PRESENCE

Etats-Unis – 2024
Support : Bluray
Genre : Fantastique
Réalisateur : Steven Soderbergh
Acteurs : Lucy Liu, Chris Sullivan, Callina Liang, Julia Fox, West Mulholland, Lucas Papaelis…
Musique : Zack Ryan
Image : 1.78 16/9
Son : Anglais et Français DTS HD MAster Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 84 minutes
Editeur : Blaq Out
Date de sortie : 17 juin 2025
LE PITCH
Une famille emménage dans une nouvelle maison, où une mystérieuse présence hante les lieux.
House
Plutôt tourné ces dernières années vers les diffuseurs streaming, que ce soit pour de nouveaux longs métrages (Kimi, La Grande traversée, Magic Mike La Dernière danse…) ou la production de séries (Command Z, Full Circle…) Soderbergh s’en échappe un temps avec l’étonnant Presence. Un film de maison hanté au dispositif filmique des plus intriguants.
Le cinéaste ne s’était d’ailleurs jamais vraiment tourné vers ce type de récit fantastique, épouvante, horreur ou autre, et s’il le fait ici donc, c’est forcément avec la volonté d’y apporter sa propre personnalité, son approche conceptuelle particulière et assez originale. Celle d’une présence, comme indiquée dans le titre, absolument omniprésente tout du long, qui semble suivre les personnages, les accompagner dans leur quotidien et que certains peuvent percevoir ou ressentir. Une présence qui ne peut se matérialiser, devant se contenter, comme dans un Paranormal Activity, de jouer avec les portes et de faire bouger certains objets. Non pas pour effrayer ses victimes mais pour se signaler ou attirer l’attention sur un danger. Est-ce l’ancienne meilleure amie de Chloe, dont elle n’arrive pas à se remettre de la mort, ou un esprit qui était depuis longtemps présent dans les murs ? Même une medium à la Conjuring est de la partie pour tenter de soulever le mystère. On ne peut pas dire que le scénario signé par David Koepp (Hypnose, Mission : impossible, La Guerre des mondes) soit particulièrement passionnant ni bien surprenant.
Exorcisme des sentiments
Ce dernier joue la carte de la fausse piste terriblement prévisible (la véritable menace est bel et bien vivante et a été accueillie à bras ouvert) et surtout du drame familial où l’on assiste constamment à la distance qui s’est installé entre ce couple (Lucy Liu et Chris Sullivan) et leurs enfants (Callina Liang et Eddy Maday) et un dialogue qui a de plus en plus de mal à se faire. Chacun souffre de son coté, est happé par son travail ou ses expériences de jeunesse, rumine ses rancœurs et ses souffrances, mais ce huis-clos intimiste n’arrivera jamais à véritablement faire rejaillir une fragilité accrocheuse ou même une amorce d’évolution permettant la naissance du drame… Et l’épilogue, tristement cliché, n’arrange rien. Heureusement, Soderbergh, pourtant à l’origine du pitch, ne semble prendre tout cela que pour un canevas basique, sur lequel il peut plaquer sa dernière lubie de mise en scène : transformer la fameuse présence en narrateur du film. Un peu à la façon de A Ghost Story dans cette curieuse mélancolie et langueur qui imprègne les plans-séquences, mais avec cette fois une caméra qui en embrasse exclusivement le point de vue. Tout le film se joue donc en vue subjective, flottante, coulante, silencieuse et témoin indiscret, où justement ce regard non identifié se confond avec celui du spectateur… qui en deviendrait alors presque acteur de la fiction. Comme un concept de télé-réalité poussé à l’extrême, comme une réflexion plastique sur la notion de la camera invisible, confondant voyeurisme et mise en scène du réel dans une perspective assez fascinante il faut bien l’avouer.
Un exercice de style qui ne manque ni d’élégance ni de pertinence et aurait offert une voie effectivement inédite et excitante pour un film de genre si justement là partie « sensorielle » n’avait pas été oubliée en cours de route. Trop cérébral et certainement pas assez solidement troussé dans son écriture, Presence s’aborde plus avec un regard d’étudiant qu’un regard de spectateur.
Image
Capturé avec une caméra Sony a9 III en standard 4K, Presence respire le numérique à plein nez, affichant une image limpide, ultra fluide et terriblement propre. Tout est nickel, des détails du premier plan (visages, vêtements, décors…) jusqu’aux effets de profondeurs, volontairement déformés pour insister sur la vision subjective. Les couleurs sont le plus souvent assez discrètes, réaliste, avec tout de même quelques glissements vers le doré en fin de soirée et les noirs tout à fait profonds. On notera tout de même quelques petits effets de banding inhérents à la source.
Son
Là aussi tout semble assez sobre avec, par exemple une musique plutôt effacée et atmosphérique, mais la spatialisation est cependant extrêmement travaillée, donnant beaucoup de coffre et de crédibilité au relief de la mise en scène. Les dialogues résonnent et modifient leur dynamique au moindre déplacement des personnages, tandis que les échos et les bruitages qui habitent la demeure enveloppent constamment le spectateur.
Interactivité
Rien du tout sur l’édition américaine, Blaq Out a donc proposé aux journalistes Christophe Chabert et Frédéric Mercier de la revue Positif d’enregistrer une présentation inédite du film. Celle-ci prend la forme d’une discussion de passionnés et de connaisseurs du cinéma de Steven Soderbergh, rappelant la place dans le cinéma actuel du cinéaste (tourné vers les plateformes plus que vers les salles), son rapport au cinéma de genre en général et à l’épouvante en particulier et évoquant, entre autres, les échos avec certains éléments biographiques. Intéressant.
Liste des bonus
Entretien croisé avec Christophe Chabert et Frédéric Mercier (35’).





