RYUICHI SAKAMOTO : TOKYO MELODY + ASYNC + OPUS

Tokyo Melody, Ryuichi Sakamoto : Async at the Park Avenue Armory, Ryuichi Sakamoto Opus – France, Japon, États-Unis – 1985 / 2023
Support : Bluray & DVD
Genre : Documentaire, Musique
Réalisateur : Elizabeth Lennard, Stephen Nomura Schible, Neo Sora
Acteurs : Ryuochi Sakamoto, Akiko Yano…
Musique : Ryuichi Sakamoto
Durée : 62, 65 et 103 minutes
Image : 1.33, 1.78, 2.00, 16/9
Son : Français Dolby Digital 2.0 & Japonais Dolby True HD 2.0 (Tokyo Melody), Japonais Dolby True HD 5.1 (Async), Japonais Dolby Atmos (Opus)
Sous-titres : Français
Éditeur : Potemkine Films
Date de sortie : 4 novembre 2025
LE PITCH
Dans Tokyo Melody (1985), Elizabeth Lennard dresse le portrait d’un jeune compositeur en pleine effervescence, entre expérimentations électroniques et bouillonement culturelle du Tokyo des années 80. Plus de trente ans plus tard, Async at the Park Avenue Armory (2018) capte l’unique performance scénique de son album le plus introspectif : une expérience musicale immersive, à la frontière du concert et de l’installation sonore.
Enfin, Opus (2023), film testament réalisé par son fils Neo Sora, révèle un Sakamoto épuré et bouleversant, seul face au piano, pour un dernier geste de transmission.
Tokyo Pop
Pour une bonne partie du public occidental, Ryuichi Sakamoto, c’était avant tout son thème musical mémorable pour le film Furyo, sorti en 1983 et réalisé par Nagisa Oshima et dans lequel il jouait face à David Bowie. Au travers d’un triple programme très ambitieux, Potemkine fait fi des clichés qui entouraient le compositeur nippon et dresse le portrait d’un musicien dandy d’avant-garde. Au risque d’en rebuter plus d’un.
Produit par la chaîne de télévision FR3 et réalisé par Elizabeth Lennard, le documentaire Tokyo Melody contourne déjà la notion d’un portrait « classique » en expédiant le passé de Ryuchi Sakamoto en quelques sous-titres balancés à la va-vite. Son enfance, ses études à l’Université des beaux-arts et de musique de Tokyo, sa passion pour la musique électronique et les musiques du monde, son premier album solo en 1978 : davantage intéressée par le présent du musicien et ses réflexions, Lennard fait le choix périlleux de zapper des épisodes que d’autres jugeraient pourtant essentiels à la compréhension de l’œuvre de Sakamoto-San.
En l’état, Tokyo Melody capture le musicien, alors âgé de 32 ans, en plein enregistrement de son album « Ongaku Zukan » (alias « Illustrated musical encyclopedia »), actant la fin de l’aventure Yellow Magic Orchestra, le groupe qui lui avait permis d’accéder à la célébrité au Japon et à l’international, et le plein envol de sa carrière solo. Les sessions d’enregistrement et de mixage alternent avec des scènes de la vie quotidienne du Tokyo de 1984 (imitant avec plus ou moins de bonheur le Tokyo-Gâ de Wim Wenders) et des propos aussi brefs que des haïkus où Sakamoto analyse notre rapport à la musique, concluant à la prédominance des formes libres et à une non-linéarité, saluant à demi-mots l’apport décisif des nouvelles technologies informatiques. Malgré quelques beaux moments, dont un duo très complice au piano entre Sakamoto et sa compagne Akiko Yano, ces 60 minutes de reportage se vautrent tête la première dans un style poseur et assez ringard et qui ne rendent pas tout à fait justice à la popularité d’alors de Ryuichi Sakamoto. Il était le trait d’union magnifique entre l’étrangeté d’un David Bowie et l’inspiration d’un Peter Gabriel mais Elizabeth Lennard est le plus souvent à deux doigts d’en faire une caricature sortie d’un sketch des Inconnus. Oups !
