TOP SECRET

The Tamarind Seed – Royaume-Unis, Etats-Unis – 1974
Support : Bluray & DV
Genre : Thriller
Réalisateur : Blake Edwards
Acteurs : Julie Andrews, Omar Sharif, Anthony Quayle, Dan O’Herlihy, Sylvia Syms, Oscar Homolka…
Musique : John Barry
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 125 minutes
Editeur : Éléphant Films
Date de sortie : 26 août 2025
LE PITCH
Lors de ses vacances aux Caraïbes, Judith Farrow, secrétaire du ministère des Affaires Étrangères britannique, rencontre Feodor Sverdlov, attaché militaire de l’ambassade soviétique à Paris. Cette histoire d’amour naissante inquiète au plus haut niveau leur hiérarchie respective, qui soupçonne le couple de vivre une relation fictive. Essayant de prouver leur bonne foi, les deux amants découvrent involontairement qu’un agent double s’est infiltré dans les hautes sphères du pouvoir britannique : leurs vies sont désormais menacées.
Les espions qui s’aimaient
Le réalisateur de The Party et de la saga de La Panthère rose s’essaye en 1974 au cinéma d’espionnage. Tout l’esprit bondien est a portée de main, mais Blake Edwards préfère les élans romantiques et le suspens à mèche lente, s’octroyant alors un nouvel échec commercial. Le film est pourtant une très belle œuvre, mature et complexe.
Cela fait déjà plus de dix ans que James Bond contre Dr No a totalement changé le visage du cinéma d’espionnage et d’action. Une franchise à laquelle il est impossible de ne pas penser lorsque le joli générique à grand renfort de silhouettes et réalisé par Maurice Binder se lance sur fond d’un thème intensément romantique composé par un John Barry très inspiré. Avec l’inévitable contexte de la guerre froide et une ultime scène de fusillade, un poil brouillon d’ailleurs, ce sera le seul véritable lien possible avec les aventures de 007. Si ce dernier offre un spectacle grand public, pour ne pas dire presque adolescent, Top Secret, ou plutôt The Tamarind Seed, en serait plutôt le reflet profondément adulte, là où les missions casse-cou, les gadgets, les conquêtes par dizaines et la bagarre laisseraient presque place à une atmosphère certes tendue, mais nettement plus apaisée où le récit est mené moins par le mouvement que par les sentiments. Il est d’ailleurs amusant de noter comment c’est l’absolue franchise de Judit et Feodor l’un envers l’autre, autant sur leurs rôles respectifs dans leurs camps opposés (elle attachée aux affaires étrangères britannique, lui à l’ambassade soviétique) que dans leurs désirs et leur attraction, qui construit littéralement le reste du film. De cette relation de vacances à la Barbade, passionnée mais platonique, va découler une fois rentrés chez eux tout un jeu de dupe, de double sens, de danses diplomatiques et d’intérêts stratégiques, qui vont les obliger plus d’une fois à mentir et à se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas vraiment : des espions cherchant à retourner la veste de l’autre.
Agents troubles
Dans cette seconde partie du film apparaissent tous les tropes attendus du film d’espionnage et une galerie de personnages secondaires constamment ensevelis sous les apparences et le mensonge, mais eux restent fidèles à leurs promesses tacites. Le film ne fonctionnerait certainement pas aussi bien si l’élégance et la sobriété du jeu de Julie Andrews et d’Omar Sharif ne créait pas une telle alchimie à l’écran, et si tout simplement leurs personnages n’avait pas été aussi brillamment écrits. Pas une once de cliché ou de facilité dans le portrait de cette femme sur la retenue mais qui se livre comme un livre ouvert, ni dans ce beau séducteur, conscient de lui-même, au cynisme constamment tempéré par cette femme qui lui résiste avec franchise. L’alchimie est totale, gracieuse et illumine un monde volontairement opaque, sombre et aux arrières plans jouant régulièrement sur un éclairage rouge comme pour rappeler la violence tapie.
Un très beau film, plus subtile que nerveux donc, plus psychologique que thriller, où l’on n’imaginait pas forcément rencontrer le réalisateur Blake Edwards, chantre de la comédie enlevée américaine de Diamant sur canapé à The Party et papa de la lucrative série des Panthères Rose avec le copain Peter Sellers. Il vivait cependant à ce tournant des années 70 un passage des plus compliqués dans sa carrière, peu à peu éclipsée par la nouvelle génération et le « Nouvel Hollywood », peinant à se reconnecter avec le public. D’où des essais comme la comédie antimilitariste Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? annonçant avec trop d’avance les délires du futur MASH, le polar Peter Gunn, la comédie musicale fastueuse Darling Lili, le western Deux hommes dans l’ouest, le thriller médical Opération clandestine et le présent Top Secret. Tous des expérimentations plus ou moins maitrisées, plus ou moins soignées mais qui comme le film en présence ici valent certainement le détour et une redécouverte.
Image
Après l’Angleterre et les USA, Top Secret peut enfin étaler sa très belle restauration HD en France. Un gros travail de restauration a manifestement été appliqué sur le film, offrant effectivement des cadres extrêmement propres et stables, et lui permettant de retrouver ses accents argentiques et une palette colorimétrique vive et naturelle. Le grain se fait très discret et certains passages affirment effectivement un petit gommage un peu trop massif, mais le résultat est là et particulièrement satisfaisant.
Son
Délicat et plutôt subtile le DTS HD Master Audio 2.0 de la version originale assure un équilibre très appréciable dans la restitution des dialogues et l’élévation des superbes compositions de John Barry. La version doublée est comme souvent un peu plus écrasée mais profite de ces voix incarnées et convaincues de l’époque.
Interactivité
Cette édition reprend en premier lieu les bonus de l’éditions anglaise, soit trois extraits de l’émission britannique Russell Harty Plus, talk shaw très people et reflet d’une télévision où ça clopait non-stop, discutait des femmes comme d’objets et où les invités devaient rivaliser d’anecdotes pour exister (ça, ça n’a pas changé). Ici par deux fois Omar Sharif oublie de faire sa promo et se contente de discuter ses goûts féminins mais aussi les origines de son pseudonyme, tandis que Peter Sellers, rejoint ensuite (brièvement) par Burt Kwouk et surtout Blake Edwards, discute surtout de leur amitié professionnelle, de la naissance de L’inspecteur Clouzot et un donc un peu de cinéma. Des documents d’archives assez sympas même si un peu longuets et qui surtout ne parlent jamais du film en question.
Pour cela, Elephant Film a proposé au journaliste Justin Kwedi d’enregistrer une longue présentation du film : la société de production ITC, la place du film dans un moment particulier de la filmographie de Blake Edwards, le traitement romantique du film d’espionnage, les échos possibles de la relation du cinéaste avec Julie Andrews… Entre infos, anecdotes et petites considération personnelles le segment est assez intéressant même si le monsieur peut parfois être un peu confus. On le retrouve aussi pour un sujet complet sur la carrière de John Barry, ses débuts, ses évolutions stylistiques et la place particulière de Top Secret.
John Barry est d’ailleurs encore à la fête puisqu’on retrouve dans la section bonus l’intégralité des chansons du film, avec leurs enregistrements alternatifs et surtout l’intégralité de la superbe bande originale. Un très beau cadeau.
Liste des bonus
Commentaire audio du réalisateur, Adapting A Nightmare (3’), Practical Terrors (2’), Death-Defying Cast (3’), Scènes coupées (37’).







