SENS UNIQUE

No Way Out – Etats-Unis – 1987
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Roger Donaldson
Acteurs : Kevin Costner, Gene Hackman, Sean Young, Will Patton, Howard Duff, George Dzundza, Iman…
Musique : Maurice Jarre
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français Dolby Audio TrueHD 5.1, Français Dolby Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 114 minutes
Editeur : BQHL Editions
Date de sortie : 26 juin 2025
LE PITCH
Dans un accès de rage, le Secrétaire d’Etat à la Défense David Brice assassine sa maîtresse. Pour étouffer l’affaire, l’adjoint de Brice crée la couverture idéale : inventer de toutes pièces un tueur – un espion russe – puis enjoint le commandant Tom Farrel à retrouver sa trace. Mais par un fait du hasard, Farell est lui aussi lié à la victime… et les indices qu’il découvre l’accusent du meurtre…
Secret d’état
C’est en 1987 que Kevin Costner est devenu une star. Grace à deux films, Les Incorruptibles, chef d’œuvre total de Brian DePalma et ce Sens unique aujourd’hui moins célébré et pourtant plus que méritant. Au-delà d’une scène pseudo-érotique archi parodiée, ce thriller criminel et politique s’avère encore et toujours un modèle de rigueur et d’efficacité.
L’histoire n’est pourtant pas tout à fait neuve puisqu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman noir La Grande horloge déjà porté à l’écran par John Farrow en 1948, mais aussi par Bertrand Tavernier en 1976 avec Police Python 357. Le premier se déroulait dans le monde de la presse, le second dans celui de la police, Sens unique lui s’inscrit dans les arcanes du pouvoir américain à Washington et même s’il revient plus fidèlement à de nombreux éléments du livre, il en ajoute beaucoup d’autres qui en complexifient considérablement la trame. Ainsi le commandant Tom Farrel est bien chargé à son tour d’enquêter sur un meurtre où tout semble pointer dans sa direction tout en sachant que c’est son supérieur hiérarchique qui est le véritable coupable, mais en plus d’ajouter une relation passionnelle entre le protagoniste et la victime, il développe une large trame secondaire où les enjeux politiques et stratégiques autour du lancement d’un nouveau sous-marins nucléaire se cristallise par la menace, fantasmée ou pas, de la présence d’un agent secret russe au sein du pentagone. Entre film d’espionnage et suspens presque administratif façon Les Hommes du président, le tout avec une enquête policière aux enjeux doubles, le suspens aurait pu se contenter d’apparaitre naturellement, comme une évidence.
La traque
Cependant, le réalisateur néozélandais Roger Donaldson qui avait déjà connu un bon succès avec le remake solide des Révoltés du Bounty (celui avec Mel Gibson, Anthony Hopkins et Laurence Olivier donc), prend le partie de construire progressivement son récit, laissant le temps au personnages pour s’articuler les uns par rapport aux autres (amitiés, rapports aux mentor, respects du drapeau ou de l’honneur militaire… ) et plus particulièrement à la romance entre Kevin Costner, frappant de charisme, et la superbe Sean Young (Blade Runner, Dune…) de faire évidence. Un couple dans le secret, mais charnel, naturel, attachants, et une femme particulièrement libre, qui donnent à la première partie du film des airs de drame romantique, adulte, faisant presque oublier la rupture de ton à venir. La seconde partie n’en est alors que plus prenante, surtout quand le script se montre aussi habilement agencé et la mise en scène tendue au cordeau, reposant sur une lente mais inexorable montée en pression alors que l’étau se referme peu à peu sur le protagoniste. Quelques scènes de poursuites, dans et à l’extérieur des bureaux de la défense, bousculent un peu le rythme alors que l’un tente de protéger les témoins (dont Iman, future femme de David Bowie) ou de préserver des indices contre une opération de couverture exponentiellement meurtrière, mais Sens unique se montre surtout particulièrement accrocheur lorsqu’il associe l’urgence de l’affaire d’état et une évocation plus large et sinistre d’un pouvoir toujours prêt à corrompre et mentir. Si Gene Hackman, impérial comme toujours, reflète l’image d’un politicard finalement plus lamentable que véritablement inquiétant, le véritable « méchant » du film reste son homme de main, entièrement dévoué au système et à l’ordre hiérarchique, interprété par un Will Patton aux airs de sociopathe.
Bien au-dessus de l’image de bon petit thriller des 80’s qui lui colle à la peau, Sens unique fait constamment preuve d’une incroyable justesse, d’une rare précision et d’un équilibre admirable entre les prestations de son casting de standing et ses nombreux croisements thématiques. Prenant son temps pour lancer sa machine, mais définitivement prenant jusqu’aux derniers instants et son fameux twist qui en aura scotché plus d’un, voilà tout simplement un incontournable du genre. Solide.
Image
Sens unique est enfin disponible en France en Bluray. Et la bonne surprise supplémentaire est que la copie proposée est de première fraicheur avec un master 4K produit par Kino Lorber en 2024. Pas beaucoup d’informations quant au procédé utilisé mais lorsque l’on revoit le très ancien DVD et le premier Bluray américain on ne peut qu’apprécier la performance. Le film est enfin totalement débarrassé de ses multiples défauts de pellicules et autres soucis de stabilité et de luminosité et ce sans souffrir de l’impact visible de logiciel de dégrainage, de lissage et de durcissement des contours. Le film nous parait retrouver un beau naturel, avec une définition exemplaire et profonde, un piqué bien pointu et des teintes très naturelles. On pourra regretter un grain un peu trop discret, mais cela reste du très bon ouvrage.
Son
L’éditeur propose des pistes Dolby Audio TrueHD 5.1 pour la version originale et le doublage français. Quelques petits effets dynamiques bienvenus, des ambiances (rues, bureaux…) bien placées mais aussi aux échos parfois artificiels (pas aidé de ce côté-là par les musiques), permettent de (re) découvrir le film avec un certain confort. La version française est aussi disponible dans sa stéréo d’origine, sobre et frontale, plus proche des sensations d’origines.
Interactivité
Le journaliste de Culturopoing Vincent Nicolet signe le seul bonus de l’édition. Soit une présentation assez classique mais qui permet de revenir sur les origines du film (le roman, l’adaptation…), la place que celui-ci a dans les carrières du réalisateur et des acteurs, ainsi que son approche du thriller entre un réalisme 70’s et une amorce de néo-noir plus proche du tournant 80/90. Des propos parfois un peu hésitants, mais des pistes intéressantes à écouter.
Liste des bonus
Présentation du film par le chroniqueur Vincent Nicolet (28’).







