TERREUR IBÉRIQUE : UNE BOUGIE POUR LE DIABLE & POUPÉE DE SANG

Una vela para el diablo, Escalofrio – Espagne, Mexique – 1973, 1977
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateurs : Eugenio Martin, Carlos Puerto
Acteurs : Judy Geeson, Aurora Bautista, Esperanza Roy, Victor Barrera, Lone Fleming, Blanca Estrada…
Musique : Antonio Pérez Olea, Librado Pastor
Image : 1.85 et 1.66 16/9
Son : Espagnol et Anglais DTS Master Audio 1.0 (Une Bougie pour le diable), Espagnol, Anglais et Français DTS Master Audio 1.0 (Poupée de sang)
Sous-titres : Français
Durée : 87 et minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 15 juillet 2025
LE PITCH
Une bougie pour le Diable :
Marta et Veronica, deux sœurs célibataires, tiennent une pension dans un petit village espagnol où afflue depuis peu une horde de touristes étrangers. Scandalisée par le comportement prétendument indécent d’une cliente anglaise, Marta la tue de sang-froid et se convainc d’avoir rempli là le premier acte d’une mission divine…
– Poupée de sang :
Un jeune couple se fait accoster en pleine rue par un homme qui prétend être un ancien camarade de classe. Sa femme et lui les invitent à dîner dans leur maison en rase campagne. La soirée va prendre une tournure funeste après une étrange séance de spiritisme…
Viande sauce espagnole
Jolie proposition que ce mini coffret Terreur ibérique réunissant deux exemples frappants du cinéma d’horreur espagnol des années 70. L’un est largement inspiré des giallo italiens, l’autre des relents satanistes anglo-saxons, tous deux sont symptomatiques de la fin du franquisme et de la lente libération des mœurs… et du cinéma de genre. Poupée de sang ayant été déjà chroniqué sous son titre original Escalofrio (voir lien), on va se concentrer ici sur le plus rare Une Bougie pour le diable.
Un film signé par le réalisateur Eugenio Martin grande figure du cinéma populaire espagnol qui, comme ses voisins italiens, à fait sa carrière en pur artisan stakhanoviste passant d’un genre à l’autre sans faiblir. Si son univers de prédilection resta clairement le western avec quelques propositions tout à fait recommandables comme Les Tueurs de l’ouest, Requiem pour un Gringo ou Pancho Villa, il versa aussi de manière remarquable dans le fantastique. Les amateurs connaissent certainement le très étrange Terreur dans le Shanghai Express avec les stars Christopher Lee, Peter Cushing et Telly Savalas, mais Une Bougie pour le diable est certainement son œuvre la plus intéressante car elle ne se contente pas de jouer avec les codes du cinéma d’horreur, mais bien de les utiliser au mieux pour mettre en exergue l’état de l’Espagne après trente ans de dictature et quelques centaines d’années de puritanisme catholique. A l’ouverture du pays donc, dans un petit village qui connait les plaisirs du tourisme, deux sœurs tiennent une petite pension familiale à l’accueil chaleureux. Mais refoulées, renfermées, écrasées par ces vieilles idéologies puritaines et malveillantes, Marta et Veronica voient d’un très mauvais œil l’arrivée de ces demoiselles court-vêtues et à la vie dissolue qui perturbent les hommes du village.
Vieux démons
Deux vieilles filles aigries racornies par le refoulé mais qui trouvent tout de même pour l’une un exutoire dans les bras d’un jeunes amant ouvrier (qu’elle paye) et pour l’autre dans l’observation honteuse de jeunes garçons se baignant tout nus à la rivière. Il y a quelque chose (encore) du Psychose de Hitchcock là-dedans, et le rapprochement se fait plus évident encore lorsque la première jeune femme se fait tuer et laisse place par la suite à sa sœur comme détective amateur. Le film est très marqué par la langueur érotisante et rituelle du giallo italien, par l’épouvante réaliste du cinéma de l’anglais Pete Walker (Flagellations, Schizo…), par quelques vieux accents gothiques, mais cette confrontation à l’horreur campagnarde ou l’isolement historique, géographique et religieux fait naitre la monstruosité rappelle surtout le sublime Le Dernier exorcisme de Lucio Fulci. Une ambiance très proche, une réflexion sur la même voie, mais un tableau moins démonstratif et macabre même si les deux frangines n’ont rien trouvé de mieux pour se débarrasser du corps de ces demoiselles de petites vertus (en fait elles s’habillent simplement trop court, bronzent au soleil ou on fait un enfant toutes seules) d’en faire passer les morceaux dans les assiettes de leur clientèle. Bon appétit !
