L’EMPIRE DU GREC

The Greek Tycoon – États-Unis – 1978
Support : Bluray & DVD
Genre : Drame
Réalisateur : Jack Lee Thompson
Acteurs : Anthony Quinn, Jacqueline Bisset, Raf Vallone, Edward Albert, James Franciscus, Charles Durning, Camilla Sparv, …
Musique : Stanley Myers
Durée : 103 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Editeur : Eléphant Films
Date de sortie : 30 mars 2021
LE PITCH
L’histoire d’amour tragique et passionnelle entre Théo Tomasis, magnat grec aux méthodes douteuses, et Liz Cassidy, veuve du président des États-Unis…
Les Feux de l’amour
Authentique mercenaire de la caméra, capable du meilleur comme du pire, Jack Lee Thompson s’attaque à la relation entre Jacqueline « Jackie Kennedy » Bouvier et le filou grec Aristote Onassis, sans pouvoir les citer, faute d’autorisation de la famille. En résulte un biopic officieux à peu près aussi passionnant qu’un édito de Gala et dont les rares attraits ne parviennent jamais à redresser la barre.
Né en 1906 à Karatas, près d’Izmir, sur le territoire de l’ancien empire Ottoman, Aristote Onassis fait fortune en tant qu’armateur, profitant autant de la chasse à la baleine que du transport du pétrole. Les bateaux qu’il achète et ceux qu’il fait construire lui offre très vite la puissance d’une flotte commerciale sans autre équivalent pour l’époque. Les millions coulent à flots et les questions se posent, nombreuses, sur les méthodes plus ou moins légales que le grec emploie pour négocier ses contrats. Parallèlement, Onassis mène une existence de flambeur et la jet-set du monde entier l’accueille à bras ouvert. Marié, il noue pourtant une liaison avec Maria Callas, la célèbre soprano. Plus important encore, il devient l’ami et le confident de Jackie Kennedy, plus jeune de 23 ans, et alors la femme de John Fitzgerald Kennedy, 35ème président des États-Unis. Quelques années après l’assassinat de ce dernier à Dallas, Jackie épouse Aristote en secondes noces. De quoi faire les choux gras de la presse people jusqu’à la mort d’Onassis en 1975. Voilà pour les faits.
Dans l’entourage direct d’Onassis, s’il en est un qui parvient à se faire discret, c’est le bien le réalisateur et scénariste grec Nico Mastorakis. Observant, écoutant et, parfois même, filmant, Mastorakis ne perd pas une miette de la romance entre le magnat et la veuve de JFK. Histoire de capitaliser sur la mort d’Onassis, Mastorakis se sert de toutes les informations qu’il a rassemblé pour écrire un scénario. Problème : ni la famille Bouvier (nom de jeune fille de Jackie), ni la famille Onassis n’acceptent d’être cités directement. Malin, Mastorakis se contente de changer les noms et quelques faits pour mettre sur le marché ce qu’il appelle (sans rire !) un « portrait de tous les hommes d’affaires grecs ». Onassis devient Tomasis, Kennedy devient Cassidy, la Callas devient l’actrice Sophia Matalas, le rival et beau-frère d’Onassis, Stavros Niarchos, devient son propre frère et les circonstances de l’assassinat de JFK sont changées, la visite présidentielle à Dallas devenant une simple ballade en amoureux sur une plage de la Côte Est. Scénariste des Rues de Chicago, Mort Fine est appelé en renfort pour donner un peu de cohérence dramatique à un script qui ressemble à un collage de coupures de presse trafiquées.
Salade grecque
Inutile de se raconter des histoires : même rafistolé par un as de la plume du calibre de Morton Fine, le scénario de L’Empire du Grec ne pète pas plus haut qu’un article de Paris Match ou un triple épisode des Feux de l’Amour. Les mésaventures financières du personnage principal n’existent que pour meubler une sous-intrigue et les confrontations sentimentales succèdent aux scènes de fiesta mondaine, elles-mêmes succédant à des tragédies familiales traitées avec un tel dédain qu’elles en finissent par être comiques, à l’image de la mort du « président » Cassidy interprété par un James Franciscus tout en mâchoire carrée et qui se prend une bastos dans le citron alors qu’il était en train de roucouler sur une plage avec une Jacqueline Bisset qui met quelques secondes avant de déclencher un jeu aussi hystérique que ridicule.
Derrière la caméra, l’anglais Jack Lee Thompson encaisse son chèque sans pour autant saloper le travail. Si le cinéaste a marqué les 60’s avec des œuvres du calibre des Nerfs à Vifs (l’original avec Mitchum et Peck), des Canons de Navarone et de L’or de McKenna, la décennie suivante l’a vu courir le cachet, parfois avec inspiration (La conquête de la planète des singes, St Ives), parfois moins (La bataille de la planète des singes, Le bison blanc). Avec l’aide de son directeur de la photographie Anthony Richmond, il multiplie les prises de vues aériennes en Scope et les couchers de soleil flamboyants, usant et abusant des magnifiques décors naturels de la Grèce, et noyant le tout sous le thème musical composé par Stanley Myers (lequel s’inspire – et pas qu’un peu – du Papillon de Jerry Goldsmith). On a donc le droit de trouver le temps sacrément long, même si le cabotinage savoureux d’Anthony Quinn (qui a confondu la Grèce avec la Sicile et qui semble répéter pour le rôle de mafieux neuneu que lui confiera quinze ans plus tard John McTiernan dans Last Action Hero) et une drôle de scène où notre pseudo Callas, que l’on croirait échapper d’une esquisse de nu d’un Frazetta, griffe les couilles de notre pseudo-Onassis (Quinn couine, donc) pour se venger d’une énième remarque sexiste, trompent un peu la monotonie ambiante. L’épilogue, aussi touchant qu’inattendu, semble quant à lui sortir d’un tout autre film. Se sentant condamné, Tomasis/Onassis, savoure un café dans un petit village de pêcheur, caresse tendrement son chien à qui il confie son vague à l’âme et entame quelques pas de danse face au soleil, défiant la mort. Merde, c’est ce film là que l’on avait envie de voir !
Image
Passé un générique d’ouverture (parent de plus en plus pauvre des rééditions sur galette bleue) un peu chiche en termes de définition et de contrastes, la copie exploitée est de toute beauté avec des noirs profonds, un grain très élégant, des couleurs au velouté parfois saisissant (la scène du mariage) et une profondeur de champ très acceptable.
Son
En dépit d’un doublage très réussi, la version française est d’une platitude lassante. On se tournera bien volontiers vers le mixage original qui, malgré un peu de souffle, est bien plus riche en ambiances et qui affiche une dynamique stéréo très convaincante.
Interactivité
Dans une présentation dont il a le secret, Jean-Pierre Dionnet tente de nous convaincre que L’Empire du Grec vaut mieux que sa réputation mais ses arguments tombent malheureusement à plat. Plus intéressante est la scène d’ouverture inédite et plutôt spectaculaire dans laquelle Joss Ackland (le grand méchant de L’Arme Fatale 2) campe un colonel des douanes maritimes norvégiennes qui se fait couillonner par Anthony Quinn et qui aurait mérité sa place dans le montage original. Le générique de fin alternatif troque un sombre fond noir contre des prises de vues aériennes des îles de Mykonos, des chutes de montage un peu redondantes si l’on prend en compte le nombre proprement effarant de ce type de plan que le film nous aurait imposé pendant plus d’1h40.
Liste des bonus
Le film par Jean-Pierre Dionnet, Ouverture alternative, Générique de fin alternatif, Bandes-annonces.