LA FURIE DES VAMPIRES

La Noche de Walpurgis – Espagne, Allemagne de l’Ouest – 1971
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur, Epouvante
Réalisateur : León Klimovsky
Acteurs : Paul Naschy, Gaby Fuchs, Barbara Capell, Patty Shepard, Andrés Resino, Yelena Samarina…
Musique : Antón García Abril
Image : 1.85 16/9
Son : DTS-HD Master Audio mono 2.0 Espagnol et Français
Sous-titres : Français
Durée : 87 minutes
Éditeur : Rimini Editions
Date de sortie : 18 septembre 2025
LE PITCH
Deux étudiantes passionnées d’occultisme partent sur les traces de la comtesse Wandessa, une figure historique entourée de rumeurs de vampirisme. Perdues dans la campagne française, elles trouvent refuge dans le château reculé du comte Waldemar Daninsky, un homme marqué par une malédiction qui le condamne à devenir loup-garou.
Daninsky, l’homme (et la bête)
Quatrième apparition de Waldemar Daninsky, le loup-garou le plus célèbre du cinéma espagnol, La Furie des vampires reflète un attachement sincère au fantastique. Production hispano-germanique tournée à Madrid mais censée se dérouler en France, le film multiplie les références au gothique italien et aux classiques américains avec une générosité désarmante. Mais… il y a un loup !
C’est en 1968 que Waldemar Daninsky voit le jour dans Les Vampires du Docteur Dracula (La Marca del Hombre Lobo), écrit et interprété par Paul Naschy, alors jeune passionné de fantastique nourri aux monstres Universal et au loup-garou de Lon Chaney Jr. Ce personnage de noble maudit, partagé entre humanité et bestialité, devient rapidement une figure emblématique du cinéma de genre espagnol. Le succès international inattendu du film lance l’âge d’or du fantastique ibérique et encourage Naschy à poursuivre l’aventure. Deux suites suivent rapidement : Las Noches del Hombre Lobo (1968), aujourd’hui perdu, et Los Monstruos del terror (1970), où Waldemar croise Dracula et Frankenstein dans une réunion de monstres improbables. La Furie des vampires constitue ainsi sa quatrième apparition à l’écran, sur un total d’une bonne douzaine, et demeure probablement l’une des plus marquantes.
Et autant le dire tout de suite : le film repose presque entièrement sur les épaules de Paul Naschy, qui incarne Waldemar Daninsky avec une présence marquée et un certain aplomb. Torturé et mélancolique dans sa forme humaine, totalement désinhibé dès que la pleine lune apparaît, il donne corps et âme à ce personnage maudit, figure tragique errant entre passion et sauvagerie. Ses scènes de transformation et de rage animale constituent la véritable madeleine de Proust, autour desquels gravitent des personnages secondaires surtout fonctionnels. On peut affirmer que Naschy est le cœur battant – et hurlant – du film.
La nuit où le loup bava
Œuvre sous influence, La Furie des vampires l’est assurément. L’ombre du Loup-Garou (1941) avec Lon Chaney Jr. plane sur le film : le rôle de Waldemar Daninsky avait d’ailleurs été conçu à l’origine pour l’acteur américain, ce qui se traduit par une grande similitude dans leur représentation à l’écran. On relève également de nombreux clins d’œil au cinéma de Mario Bava, notamment à Le Masque du démon. La comtesse maudite Wandessa, interprétée par Patty Shepard — évoquant ostensiblement Barbara Steele — surgit au ralenti dans des séquences visuellement très inspirées. León Klimovsky multiplie les effets d’éclairage et tente quelques atmosphères vaguement gothiques avec un enthousiasme communicatif, parfois à la limite du pastiche, mais toujours sincère. Le résultat évoque un hommage de cinéphile plus qu’une simple imitation.
