TRACKING
France – 1987
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Pierre B. Reinhard
Acteurs : Marie-Isabelle Heck, Laurence Molinatti, Natasha Davidson, Annick Chatel, Genevieve Lesourd…
Musique : Christian Bonneau
Image : 1.66 16/9
Son : Français, Anglais et Espagnol DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français et anglais
Durée : 79 minutes
Éditeur : Le Chat qui me fume
Date de sortie : 8 mai 2025
LE PITCH
Trois copines – Lisa, Nathalie et Stéphanie – sont réunies dans un grand manoir appartenant aux parents de Lisa. Après une soirée arrosée à se raconter des histoires, le trio commence à être victime d’hallucinations dans lesquelles elles sont violées et torturées par le fantôme d’un militaire. Mais s’agit-il vraiment d’une illusion ou de la réalité ?
Les cibles
Produit et distribué la même année que l’opus le plus connu de son auteur, le rigolo La Revanche des mortes-vivantes, Tracking fut cependant que très peu visible en France, vite envoyé à l’étranger et vite oublié. Une rareté, exhumée et restaurée par les équipes du Chat qui fume qui témoigne à nouveau de la débrouillardise et des, petites, ambitions de Pierre B. Reinhard.
Ancien stagiaire sur les plateaux de René Clair ou Henri Verneuil (excusez du peu) puis passé assistant et monteur pour le beaucoup plus polisson Gérard Kikoïne, Pierre B. Reinhard est rapidement devenu l’un des techniciens et réalisateur incontournable du petit monde du porno hexagonal sous le pseudonyme de Mike Strong : James Band contre OS Sex 69, Délires sodos, Chattes salées prêtes à baiser, Dressage… Un certain savoir faire pour sûr, et comme quelques collègues de l’époque un vrai appétit pour le cinéma et l’objet bien fait. Mais c’est finalement aujourd’hui surtout pour ses deux films de genre qu’on le connait le plus, le nanar improbable La Revanche des mortes-vivantes, tourné avec pas un rond et dans un froid à fendre les pierres et le présent Tracking au financement plus limité encore. Une simple histoire de cagnotte d’aide à la production non utilisée et qui devait être donc rapidement rentabilisée dans un tournage express, avec une toute petite équipe, peu de décors… et sans scènes X (mais un peu de fesses quand même). De là seulement vient l’idée du réalisateur et son camarade scénariste Jean-Philippe Berger (Le Diable rose à nouveau avec Reinhard), de réunir simplement trois adolescentes dans une vieille demeure isolée et de lâcher sur elle un prédateur mystérieux menaçant constamment de leur faire subir les pires outrages.
« Mon légionnaire… »
Et si Tracking reprend sans vergognes quelques tics inévitables du bon vieux slashers avec entre autres ses longues séquences en visions subjectives et la musique électronique façon Halloween, il ne cherche pas forcément un body count élevé mais plutôt, en bon film d’exploitation, des bodys plutôt exposés. La tentation du simple film érotique n’est jamais loin, et les trois actrices, souvent maladroites, sont généreusement et régulièrement exposées à la caméra. Mais étonnement le métrage ne se contente pas d’un petit trip sanglant et sexy vite emballé. Les effets sont rares, et Reinhard préfère jouer plus volontiers sur atmosphère onirique, étrange et décalée où le spectateur ne sait jamais vraiment si les évènements décrits correspondent à un terrible réalité, fantastique ou non, où une forme d’hystérie collective qui entraineraient ces trois copines dans une folie destructrice nourrie par des fantasmes inassouvis et incompris. Tout commence dès lors par le récit des exactions commises par le père de l’une des trois durant la guerre d’Algérie, et l’évocation d’un terrible viol à l’aide d’une bouteille de champagne sur une pauvre gamine comme elles, et dès lors la silhouette de l’homme, en tenue de militaire cela va de soi, semble sortir de nulle part. Il est à la fois la personnification d’un monde adulte honteux et peu réjouissant, mais celle d’un rapport de répulsion / fascination envers une masculinité dominante et qu’elles ne connaissent encore que de loin.
De belles ambitions et des pistes très intéressantes pour un film qui n’en a pas toujours les moyens peinant à préserver son rythme et sa tension jusqu’au bout, s’attardant longuement dans un épilogue parisien peu utile et laborieux et n’arrivant bien pas souvent à dissimuler son budget peau de chagrin. Mais le ton résolument sérieux et l’ambiguïté du regard porté sur les désirs et les craintes féminines et adolescentes apportent un vrai plus à ce petit film d’horreur, malhabile mais charmant.
Image
C’est encore un petit miracle que nous offre ici Le Chat qui fume avec une restauration inespérée du film en HD à partir d’un scan 4K des négatifs originaux. Un traitement digne d’un grand classique du 7eme art avec un nettoyage extrêmement soigné et une restitution stable et des plus solides de la pellicule. Le grain organique et vibrant est rendu avec ferveur, tout autant que les accents argentiques et les textures, tandis que la définition, intense, redonne une certaine tenue à un film longtemps visionné uniquement par le biais de copie vidéo pas franchement officielles. Forcément la photographie un peu terne, les intérieurs un peu vides et le manque de moyens omniprésent empêche le Bluray de transfigurer totalement l’objet, mais l’effort n’en reste pas moins admirable.
Son
Le même soin a été apporté à la bande sonore du film, toujours dans son petit mono d’origine mais désormais doté d’un DTS HD Master Audio 2.0 nettement plus propre, clair et équilibré.
On notera tout de même dans des conditions équivalentes la présence des doublages anglais et espagnols ainsi que de sous-titres anglais question de faire découvrir l’œuvre dans toute l’Europe.
Interactivité
Petite édition proposée sobrement dans un boitier scanavo avec jaquette, Tracking est accompagné, comme La Revanche des mortes-vivantes d’une petite rencontre avec le réalisateur Pierre B. Reinhard. Un monsieur bien sympathique qui s’amuse manifestement beaucoup de cette reconnaissance tardive du film. Il y revient sur la genèse du projet, un tournage en équipe très réduite (c’est lui qui tient régulièrement la caméra ou joue les apparitions de l’homme…) mais dans une bonne ambiance, ainsi que de la sortie française avortée alors qu’il pu être diffusé chez quelques-uns de nos voisins.
Liste des bonus
Tracking par Pierre B. Reinhard (13’), Bande annonce.
