LAKE MUNGO

Australie – 2008
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Joel Anderson
Acteurs : Rosie Traynor, David Pledger, Martin Sharpe, Talia Zucker, Tania Lentini, Cameron Strachan…
Musique : David Paterson
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 87 minutes
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 6 août 2025
LE PITCH
Endeuillée par la disparition de leur fille une famille se retrouve confrontée à d’étranges événements paranormaux.
La mort en biais
Curiosité australienne longtemps restée inédite en France mais profitant rapidement d’une réputation de faux documentaire assez dérangeant, Lake Mungo triture la réalité du reportage et l’image sous toutes ses formes pour donner corps à ses fantômes, et surtout à un deuil presque impossible.
Rapidement classé dans la case « found footage » largement à la mode au cours de ces années 2000 et rapproché d’un Paranormal Activity sorti l’année précédente, Lake Mungo se montre cependant beaucoup plus malin que cela. Aux portes qui s’ouvrent et de se ferment et aux jump scares basiques d’Oren Peli, le film australien répond par une quasi-absence d’effets chocs et surtout une volonté de véritablement s’approcher au plus près de ses sujets. En l’occurrence une famille, les Palmer (tiens…) marqués par la disparition d’Alice, retrouvée noyée après une après-midi piquenique au bord d’un lac. Un drame terrible, mais un simple fait divers, qui devient le sujet d’un documentaire car accompagné par la suite de différents phénomènes curieux : sur les photos et les films capturés dans les murs de la maison ou par quelques touristes autour des lieux de la disparition, une silhouette étrange ne cesse d’apparaitre. Est-ce vraiment Alice ? Est-elle vivante ou un esprit qui hante les lieux ? Ces images sont-elles véritables ou ont-elles été truquées ? Le film laisse constamment planer le doute et embrasse constamment sa forme de documenteur pour ajouter une épaisseur presque méta à cette quête effectivement troublante d’une véracité dans l’image. Les scènes d’interviews en qualité film bien léchée laissent place à des séquences vidéo soi-disant volées, à des extraits de journaux télévisés, à des Home Video pixélisés et même à une séquence centrale, et intensément flippantes, capturée sur un vieux téléphone Nokia.
La vérité en 30 images par secondes
La suspension de crédibilité est pertinemment remise en question, mais difficile pour le spectateur de ne pas se prendre au jeu, de ne pas se transformer lui-même en détective pictural scrutant les hors-cadres, les bords, les mouvements ou les formes dans les pixels cradingues en quête d’une présence ou d’un indice. Lake Mungo questionne notre rapport à l’image, en la croyance de la véracité de celle-ci, mais illustre aussi avec finesse le deuil de cette famille comme les autres, traumatisée par la perte de l’être cher. Trafiquant eux-mêmes certaines vidéos, faisant appel à un médium, imaginant percevoir la jeune fille dans leurs rêves ou dans leur quotidien, le film les montre surtout s’efforçant de retenir les souvenirs d’une fille ou d’une sœur qu’ils croyaient connaitre, mais dont on va peu à peu approcher certains secrets troublants. Un film à double lecture renouant très ouvertement avec la notion du drame cauchemardesque à la Twin Peaks, mais aussi avec un surnaturel mystique profondément australien (comment ne pas reconnaitre Picnic à Hanging Rock dans cette virée nocturne sur l’évocateur site du Lake Mungo ?) qui laisse constamment le spectateur dans une position assez inconfortable, incertaine. Rien ici n’est expliquée, rien n’est véritablement clair ou définitif, mais l’expérience est aussi troublante que passionnante jusque dans les quelques images du générique de fin qui s’amusent à remettre en question des images que l’on croyait déjà connaitre par cœur.
Même s’il faisait trainer quelques entretiens et essayait de noyer un peu le poisson dans des scènes anecdotes pas toujours utiles, le jeune réalisateur Joel Anderson maitrisait déjà son dispositif, distillant une atmosphère définitivement perturbante, plus que simplement effrayante, devançant la légitimité de tonnes de documentaires True Crime devenu depuis à la mode. Étonnant dès lors que ce dernier se soit montré si discret depuis, si ce n’est pour une participation à la production et comme simple script sur le documenteur bien plus récent : Late Night with the Devil.
Image
Jamais vraiment évident de transférer ce type de productions sur support HD, le mélange des sources, des supports et des esthétiques pouvant aboutir à un nivellement vers le bas des plus simples. Ce n’est clairement heureusement pas le cas ici. Le film a manifestement profité d’un sacré traitement de faveur et d’un retour à la source particulièrement visible sur toutes les interviews et images « documentaires » tournées dans un 35mm particulièrement fin, précis et élégant. Dans ces cas là l’image est superbe, creusée, et tranche d’autant plus avec les divers segments provenant de vidéos amateurs, de fausses images télévisées, de sources numériques balbutiantes. Forcément dans ces cas-là, la beauté n’est pas l’élément recherché mais leur restitution est tout à fait solide, respectueuse, n’ajoutant jamais de problème de compression ou de décrochage supplémentaires. Soigné.
Son
Inédit en français, Lake Mungo nous parvient avec une piste DTS HD Master Audio 5.1 étonnement très efficace. Étonnement parce que cette spatialisation vient tout de même impacter des scènes censées avoir été capturées par des caméra amateurs (entre autres). Et pourtant, bien amenée, la dynamique se révèle assez maline et surtout joue, comme le film, plus volontiers sur les ambiances que sur les gros effets. Les dialogues sont clairs et équilibrés et les effets sonores, parfois surnaturels, s’y intègrent efficacement.
Interactivité
Si on est loin du contenu de l’édition US de Second Sight, l’édition française en récupère tout de même l’un des commentaires audio (mais sans sous-titres malheureusement) et surtout les scènes coupées avec certes quelques moments peu pertinents mais aussi des images, bouts de dialogues et scènes écartées (invasion de rats, apparitions d’Alice…) qui insistaient beaucoup plus sur l’aspect horreur du film. On trouve ici aussi une présentation assez complète du film par le journaliste Antoine Desrues qui décrit la structure du film, ses outils et sa singularité au sein des « found footage » du début des années 2000. Il s’efforce surtout d’aller au-delà en proposant des pistes de réflexions et d’interprétation pas inintéressantes.
Liste des bonus
Commentaire audio du producteur et du directeur photo (vo), Entretien autour du film avec Antoine Desrues, journaliste à Ecran Large et SoFilm (30’), Scènes coupées (13’), Bande-annonce.







