LA PEINE DU TALION

The Man from Colorado – Etats-Unis – 1948
Support : Bluray & DVD
Genre : Western
Réalisateur : Henry Levine
Acteurs : Glenn Ford, William Holden, Ellen Drew, Ray Collins, Edgar Buchanan…
Musique : George Duning
Durée : 100 minutes
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais et français DTS-HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Editeur : Sidonis Calysta
Date de sortie : 12 février 2021
LE PITCH
De retour à la vie civile, Owen Devereaux, colonel de l’armée nordiste devient juge. Particulièrement sévère, le magistrat se met à dos les administrés de la petite ville où il officie. Son ancien adjoint Del Stewart, devenu shérif, rejoint bientôt les contestataires. Sa propre femme le quitte pour Del. Ivre de fureur, il se lance à leur poursuite.
La plaine du talion
Film méconnu malgré son duo de têtes d’affiches composé de William Holden et Glenn Ford. La Peine du Talion (The Man From Colorado) ressort chez Sidonis Calysta et c’est une excellente occasion pour découvrir ce western aux thématiques surprenantes et assez avant-gardiste pour l’époque.
Dans sa présentation du film, dans les bonus, Bertrand Tavernier explique la réussite du long métrage non par la mise en scène d’Henry Levin mais principalement par le scénario de Ben Maddow, scénariste encore débutant à l’époque (c’est son quatrième film) mais qui porte déjà les germes de ses futurs travaux. Maddow obtiendra au fil des années une solide renommée en écrivant des classiques comme Johnny Guitare ou encore plusieurs collaborations avec John Huston avec Quand la ville dort et Le Vent de la plaine. Des scénarii souvent teintés de lutte de classe et d’antiracisme, des valeurs plutôt de gauche donc, ce qui lui valut d’être placé sur liste noire, lors des chasses anti-communistes de McCarty et de travailler sous pseudonymes sur plusieurs films. La Peine du Talion, où il retrouve Glenn Ford après Traqué (sortie l’année précédente), aborde les défaillances psychologiques que la guerre peut engendrer et les injustices que le capitalisme fait subir aux populations.
La brute est le truand
Le film s’ouvre sur une séquence très forte et assez surprenante compte tenu de l’année de sortie (trois ans après la fin de la Seconde Guerre Mondiale) où l’on assiste au massacre d’un groupe de soldats confédérés par des soldats nordistes. Un massacre perpétré par le colonel Devereaux (Glenn Ford) seul témoin du geste de reddition des soldats ennemies mais qui ordonne quand même à ses hommes d’attaquer. Un acte cruel contrebalancé ensuite par la confession, en voix off de Devereaux sur ce que cette guerre a fait de lui. Aucune glorification du conflit ou de ses vainqueurs, cette ouverture questionne frontalement la perte d’humanité qu’entraine la guerre, et c’est un questionnement encore plus fort lorsqu’il prend pour cadre une guerre primordiale dans l’identité des Etats-Unis.
La suite n’en est pas moins trouble puisqu’une fois la fin de la guerre arrivée, le colonel est remercié pour ses faits de guerre en étant ironiquement promu à un poste de juge. Loin de lui donner une seconde chance, cette position ne fera que renforcer sa démence notamment quand sa loyauté envers l’homme qui l’a nommé juge se confrontera à l’immoralité d’une loi qui dépossédera ses anciens hommes, de leurs terres.
Ces deux points de départ, posent donc de fortes bases pour une excellente histoire et un face à face entre deux compagnons d’armes que la guerre, même si elle est finie, finira par séparer. Si William Holden est impeccable en shérif, défenseur du peuple mais néanmoins soucieux de la transformation de son ami, c’est bien Glenn Ford qui manque les esprits dans le rôle du colonel, puis juge, Devereaux. Avec son regard bleu, perçant et froid mais laissant parfois paraitre des failles, le personnage est fascinant à suivre. Dans les regrets qu’il semble ressentir constamment en même temps que ses pulsions de violence et son renferment grandissant au fur et à mesure que son rang social grandit et où les faiblesses n’ont pas lieu d’être.
Le seul regret que l’on puisse avoir c’est finalement le manque d’une bonne réalisation pour mettre en scène ces failles, psychologiques et sociales. Celle d’Henry Levine, si elle n’est pas mauvaise, est principalement illustrative et n’ajoute aucune plus-value au récit, au contraire de Le Vent de la plaine, où le scénario humaniste et au message anti-raciste sera magnifiquement réalisé par John Huston.
Image
Encore du très bon travail de restauration, comme les autres titres de la collection Sidonis Calysta. Le Technicolor du film est superbement rendu, l’image à un beau piqué et aucune marque de griffures ou de brûlures à signaler.
Son
Les deux pistes audio VO et VF sont proposées en DTS-HD 2.0 et sont toutes les deux de très bonnes factures mais la version française a quand même moins bien vieilli. Les doublages sont plus compressés et les intonations d’époques marquent beaucoup l’âge du film que les voix naturelles de la VO.
Interactivité
En plus de la traditionnelle présentation de Patrick Brion, on retrouve celle de Bertrand Tavernier. Si le réalisateur ne mâche pas ses mots sur la réalisation de Henry Levine, qu’il trouve mollassonne et plate il loue au contraire la restauration de la copie bluray qui lui a fait redécouvrir les qualités techniques du film. Il dresse ensuite le portrait du scénariste du film Ben Maddow et de ceux de Ford et Holden en racontant de nombreuses anecdotes sur chacun d’eux.
Le gros morceau des bonus de ce bluray est le reportage William Holden, le Golden Boy, réalisé après la mort de l’acteur et qui retrace toute sa carrière. C’est un produit typique de la télé des années 80, très polissé mais quand même intéressant à voir pour les nombreux intervenants prestigieux qui sont interviewés.
Liste des bonus
Présentation de Bertrand Tavernier (30’), Présentation de Patrick Brion (10’), William Holden, le golden boy (59’).