THE GREAT MOMENT

Etats-Unis – 1944
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Preston Sturges
Acteurs : Joel McCrea, Betty Field, Harry Carey, William Demarest, Louis Jean Heydt, Julius Tannen…
Musique : Victor Young
Image : 1.37 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 83 minutes
Editeur : Éléphant Films
Date de sortie : 6 janvier 2025
LE PITCH
Au crépuscule de sa vie, William Morton est tombé dans l’oubli. Et pourtant, le dentiste fut célébré en son temps, quand il découvrit en 1846 une utilisation nouvelle de l’éther et le principe de l’anesthésie moderne. Le film revient sur la vie du docteur, à travers une série de flashbacks mêlant drame et humour pour une chronique historique de l’Amérique du XIXe siècle.
Né dans la douleur
Film atypique et souvent jugé comme mineur dans la filmographie du roi de la comédie Preston Sturges, The Great Moment est à la fois un film inattendu dans sa carrière, mettant plus en avant le mélodrame que de coutume, et son premier grand échec commercial et artistique, le film ayant été honteusement remonté par la Paramount dans son dos.
C’était pourtant un projet qui lui tenait à cœur depuis quelques années, alors même que cette adaptation du roman biographique Triump Over Pain signé René Fülöp-Miller devait au départ être filmé par Henry Hathaway et interprété par Gary Cooper. Alors encore simple scénariste avant le tournant des années 40, Sturges se passionne pour le sujet et surtout pour la figure de William Morton, brave homme modeste, devenu dentiste par passion et non par intérêt, et qui après s’être battu durant des années pour imposer l’utilisation de l’éther dans les différentes opérations médicales, révolutionnant la médecine, se fit spolier de sa découverte, écarté et oublié. L’homme au service des autres, l’humaniste, soit une figure récurrente des films de Sturges, qui donnera naissance à de nombreuses versions d’un scénario constamment remodelé et peaufiné face aux refus successifs de la Paramount et ce malgré les succès de plus en plus importants du monsieur devenu réalisateur : Les Voyages de Sullivan, Madame et ses flirts, Miracle au village… C’est presque en dépit que le studio finira par donner le feu vert au tournage, mais le résultat nettement plus tourné vers le drame, voir le mélodrame, et une certaine noirceur particulièrement présente lors d’un carton d’ouverture tragique et une opération sans anesthésie qui rappelle un peu trop brutalement le calvaire que cela pouvait être à l’époque, va vite les refroidir. Sturges se voit écarté de la table de montage.
Comme une rage de dent
Achevé en 1942 mais sorti sur les écrans que deux ans plus tard, The Great Moment a aujourd’hui tout du film scarifié, les efforts fait pour adoucir le propos et simplifier la trame dans un simple combat manichéiste du seul contre tous, aboutissent à un film déséquilibré, trop gentillet et finalement assez bêtement hollywoodien dans son traitement. La première partie et ses flashbacks successifs aux enchainements en fondus malencontreux font d’ailleurs perdre le fil de l’histoire au spectateur qui aura tout logiquement un peu de mal à se remettre en selle par la suite. L’objet n’est cependant pas dénué d’intérêt loin de là. A commencer par l’interprétation tout en chaleur de Joel McCrea dans le rôle-titre. L’acteur fétiche de Preston Sturges qui apporte une nouvelle fois une certaine candeur et une franche honnêteté qui rend le personnage immédiatement sympathique. Il est aussi tout à fait habile dans les quelques scènes de pures comédies qui émaillent le récit, tournant essentiellement autour de la peur des dentistes par les pauvres patients ou des conséquences parfois spectaculaires des tentatives de Morton pour droguer les plus aventureux. Il forme un duo irrésistible avec le toujours impeccable William Demarest, autre habitué du cinéaste et véritable roi du second rôle, ici en brave type transformé après une rage de dent soignée en dévot convaincu. L’intensité de la fameuse opération chirurgical ou l’émotion qui nait lors du grand final où Morton sacrifie sa propre gloire pour sauver une pauvre enfant d’une amputation sans anesthésie, démontre aussi les talents de Sturges pour la mise en scène dramatique.
Il est évident qu’il y avait derrière tout cela un très beau film, habité, qui aurait pu marquer un nouveau départ pour son auteur. Définitivement défiguré, il n’y a bien entendu aucune trace d’un premier montage aujourd’hui, The Great Moment ne sera certainement jamais celui de Preston Sturges. Reste à l’écran quelques très beaux restes et une âme qui persiste malgré tout.
Image
Film rare et peu édité, The Great Moment nous parvient cependant dans des conditions tout à fait convaincantes. Si quelques plans de transitions sont parfois assez flous, le reste du film assure une définition plutôt solide et creusée avec une définition plus qu’honorable pour un métrage de cet âge. Quelques outils d’atténuation ont manifestement été utilisés mais cela reste plutôt discret, surtout qu’à coté, malgré quelques légères fluctuations, les noirs et blancs sont bien tenus et le grain joliment préservé.
Son
Les pistes monos d’origine sont disposées dans des DTS HD Master Audio 2.0 tout à fait clairs et assez solides. Quelques petites scories de temps en temps mais rien de véritablement gênant. On appréciera, comme toujours avec l’éditeur, la présence en option de sous-titres jaunes, nettement plus pratiques pour les films en noirs et blanc.
Interactivité
L’édition Éléphant Films se fend d’une très complète présentation du film par l’universitaire Nachiketas Wignesan qui retrace la douloureuse naissance du film, de ses premières bribes à sa sortie abimée, tout en s’efforçant d’évoquer ce qu’aurait dû être cette œuvre et les quelques fulgurances qui y persistent encore. Sobre mais très bien documenté.
Liste des bonus
Le film par Nachiketas Wignesan (22′), Bandes-annonces.





