec un compte rendu assez exhaustif du tournage et de la méthode Carpenter. Et on finit sur le commentaire audio du cinéaste, au rythme très inégal (Carpenter a toujours été plus bavard en étant accompagné, cf. les commentaires audios de The Thing, de Ghosts of Mars et de Jack Burton) mais qui distille tout de mêmes quelques infos précieuses. L’ancien commentaire audio en duo avec Gary B. Kibbe est ici aux abonnés absents mais l’intérêt très limité de ce dernier évite la déception. Et on se quitte avec un type de bonus assez rare, la piste musicale isolée, en 2.0, une bonne occasion de se délecter des riffs de guitare et des nappes synthétiques de l’un des meilleurs scores de John Carpenter.
Liste des bonus
Commentaire audio de John Carpenter, Making-of d’époque (23’), « Vampires dans la carrière de John Carpenter » par Jean-Baptiste Thoret (29’), Analyse de séquences par Frédéric Mercier (24’), « Musiques originales : John Carpenter » par Olivier Desbrosses (18’), Entretiens divers : “L’heure de tuer quelques vampires” avec le réalisateur, John Carpenter, la productrice, Sandy King Carpenter, le directeur de la photographie, Garry B. Kibbe (12’), “Jack le tueur” avec l’acteur, James Woods (22’), “Le premier vampire” avec l’acteur Thomas Ian Griffith (9’), « Faire grimper la prime” avec le responsable des effets spéciaux, Greg Nicotero (10’), « Padre” avec l’acteur, Tim Guinee (12’), « Portrait de John Carpenter » : documentaire d’archive (58’), Piste musicale isolée 2.0, Bande-annonce.







