LES FUYARDS DU ZAHRAIN

Escape from Zahrain – Etats-Unis – 1962
Support : Bluray & DVD
Genre : Aventure
Réalisateur : Ronald Neame
Acteurs : Yul Brynner, Sal Mineo, Jack Warden, Madlyn Rhue, Anthony Caruso, Leonard Strong, James Mason…
Musique : Lyn Murray
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 94 minutes
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 9 juillet 2025
LE PITCH
Au Moyen-Orient, un homme politique est délivré par un groupe de jeunes partisans lors d’un transfert de prison. Le groupe s’empare d’une ambulance et décide de traverser le désert pour rejoindre un pays voisin.
De l’autre côté du désert
Grande production Paramount mais à la destinée toute riquiqui, Les Fuyards du Zahrain n’a pas laissé une trace indélébile dans l’histoire du cinéma. Pourtant avec son casting solide et son rythme bien soutenu il s’avère un divertissement très honnête, à l’ancienne, mais déjà habité par une petite volonté d’écorcher un peu le vernis hollywoodien.
Adapté d’un roman signé Michael Barrett curieusement traduit chez nous pendant un temps dans la collection série noire, Les Fuyards du Zahrain aura connu quelques petits aléas dans les coulisses de sa gestation. Imaginé à la fin des années 50 comme un nouveau véhicule à la gloire de Clark Gable, dirigé par le solide Edward Dmytryk, le film dû stopper son élan au décès de la star en 1960. Pause forcée et remise à plat, le film de revient que deux ans plus tard avec un script revisité et un tout nouveau casting où Yul Brynner, tout juste célébré pour Les 7 Mercenaires fait office de tête d’affiche. Coiffé d’un turban et affublé d’un bouc autoritaire, il interprète Sharif, leader monolithique d’un mouvements politique indépendantiste se rebellant contre le dictateur qui dirige la nation imaginaire de Zahrain, avec l’accord bien entendu des forces occidentales. Son évasion n’est d’ailleurs qu’un piège pour donner une occasion à la police de l’éliminer définitivement, mais accompagné d’un jeune partisan (Sal Mineo, belle gueule de La Fureur de vivre), deux magouilleurs présents dans le fourgon (dont l’excellent Jack Warden), le conducteur de l’ambulance détournée et une jolie infirmière, il va s’efforcer de rejoindre la frontière afin de faire entendre sa parole.
Le salaire de la rébellion
Un sujet des plus intéressants, dans les échos et les réflexions ne seront jamais totalement aboutis, mais qui traite tout de même en filigrane ou plus clairement lors de quelques dialogues démonstratifs, de la question du regard et des pressions colonialistes, des préjugés des occidentaux envers le peuple arabe, du droit à l’auto-détermination et de la pertinence de la lutte armée. Une légère fibre politique qui permet d’ailleurs au film de rejoindre les poignées de productions purement hollywoodiennes qui justement offraient un autre regard sur le monde musulman, essayant d’éviter les clicher et de mettre en avant une certaine rigueur morale. Un soupçon de modernité dans une œuvre qui se veut tout de même essentiellement un spectacle grand public et divertissant. Construit comme un feuilleton télévisé avec sa construction en épisodes tendus (échapper aux véhicules armés, esquiver les bombardements, trouver de l’essence…) et sa succession inlassable de cliffhanger plutôt bien menés, Les Fuyards du Zahrain est un film d’aventure qui sait aller à l’essentiel, réduisant le plus souvent les dialogues au minimum syndical, disposant juste assez de psychologie chez les personnages pour créer les tensions attendues (conflit d’autorité, amorce de romance…), et célébrant des décors de désert et d’oasis aussi factices qu’évocateurs.
On reconnait dans l’efficacité appréciable de la narration et la solidité de la mise en scène, tout le savoir-faire de Ronald Neame, artisan britannique ayant fait ses premières armes dans les coulisses du muet anglais (il était d’ailleurs sur le plateau du fameux Chantage ! d’Hitchcock) et qui entamait là une fructueuse collaboration avec les grands studios hollywoodiens dont on se souviendra essentiellement de L’Aventure du Poséidon qui lancera à lui seul la grande mode des films catastrophe. Autre qualité à créditer à ce Les Fuyards du Zahrain : l’apparition non crédité mais assez mémorable du grand James Mason dans le rôle d’un technicien pétrolier alcoolique et blasé. Comme une cerise à l’eau de vie sur le gâteau.
Image
Déjà daté de plus de 10 ans (ce qui sur le marché vidéo peut être beaucoup), la copie HD des Fuyards du Zahrain s’avère finalement plutôt réussie et assez respectueuse du métrage. Peu de taches ou restes de griffures persistent pour des cadres plutôt solides et assez propres, et seuls finalement les plans à effets spéciaux (composites et peintures sur verre) se laissent aller à quelques effusions de grain et des effets de flous plus marqués. Dans l’ensemble les matières (grains et argentiques) sont bien présentes et le piqué souligne joliment les éléments de décors, de costumes ou les traits tirés des acteurs. On pourra avoir quelques réserves sur la colorimétrie, tirant un peu trop vers les teintes terreuses, mais rien qui ne viennent vraiment gêner la redécouverte.
Son
Les monos d’origine sont déposés avec beaucoup de soin en DTS HD Master Audio 2.0. Dans les deux cas le son est clair, ferme, avec quelques légères saturations dans les aigus, mais rien de bien gênant. Le doublage français d’époque est au passage plutôt solide dans son interprétation… C’était le bon temps comme dirait l’autre.
Interactivité
Rien à se mettre sous la dent aux USA ou ailleurs du coup Rimini Editions invite le coutumier Laurent Aknin à une petite présentation bien nécessaire. C’est qu’il n’existe effectivement que très peu d’informations autour de cette production, vite sortie, vite oubliée, alors que, comme le journaliste le souligne bien, son statut d’œuvre à cheval entre deux époques, l’ancien et le nouvel Hollywood, et la présence de Yul Bryner méritent au moins le coup d’œil.
Liste des bonus
Entretien avec Laurent Aknin, historien du cinéma (23’).