La Furie des vampires développe, souvent sans en avoir pleinement conscience, une opposition très marquée entre les forces en présence. Le vampirisme est ici présenté comme un vice essentiellement féminin, avec des élans sensuels discrets mais perceptibles, tandis que la lycanthropie prend des allures d’explosion virile (en même temps, avec tous ces poils…). Cette dichotomie confère au film un relief curieusement fascinant, typique d’une époque où érotisme et horreur cohabitaient joyeusement. L’ensemble baigne dans un esprit d’exploitation assumé, entre effets sanguinolents et nudité, pour séduire un public friand de sensations fortes. Les faiblesses sont pourtant visibles : logique scénaristique vacillante, effets spéciaux limités, naïvetés répétées (les étudiantes acceptant sans broncher d’être hébergées dans un château sans électricité ni eau ni téléphone…). Mais ces défauts font partie du charme d’un film tourné avec foi plutôt qu’avec moyens, où Klimovsky et Naschy insufflent une énergie palpable et un goût évident pour le fantastique classique.
En somme, La Furie des vampires est un film plein de bonnes intentions, parfois limité par son budget et son savoir-faire, mais porté par un véritable amour du genre. Malgré ses naïvetés et ses imperfections, il reste un hommage sincère au cinéma fantastique classique, généreux dans ses ambitions et attachant dans sa naïveté.
Image
Présenté en Blu-ray à partir d’un négatif 35 mm, La Furie des vampires bénéficie d’une remasterisation 4K soignée. Les couleurs sont éclatantes et bien équilibrées : costumes vifs, ambiances gothiques, bruns profonds, ciels bleus intenses et rouges sanguins ressortent avec précision. Les carnations demeurent naturelles. La définition est excellente, offrant des visages nets, une pilosité détaillée et des décors de château riches en textures. Les extérieurs gagnent en relief, les intérieurs restent lisibles et les lumières sont bien gérées. Le grain, fin et organique, respecte l’aspect pellicule. Quelques débris et légères sautes d’image rappellent agréablement le caractère série B de la production.
Son
La piste DTS-HD Master Audio mono 2.0 est proposée en espagnol et en français. Attention, le montage long ne dispose que de la VO espagnole. Dans les deux langues, la qualité sonore est globalement claire mais présente des défauts : des aigus un peu pincés, des bruitages artificiels, des dialogues qui semblent plaqués sur le mixage, et des variations de volume pour la musique. L’ensemble reste toutefois parfaitement intelligible.
Le montage court propose les deux langues qui, étonnamment, diffèrent en termes de contenu. Par exemple, dans une scène où Pierre, factotum de Daninsky, relate l’histoire du château et l’arrivée de Waldemar dans la région sur la piste espagnole, le doublage français préfère commenter la coupe de cheveux de l’héroïne, assortie de quelques remarques sexistes. Une différence révélatrice du ton volontiers décalé que peut prendre la VF, renforçant le plaisir Bis de l’expérience.
Interactivité
L’édition Rimini propose un module inédit et passionnant d’environ 35 minutes mêlant une interview de Laurent Aknin, historien du cinéma et grand spécialiste du cinéma d’exploitation, à des images d’un entretien avec Paul Naschy réalisé en 2003. L’intervention d’Aknin, filmée dans un décor baroque joliment éclairé, revient sur la naissance du fantastique et de l’épouvante en Espagne, avant de retracer le parcours de Naschy, la création de Waldemar Daninsky et les temps forts de la saga. De son côté, l’acteur livre son regard sur l’essor du cinéma d’exploitation sous Franco et sa propre carrière. Un bonus en or massif que l’on doit au réalisateur Alexandre Jousse. Bravo (et merci) à lui !
L’édition est également accompagnée d’un livret de 24 pages intitulé Paul Naschy, grandeur et misère d’un loup-garou, rédigé par Marc Toullec. Un texte synthétique qui revient sur l’homme et son double lycanthrope, et qui condense l’essentiel pour pouvoir briller en société à la moindre évocation de Waldemar Daninsky !
Liste des bonus
Version longue (94’30”, VOST), « El Hombre Lobo : Le cas Waldemar Daninsky » : Par Alexandre Jousse, avec interviews de Paul Naschy et Laurent Aknin, historien du cinéma (36’36”), le livret « Paul Naschy, grandeur et misère d’un loup-garou » écrit par Marc Toullec (24 pages).