Le film repose énormément sur son atmosphère délétère, décadente et offre clairement ses meilleures séquences lorsqu’il se concentre sur la relation ambiguë et maladives qui lie Marta et Veronica, monstres perdues et dérangées impeccablement interprétées par les grandes Aurora Bautista et Esperanza Roy, terrifiantes et bouleversantes.
Image
Inégaux face au temps et au support, Une Bougie pour le diable et Poupée de sang ne jouent pas tout à fait dans la même catégorie. Le premier est un film qui est longtemps resté très rare et peu diffusé en particulier dans son montage complet. Cette restauration 2K de la version uncut ne se fait pas sans heurts affichant des scènes fluctuantes, ainsi qu’une définition et un grain aléatoire. Un coté grindhousse, mais propre, qui garde du coup tous les reliefs d’une source 35mm un peu pauvrette mais où des efforts très louables ont été fourni : c’est étonnement propre, le piqué se montre souvent assez généreux et les couleurs ont apparemment été largement remodelées pour retrouver les charmes d’autrefois.
Il n’y a pas eu de gros soucis pour retrouver les négatifs du second manifestement, profitant pleinement d’une restauration HD à partir d’un scan 4K des négatifs, d’un nettoyage exemplaire et d’une restitution constamment limpide, nette et impeccablement contrastée. Le DVD de Uncut Movies parait bien loin.
Son
Une Bougie pour le diable est proposé dans une version espagnole plus agréable par rapport au contexte du film mais légèrement partielle. La version anglaise est donc bien plus complète et correspond d’ailleurs à la langue du tournage, même si cela reste parfois bien curieux. Dans les deux cas les pistes sont assez confortables mais ne manquent pas de petits défauts dûs toujours à cette pérennité difficile.
Là encore le second film s’en sort mieux avec des pistes espagnole et anglaise plutôt en formes, bien claires et équilibrées, et même une version française (absente du DVD) bien plate mais qui a le mérite d’être présente.
Interactivité
Proposé dans un sobre et élégant digipack avec fourreau cartonné, les deux films profitent chacun de leur bluray dédié. Sur ceux-ci on retrouve à chaque fois une présentation signée Ángel Sala, directeur du Festival de Sitges qui revient sur le cinéma espagnol de l’époque, les différentes directions que prenaient la branche fantastique, la carrière des deux réalisateurs au sein de ce paysage et puis, bien évidemment, le style, les influences et les formes des deux films en question. C’est à chaque fois très intéressant et propose justement un regard de l’intérieur, espagnol donc, sur ces deux « classiques » de la Fantaterror.
A ces interventions, la galette d’Une Bougie pour le diable ajoute une rencontre avec le réalisateur Eugenio Martin qui avoue avoir un peu la mémoire en déroute, mais qui partage pourtant de bons moments sur l’écriture du film, la difficulté de trouver des financiers et un distributeur ou la confrontation avec la censure. Il revient aussi sur le tournage dans le petit village espagnol, le travail avec les actrices et cette envie de montrer l’Espagne dans ses ressorts réactionnaires.
Liste des bonus
Une bougie pour le Diable : « Le Gothique espagnol » : Entretien avec Ángel Sala, directeur du Festival international du film fantastique de Catalogne à Sitges (21’), « Un duo diabolique » : Entretien avec Eugenio Martín (25’), Bande-annonce originale.
Poupée de sang : « L’Espagne satanique » : Entretien avec Ángel Sala (22’).





