LES COPAINS D’EDDIE COYLE

The Friends of Eddie Coyle – Etats-Unis – 1973
Support : Bluray & DVD
Genre : Policier
Réalisateur : Peter Yates
Acteurs : Robert Mitchum, Peter Boyle, Richard Jordan, Steven Keats, Alex Rocco, Joe Santos…
Musique : Dave Grusin
Durée : 102 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Français, Anglais DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Petit malfrat au bout du rouleau, Eddie Coyle vit de combines minables, de contrebande et de trafic d’armes. Sur le point d’être condamné, il est prêt à tout pour échapper à la prison, quitte à devenir indicateur pour l’inspecteur Foley.
Adieu l’ami
Nombre de metteurs en scène ont un âge d’or, une époque baignée par la créativité de leur indépendance. Une ère où le rouleau compresseur des studios n’a pas encore fait les ravages. Au moment des Copains d’Eddie Coyle, Peter Yates est encore dans cette bonne période.
Le réalisateur est un metteur en scène daté, mais dans le bon sens du terme. Ces films sont ancrés dans une époque dans laquelle il navigue avec aisance. Ses pieds sont solidement posés sur deux continents, deux pays. L’Angleterre de ses débuts et l’Amérique de sa notoriété. Deux points de vue pour une seule tête et un œil critique sur la société. Il fait partie de cette longue liste de britanniques exilés aux États-Unis dans les années soixante. Son style n’a rien perdu avec le voyage. Après son Trois milliards d’un coup, il est parti rejoindre Steve McQueen pour réaliser l’iconique Bullit. Les stars se succèdent sous sa direction. Dustin Hoffman, Robert Redford, Barbra Streisand, et au déclin de sa notoriété Robert Mitchum avec Les copains d’Eddie Coyle. Film de braquage mené par des gangsters limite prolétaires qui n’est pas sans rappeler son passeport pour l’Amérique Trois milliards d’un coup.
Entre deux mondes
Yates va s’accaparer le roman de George V. Higgins pour apposer son œil d’écossais sur l’histoire. Que ce soit à Boston ou à Londres, il aime prendre part aux agissements de ces malfrats sans envergure comme une microsociété autonome. Manipulations, faux témoignages, trahisons, le parallèle avec l’Amérique des années 70 est facile. Robert Mitchum y est un personnage naviguant entre deux milieux, contraint de collaborer pour éviter la taule. L’acteur en haut de l’affiche n’y est pourtant pas trop présent. Si les critiques s’enthousiasment pour son rôle (comme on le voit dans les bonus), on a le sentiment qu’il est en retrait et pas aussi investi qu’on nous le dit. Ainsi, l’impression d’avoir deux films, deux ambiances est omniprésent . Les séquences de bavardages avec la star manquent de punch et cassent le rythme du film ou plutôt contrastent avec celles des braqueurs. Boston est réputé pour ses cas de violences et de vols dirigés par la pègre locale. Ben Affleck originaire de la ville y plante ses caméras pour y filmer The Town et Martin Scorsese ses Infiltrés. Yates n’y fait pas de tourisme, il reste au cœur de l’action grâce à ses compositions de cadre en gardant un climat ciselé comme il l’a démontré dans ses films précédents. Il casse les codes du genre ; le braquage est clinique, la poursuite en voiture avortée et ajoute de surcroît une fin surprenante qui n’est pas sans rappeler le Police fédérale Los Angeles de William Friedkin. Même une séquence de match de hockey faussement anodine est filmée comme un braquage sous tension. Le spectateur n’est jamais sûr où il va. Il se laisse surprendre et manipuler par le travail étudié de la mise en scène de Peter Yates.
Film à deux vitesses, Eddie Coyle ne trouve pas forcément son intérêt là où on l’attend. Si Mitchum fait son Mitchum, Yates lui arrive à se renouveler dans un genre qu’il connaît pourtant bien après l’avoir exploré des deux côtés de l’Atlantique.
Image
Le travail de restauration est bel et bien présent. On sent l’attention donnée à la pellicule. Le côté caméra coup de poing garde son grain typique des années soixante-dix et n’en oublie pas une définition aux contrastes soignés.
Son
Le film est présenté en mono sur les deux pistes (française et anglaise). Le son offre néanmoins de bons effets de spatialisation. La musique comme la bande son, n’empiète pas l’un sur l’autre en gardant une belle homogénéité.
Interactivité
C’est un réel plaisir de retrouver à la barre Jean-Baptiste Thoret (qui avait sorti 3 milliards d’un coup dans sa collection Make my day) et Samuel Blumenfeld. Leur analyse du film se transforme vite en conversation entre deux passionnés de cinéma qui, outre l’éloge de cette période bénie de Yates mettent le film en parallèle avec la politique américaine. Un deuxième supplément reprend une longue interview de Peter Yates réalisée en 1996. Le réalisateur survole ici toute sa première partie de carrière jusqu’à ce Eddie Coyle.
Liste des bonus
« Eddie Coyle ou les prolétaires du crime » : Conversation entre Jean-Baptiste Thoret, réalisateur et historien du cinéma, et Samuel Blumenfeld, critique cinéma (49’), Interview de Peter Yates par Derek Malcolm, critique et historien du cinéma, enregistré au National Film Theatre (35’).