Requiem
On retrouve l’interprète et compositeur 32 ans plus tard pour une captation intimiste, dans une salle du Park Avenue Armory, bâtisse historique de la ville de New York, où il interprète tout seul avec et une multitude d’instruments l’album expérimental Async. Hermétique au premier abord, l’expérience nécessite un calme et une attention de tous les instants tant Ryuichi Sakamoto déploie des trésors de nuances. Tout juste remis d’un premier cancer, l’artiste semble jouer sa vie dans une symphonie minimaliste et atmosphérique où des nappes sonores viennent nous balayer avec une douceur exquise, comme pour nous emmener aux portes de l’au-delà. Envoûtement ou refus, il faut choisir son camp dès les premières secondes mais le voyage en vaut la chandelle et invite à de multiples écoutes.
Enregistré quelques mois avant sa mort et par son propre fils, Opus n’est pas nécessairement plus accessible pour le profane malgré son caractère de « best-of » (les guillemets ne sont pas là par hasard). Les traits tirés par la douleur, seul face à son piano dans un studio d’enregistrement dépouillé et filmé en noir et blanc, Ryuichi Sakamoto livre un ultime baroud d’honneur, autant pour ses fans et sa famille que pour lui-même. Note après note, Sakamoto écrit son testament et met à nu les compositions qui lui sont les plus chères, comme s’il souhaitait en emporter l’essence avec lui dans la tombe. Comme pour Async, il faut s’abandonner au geste et se laisser porter sans résister. Et c’est ici l’émotion qui prend le dessus avec une petite larme à la clé.
Dommage, en fin de compte, que Potemkine ait fait le choix assez contestable de ne pas donner plus de clés au spectateur pour profiter pleinement de cet hommage sincère. Il est donc fortement recommandé de potasser votre petit « Ryuichi Sakamoto pour les nuls » avant de lancer ce programme passionnant mais aussi terriblement austère. La musique incroyable de ce poète ouvert sur le monde, et que l’on n’aura de cesse de pleurer, tisse heureusement un lien précieux et souvent inattendu. La preuve par trois qu’il ne suffit que de quelques notes façonnées et agencées avec un soin maniaque pour faire battre le cœur d’un profane, aussi dubitatif soit-il.
Image
Restauré à partir du négatif original en 16mm, le master de Tokyo Melody qui nous est ici proposé est d’une perfection indiscutable, avec des couleurs riches et vivantes et un grain mijoté aux petits oignons. Capté en numérique haute définition, Async est encore d’un tout autre niveau, lisse comme les fesses de bébé avec une pincée de talc. Et on touche encore un peu plus le nirvana avec Opus et son noir et blanc ciselé, aux noirs profonds et aux textures organiques d’un réalisme hypnotique. Arigato gozaimasu, Potemkine !
Son
Tout aussi nettoyé qu’il soit, le mixage stéréo du documentaire a ses limites et les plages musicales manquent de relief, de corps, en contradiction avec une dynamique qui ne demande qu’à brises ses chaînes. Async et Opus explose ces limites avec une acoustique profonde, ouverte, immersive. Les expériences sonores d’Async et le piano solo d’Opus proposent un véritable festin pour les mélomanes et les audiophiles. Migotona !!!
Interactivité
Avec un tel programme niché dans un digipack d’une élégance divine, il ne reste finalement que peu de places pour les suppléments. L’éditeur a cependant fait de son mieux avec un commentaire audio (un peu mou) d’Elizabeth Lennard sur son documentaire et qui éclaire sur l’expérience du tournage. On préférera nettement un long entretien datant de 2016 avec Ryuichi Sakamato, orienté sur ses travaux pour le cinéma. Tout sourire, l’artiste parle longuement et avec passion et humour de ses compositions et de sa relation avec le 7ème Art.
Liste des bonus
Commentaire audio de Elyzabeth Lennard sur « Tokyo Melody : un film sur Ryuichi Sakamoto », Entretien avec Ryuichi Sakamoto (24’).








