LA STRADA

Italie – 1954
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Federico Fellini
Acteurs : Giulietta Masina, Anthony Quinn, Richard Basehart, Aldo Silvani, Marcella Rovena…
Musique : Nino Rota
Durée : 108 minutes
Image : 1.37 16/9
Son : Italien et Français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 6 mai 2025
LE PITCH
Gelsomina, une jeune femme naïve et généreuse, a été vendue par sa mère à Zampano, un être frustre et brutal, qui présente un numéro de briseur de chaînes sur les places publiques. Le duo sillonne les routes d’Italie, menant la rude vie des forains.
Vie et drames sous le chapiteau
Chef d’œuvre intemporel du cinéma italien et du Septième Art tout court (Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1957), La strada de Federico Fellini fait enfin son apparition en HD en France. Un film qui, 70 ans après sa sortie, demeure toujours aussi bouleversant et universel.
Lorsque Federico Fellini s’attelle à la réalisation de La strada, le Maestro ne compte alors que trois films à son actif (Les feux du Music-hall coréalisé avec Alberto Lattuada, Le cheik blanc et Les vitelloni) mais est déjà une référence comme l’atteste le Lion d’argent remporté à la Mostra de Venise avec Les vitelloni. A l’instar de ses précédents films, l’ancien scénariste de Roberto Rossellini signe ici une œuvre lorgnant à la fois vers le néoréalisme mais aussi et surtout vers une vision plus personnelle et singulière, qu’on pourrait presque qualifier ici de réalisme magique.
Avec La strada, Fellini nous emmène avec sa troupe de vagabonds magnifiques sur les routes d’une Italie sans âge, pauvre et rurale (le film fut notamment tourné dans la région montagneuse des Abruzzes) où religion et cirque semblent être les rares distractions possibles. En choisissant de suivre un duo d’«artistes» errant de place en place dans une misère crasse, où le coût d’une vie humaine dépasse à peine les 10 000 lires (la somme que donne Zampano à la mère de Gelsomina pour l’acheter), Fellini donne un caractère universel à son œuvre en faisant de ces marginaux exploités et sacrifiés ses héros. Comme le disait Giuletta Masina, quoi de plus universel que de se reconnaître dans la souffrance d’autrui… ce qui explique sans doute le succès mondial de ce road-movie désenchanté.
Il était une fois Gelsomina
L’autre raison de la réussite du film repose également sur les frêles épaules de Giuletta Masina, sorte de Charles Chaplin au féminin et d’ailleurs admirée par l’icône du cinéma muet. Femme à la ville de Federico Fellini, pendant 50 ans, elle a ici droit à son premier grand rôle dans le cinéma de son mari avant l’excellent Les nuits de Cabiria, puis Juliette des esprits et bien sûr Ginger et Fred où d’une certaine façon elle reprenait son rôle de saltimbanque 30 années après.
Son association tout en contrastes avec la « bête » Anthony Quinn demeure un grand moment de cinéma, un amour impossible, une incommunicabilité entre deux êtres trop différents qui nous donnera une fin d’une tristesse infinie lorsque Zampano se rendra compte du vide laissé par sa « femme à tout faire »… Les paysages lugubres (Fellini ne s’enfermait pas encore dans les studios) magnifiés par le travail d’Otello Martelli et Carlo Carlini, la musique divine de Nino Rota dont ce thème de trompette qui nous restera longtemps en tête nous plongeront à la fois dans la mélancolie et une folie douce. A l’instar de l’impeccable Richard Basehart (Il bidone) qui campe un funambule surnommé à juste titre « le fou » et qui semble comme un soleil transperçant un brouillard infini.
Pour toutes ces raisons, et des dizaines d’autres (!), La strada demeure un film somme, ni néoréaliste, ni comédie mais avant tout « fellinien ». Et c’est toujours le même bonheur de passer du rire aux larmes devant ce monument du cinéma !
Image
Il aura donc fallu attendre plus de vingt ans pour qu’une édition HD de ce chef d’œuvre arrive enfin en France et vienne remplacer au pied levé l’ancienne édition DVD sortie chez René Château… D’abord prévue en 4K-UHD (« arrêtée » par l’éditeur américain Criterion qui se réserve l’exclusivité), c’est un Master HD qui nous est présenté ici, restauré en 4K par L’immagine ritrovata à partir d’une copie 35mm. Le grain argentique est parfaitement restitué et reste naturel. Les contrastes s’avèrent très équilibrés et la définition est correcte malgré quelques plans instables.
Son
Les deux Master proposés sont particulièrement propres, malgré un léger souffle.
Interactivité
Présenté dans un beau digipack reprenant une affiche récente, l’édition de Rimini s’avère être tout simplement indispensable au vu du contenu présent. En effet, un deuxième Blu-Ray est inclus et propose le superbe documentaire de Damien Pettigrew, restauré en 2022 par le célèbre labo de Bologne. Alternant images d’archives et de films ainsi que des visions contemporaines de mêmes séquences, le documentaire donne avant tout la parole au Maestro Federico Fellini, ainsi qu’à ses acteurs (Benigni, Stamp, Sutherland…) et à ses collaborateurs comme le producteur Daniel Toscan du Plantier ou le scénariste Tulio Pinelli. Sur ce même Blu-Ray, on retrouve des modules issus des rushs du film de Pettigrew et ils sont également passionnants et riches en anecdotes.
Sur le disque du film, un très beau document d’archive est disponible avec une interview radio de la grande Giulietta Masina dans un français impeccable. Elle raconte la genèse du film, comment elle « trouva » Zampano et Le fou lors du tournage du film Femmes damnées…
Enfin, Marcos Uzal (rédacteur en chef des Cahiers du cinéma) et le critique Frédéric Mercier reviennent sur le contexte de la sortie du film, ses enjeux, et les réactions parfois mitigées dans l’Italie d’alors.
Liste des bonus
Entretien avec Frédéric Mercier, critique à Positif, et Marcos Uzal, rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma (39’) ; Interview radio de Giulietta Masina (Archive INA, 30’), Fellini, je suis un grand menteur (102’, VOST, 2002) ; Federico Fellini, séquence dessin et entretiens inédits (15’) ; « La casa pericolante : Sur les traces des lieux felliniens » (19’) ; « Huit entretiens et demi : dont Roland Topor, Moebius, Lo Duca, Toscan du Plantier » (45’).






