STAR OF DAVID : VICES ET SÉVICES

堕靡泥の星 美少女狩り– Japon – 1979
Support : Bluray
Genre : Erotique, horreur
Réalisateur : Norifumi Suzuki
Acteurs : Shun Domon, Natsuko Yashiro, Asami Ogawa, Hiromi Namino, Rei Okamoto…
Musique : Masayuki Taguchi
Image : 2.35 16/9
Son : Japonais DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 100 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 mai 2025
LE PITCH
À Tokyo, Genpei, évadé de prison, s’introduit à la nuit tombée dans une demeure luxueuse où vit un jeune couple. Il viole Tokie sous les yeux de son mari. Quelques mois plus tard, elle met au monde un fils, Tatsuya, avant de se suicider. Le temps passe. Désormais étudiant, Tatsuya enlève des femmes, après les avoir attirées, et les soumet à des actes de torture sexuelle, dans sa chambre située en sous-sol.
Tableau de chasse
Longtemps calfeutrés dans les alcôves des connaisseurs et échangés à bas mot entre cinéphiles polissons, les Roman Porno ont aussi leurs rejetons vicelards que l’on ne se conseille qu’un peu honteux. Compilation presque exhaustive de tout ce que la bonne morale réprouve, Star of David, reste l’un des opus les plus douteux du genre. Mais le talent de Norifumi Suzuki s’avère un excellent lubrifiant.
Réalisateur d’un mythique Le Couvent de la bête sacré (que beaucoup désespèrent de voir en Bluray en France), Norifumi Suzuki fait partie de l’avant-garde du cinéma d’exploitation nippon. Un amoureux des belles formes, de l’esthétique légèrement pop et décalée des 70’s, mais aussi d’une certaine forme de déviance assumée, passant allègrement de l’action la plus débridée à l’érotisme sauvage et tendancieux. A son tableau de chasse on peut aussi évoquer Sexe et furie (rape & revenge en kimono), Sukeban (récit sexy des gangs de vilaines filles), Le feu de la vengeance (ripof de Bruce Lee totalement sauvage), le sadique Le Pensionnat des jeunes filles perverses, mais c’est certainement le film en présence ici qui reste le sommet de la mise en exergue de sa perversité cinématographique. Produit comme il se doit par une Nikkatsu toujours avide de nouveaux talents et de divertissements tabous pour sa collection de Roman Porno, Star of David, aussi appelé Vices et sévices ou Hunting for Beautiful Girls chez nos amis anglo-saxon, pousse véritablement très loin les limites du genre. Sorte de dérivé décadent des excès stylistiques du giallo, bien marqué autant par les codes manga que les effluves plus traditionnelles du gothique façon Hammer, cette étrange pélloche plonge jusqu’au cou dans les petits secrets d’un jeune fils de bourgeois, récemment orphelin et s’apprêtant à épouse une belle et douce fille d’industriel, qui passe son temps à kidnapper les femmes les plus belles et les plus indépendantes, pour les dresser dans sa cave transformée en chambre des tortures.
Maniac in Japan
Lui-même fils d’un viol perpétré par un malade mental (la scène d’ouverture vaut déjà son pesant de cacahuètes), il assistera aux pratiques brutales et dévoyés de ses parents, montrera une profonde fascination pour les images et l’idéologie sordide derrière la Shoah et un complexe d’œdipe particulièrement à vif. Le film se montre beaucoup moins intéressé par la traque et la structure de thriller qu’à la logique folle et implacable de ce Tatsuya, monstre froid, impassable et terrifiant, humiliant, martyrisant, violant et assassinant ses proies dans l’espoir de trouver ou créer la compagne parfaite. Aussi avilie et perverse que lui. Vaste programme sadien, Star of David ne nous épargnera rien et si la censure japonaise tiquait à l’exposition possible de sexes (tout est heureusement flouté), des scènes incluant urologie, zoophilie, nécrophilie et tortures abjectes menant à la folie ne semblent pas poser tant de problème que cela. Pas de véritables dérives gores (même si le sang coule à flot) et de célébration du sadisme pure, mais une pure ferveur profane quettant de manière parfaitement troublante le désir, la fièvre et l’abandon dans le regard du bourreau et de ses suppliciés… Jusqu’à un final d’un romantisme et d’un lyrique d’autant plus perturbant qu’il s’agit là d’un orgasme incestueux. Un film extrême certainement, à ne pas placer devant tous les yeux, véritable maison des fantasmes S&M, bondage et malaisant, célébrée par une photographie glacée et rigoureuse et une mise en scènes étonnement élégante, presque délicate voir poétique. Un cinéma qui osait tout.
Parangon des limites auxquels aimaient se confronter le Roman Porno, Star of David est une expérience cinématographique et érotique des plus particulières. Cela reste aussi certainement le film le plus trash de son auteur qui, sans doute épuisé par autant de débauches, se tourna ensuite vers un cinéma plus musclé que culotté. Son savoir-faire d’artisan de l’anti-demi-mesure resta le même.
Image
Encore une très belle prestation au sein de la collection Nikkatsu du Chat qui fume. Si quelques bords de cadres frétillent un peu et que certains passages se font moins précis, l’ensemble de la copie est d’excellente tenue, très propre (de rares scories persistent), stable finement dessinée, retrouvant après quelques années de vaches maigres en DVD import, une définition qui souligne l’élégance de la photographie et les reliefs des espaces. Autre gain évident : le retour du grain de pellicule, délicat et organique, et ces fameux reflets argentiques qui font tout le charme du cinéma d’exploitation des 70’s.
Son
Le mono japonais d’origine nous parvient ici dans un DTS HD Master Audio 2.0 des plus satisfaisants. Les voix sont bien posées, les quelques musiques s’y imprègnent délicatement et les gémissements de ces dames viennent délicatement se poser sur le tableau.
Interactivité
A l’image des précédents Angel Guts : Classe Rouge et Nonnes dans l’enfer des cordes, Star of David profite d’un nouveau fourreau cartonné au design épuré contenant un boitier scanavo dont la jaquette reprend l’une des affiches originales et contient un nouveau livret bourré de photos d’exploitation particulièrement aguicheuses et précieuses.
Sur le Bluray c’est à nouveau Clément Rauger (Maison de la culture du Japon, Les Cahiers du cinéma…) qui se fend de la présentation d’usage. Toujours beaucoup d’informations et de précisions autant dans la remise en contexte de la naissance du Roman Porno au sein d’une Nikkatsu au bord de la banqueroute et dans le portrait du réalisateur Norifumi Suzuki, signature incontournable du cinéma d’exploitation japonais mais sur lequel finalement peu de documents existent.
Liste des bonus
Livret de photos, « Le Roman porno & Norifumi Suzuki » par Clément Rauger (33’), Bandes-annonces de la collection Nikkatsu.







