THE HIT

Royaume-Uni – 1984
Support : Bluray & DVD
Genre : Polar
Réalisateur : Stephen Frears
Acteurs : John Hurt, Tim Roth, Terence Stamp, Jim Broadbent, Laura Del Sol, Bill Hunter, Fernando Rey, Lennie Peters…
Musique : Paco De Lucia, Eric Clapton
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 98 minutes
Editeur : Metropolitan Film & Video
Date de sortie : 9 août 2025
LE PITCH
Willie Parker, un truand anglais, dénonce ses complices en échange de la liberté. Il vit incognito en Espagne. Dix ans plus tard, ses ex-complices sortent de prison ; ils engagent deux « professionnels », Braddock, le vétéran, et Myron, dont c’est la première mission. Ceux-ci enlèvent Parker et traversent l’Espagne en direction de Paris, poursuivis par la police. Parker, qui s’est préparé depuis dix ans à ce dénouement, reste d’un calme olympien et s’amuse à pousser ses ravisseurs à l’erreur.
La dernière ballade du tueur
Un an avant le My Beautiful Laundrette qui allait définitivement lancer sa carrière mais aussi ouvrir la voie à toute une nouvelle génération de cinéastes anglais, Stephen Frears signait le film noir décalé The Hit en se payant au passage trois pointures de l’acting anglais : John Hurt Terence Stamp et le débutant Tim Roth. Une œuvre trop méconnue, et sans doute l’une de ses plus réussies.
Si Stephen Frears avait signé en 1971 son premier film de cinéma avec le pastiche de film noir Gumshoe aux cotés de l’acteur Albert Finney, il n’est pour l’essentiel encore qu’un téléaste lorsqu’ils se lance dans la production de The Hit. Avec plus d’une vingtaine de téléfilms au compteur, le réalisateur de 41 ans a besoin de liberté, d’évasion et de grand écran. Comme il le dira souvent lui-même, le cadre du polar n’est arrivé là que pour son pouvoir évocateur, presque fantasmatique, et sa proximité avec un cinéma populaire, international, capable dès lors d’attirer le grand public. L’approche du sujet, adaptation d’une nouvelle d’Ambrose Bierce transposée de l’Amérique de la Guerre de Sécession au petit monde du gangstérisme anglais en Espagne, n’a pourtant rien du film de genre classique et balisé. Comme il le fera très souvent par la suite, Stephen Frears reprend certes l’attirail attendu avec ses tueurs professionnels, ses hommes de mains (vites abattus), ses révolvers menaçants et même sa femme fatale bafouée (la sublime Laura Del Sol découverte dans le Carmen de Carlos Saura), mais y appose une grille critique, une lecture toute personnelle qui le fait glisser plus volontiers du coté de la comédie noire que du film d’action.
Dans la ligne de mire
Le film suit donc la traversée des paysages ibériques, plus Don Quichotte que jamais, d’un curieux attelage composé par un tueur professionnel (John Hurt taiseux et fatigué), son jeune assistant dont c’est le premier contrat (Tim Roth, sur piles et déjà fascinant), leur cible qu’ils doivent amener à Paris (Terence Stamp, plus flegmatique que jamais) et la témoin gênante, otage féminine récoltée en cours de route. L’histoire d’un échec annoncé et d’une arrivée à Paris très improbable, où foncièrement rien ne tourne véritablement comme cela était prévu, contrat facile qui périclite de scènes en scènes. Une sorte d’Odyssée mineure qui prend tristement l’eau en cours de route. Si la mise en scène travaille un certain réalisme d’apparence, le rattachant à une certaine école du cinéma de truands britannique, elle se montre surtout rapidement beaucoup plus détachée et onirique que cela, renvoyant par certaines compositions et un rythme lancinant à des échos fantomatiques du western crépusculaire, de l’aventure picaresque et initiatique dont ce n’est pas la cible, le contrat, qui serait le sujet, mais bien son futur assassin.
Avec beaucoup d’élégance et de subtilité, Frears dispose ainsi Braddock, tueur blasé, froid et technicien, entre un jeune chien fou encore épris de gloire et de violence et un vétéran, rangé depuis des années, attendant une mort inéluctable avec philosophie. Presque des images de son passé et de son futur réunis pour lui pourrir la vie et remettre constamment en question ses méthodes, ses décisions et sa perception de l’existence. Un film presque métaphysique, souvent profond, mais jamais naïf comme lorsque Terence Stamp avec ses multiples leçons de vie et ses regards empruntés face à la beauté de la nature s’effondre lorsque son exécution est finalement avancée d’une journée… Pathétique. Comme souvent chez Frears la maitrise discrète de la mise en scène se met idéalement au service du talent de ses formidables acteurs et de dialogues pointus et acérés, maniant une dérision fataliste et mélancolique.
Curieux roadmovie donc qui passe d’un thème d’ouverture très blues signé Eric Clapton à des notes de guitares vaguement flamenco, plus exotiques mais aussi plus mordantes, car la balade dans The Hit n’a rien d’une promenade de santé, d’une visite touristique… c’est un voyage sans retour.
Image
Visible depuis seulement cinq ans et un passage chez Criterion, ce master HD de The Hit semble pourtant déjà datée. Manifestement hérité d’une source plus ancienne et sans retour aux négatifs ou à la pellicule, la copie parait souvent bien plate, proposant des plans trop doux, légèrement bruité en lieu de grain, et un piqué toujours sur la réserve. Un master à l’ancienne donc, qui heureusement offre des cadres tout à fait propres et une colorimétrie plutôt équilibrée et assez naturelle.
Son
Sobre et pas désagréable, la version originale se voit dotée d’un DTS HD Master Audio 5.1 un peu plus moderne, même s’il n’a pas tant d’élément que cela à dynamiser. La version DTS HD Master Audio 2.0 bien plus sobre et proche du mono d’origine est presque plus convaincante et en tout cas affirme de la même façon des dialogues clairs et accompagne fermement les musiques espagnoles. Le doublage français tout à fait honorable est, comme toujours, un peu plus écrasé dans son mixage.
Interactivité
L’édition française de The Hit est accompagnée par un petit livret d’un peu moins de trente pages, mais qui semble cependant bien chargé en contenu : Un joli texte sur le retour du cinéaste au Festival de Reims pour la présentation du film et une interview inédite permettent de revenir sur la naissance du film, le choix et le travail avec les acteurs, son style, son scénario et son statut particulier dans la carrière de Frears. A cela s’ajoute Parker Adderson, philosophe, soit la nouvelle complète signée Ambrose Bierce, récit d’un espion yankee durant la guerre de Sécession emmené sur son lieu d’exécution. On y retrouve le même mélange de poésie noir, de philosophie et d’ironie.
Les disques Bluray et DVD ajoutent à tout cela une captation de la présentation de The Hit faite au Festival du Film Policier en 2025 avec quelques questions / réponses partagées avec les organisateurs et les spectateurs (le choix de l’Espagne, les différences de méthode entre le cinéma européens et américains…) mais le son peut être un peu crispant. Surtout, l’édition reprend un commentaire audio collectif enregistré il y a quelques années pour une ancienne édition, comportant de nombreuses anecdotes de tournages, quelques réflexions sur la musique ou le choix des paysages et des interventions passionnantes du monteur Mick Audsley.
Liste des bonus
Un livret (28 pages), Commentaire audio de Stephen Frears, John Hurt & Tim Roth, Peter Prince et Mick Audsley (VOST), Présentation du film par Stephen Frears au Festival du Film Policier de Reims 2025.






