UN ESCARGOT DANS LA TÊTE

France – 1980
Support : Bluray
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Jean-Etienne Siry
Acteurs : Florence Giorgetti, Renaud Verley, Jeanne Allard, Jean-Claude Bouillon, Marcel Gassouk, Charles Dubois…
Musique : Didier Vasseur
Image : 1.66 16/9
Son : Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Aucun
Durée : 76 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 8 mai 2025
LE PITCH
Hélène Gallois traverse une période de dépression à la suite de son divorce. Lors de son séjour dans une clinique spécialisée, elle fait la connaissance d’Édouard Fournier, artiste peintre en proie à l’alcoolisme. Une amitié naît entre eux et ils décident de séjourner dans une ferme appartenant à Édouard. Cependant, l’ambiance oppressante du lieu ravive leurs traumatismes passés, les confrontant à leurs propres démons intérieurs.
Folie à deux
Petite curiosité d’un cinéma français qui, quand on fouille un peu, n’en manque pas, Un Escargot dans la tête passa relativement inaperçu en 1980, trop fragile et étrange sans doute, et resta dès lors dans l’ombre. Restauré richement par Le Chat qui fume, il se dote désormais d’une sortie Bluray qui incite, non pas forcément à la réévaluation, mais à la curiosité certainement.
On connait surtout Jean-Etienne Siry pour sa longue et fructueuse carrière d’affichiste qui fera de lui une signature incontournable du cinéma français (Landru, Le Doulos, Les Tontons flingueurs…) mais aussi américains avec des toiles célèbres imaginées pour des films comme La Poursuite impitoyables, Help ! ou What’s new Pussycat ? Un style, une marque, une efficacité et une élégance qui lui ouvrent les portes à la fin des années 60 de la direction d’une agence de publicité. Cependant, Siry est un authentique amoureux du cinéma qui espère depuis longtemps passer à la réalisation. Après deux courts métrages remarqués, Poing de force et Entrepôt 026, il y entre cependant par la petite porte et surtout la grande mode naissante du cinéma X hexagonal avec Males Hards Corps et Et… Dieu créa les hommes. Car oui, petite particularité du monsieur, il est homosexuel et s’inscrit comme l’un des pionniers de la pornographie gay. Il finira enfin en 1980 à réussir à faire produire son seul long métrage dit « traditionnel » avec Un escargot dans la tête. Traditionnel car non X mais loin d’être classique puisque contant la rencontre amoureuse entre deux internés d’une clinique psychiatrique : Hélène, romancière, se remet doucement d’une terrible dépression qui l’a menée à une tentative de suicide, et Edouard hanté par sa propre TS qui a mené malheureusement à la mort de sa femme et de son fils.
Dans leur coquille
Deux êtres terriblement fragiles que l’on pourrait espérer voir se reconsolider l’un avec l’autre, se diriger vers une certaine joie de vivre et pourquoi pas un nouveau bonheur, mais le destin et leurs échos traumatiques sont bien trop lourds pour que tout cela ne finisse bien. Si quelques instants volés et enlacement sauvage au milieu de la nature se donnent des airs de roman-photo, Un escargot dans la tête est lui aussi surtout une œuvre dépressive, trainant une vision de l’existence et de sa fatalité assez cafardeuse traversée de cauchemars éveillés donnant à voir les visions obsédantes et inquiétantes de nos pauvres protagonistes. Finalement leurs névroses semblent surtout se nourrir l’une l’autre et envahir peu à peu les frontières du film. Plutôt sage après une introduction « choc » qui annonce l’effondrement à venir, Un escargot dans la tête se veut un film presque fantastique, bis mais onirique, surréaliste même peuplé de symboles et de plans hallucinés où s’infiltrent en récurrence la figure de l’escargot. Quelques années avant la mort bien graphique d’Aenigma de Lucio Fulci, le gastéropode recouvre l’espace, le décor et les corps représentant autant le grain de folie des personnages qu’un rapport trouble à la sexualité. C’est qu’au-delà d’une maladie psychologique omniprésente, Un escargot dans la tête explore les notions de paranoïa, de dépendance, de culpabilité mais aussi d’ambiguïté sexuelle véhiculée par Edouard, amant impuissant mais appliqué qui trouve réconfort auprès d’un vieux camarade particulièrement charmant…
Un film tout à fait personnel et où, malgré les petites maladresses de mise en scène, les dialogues trop écrits ou une structure pas assez ferme, on sent constamment la présence d’un metteur en scène qui tente véritablement de donner corps à sa vision propre et profonde. Forcément touchant et intriguant, le film profite aussi, et c’est assez rare dans le cinéma d’exploitation français fauché, d’une interprétation générale de très bonne qualité. Une autre particularité à ajouter à ce petit film qui n’en manque pas.
Image
C’est encore une fois à une véritable résurrection que nous invite Le Chat qui fume. Film rare, peu connu, longtemps disparu et parfois distribué mais toujours dans des conditions spartiates, Un Escargot dans la tête s’est vu auréolé par l’éditeur français d’une luxueuse restauration à partir de scans 4K des négatifs originaux. Des conditions idéales pour redécouvrir le film assurant une propreté et une stabilité inédite pour le métrage, ainsi qu’un réetalonnage qui souligne toutes les qualités de la photographie. Éditeur cinéphile, Le Chat a bien entendu cajolé au passage le grain d’origine, fluctuant, organique mais naturel et vibrant, et les reflets argentiques particulièrement attractifs. Un ou deux plans se montrent plus faibles et l’économie du film ne permet pas au Bluray d’en mettre vraiment plein les yeux, mais c’est clairement un très beau travail.
Son
Restauré à partir de la piste magnétique d’origine, le mono nous parvient dans un DTS HD Master Audio 2.0 très agréable, clair et bien équilibré. Aucune perdition ou saturation à signaler, la captation d’époque semblant elle aussi plutôt solide.
Liste des bonus
Aucun.





