INCUBUS

Canada – 1981
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : John Hough
Acteurs : John Cassavetes, John Ireland, Kerrie Keane, Helen Hugues, Harvey Atkin…
Musique : Stanley Myers
Durée : 92 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 1.0
Sous-titres : Français
Editeur : Rimini Éditions
Date de sortie : 26 juin 2020
LE PITCH
Une petite ville américaine est le théâtre d’une série de meurtres et de viols d’une rare violence. Le violeur n’a jamais été identifié. La police commence à suspecter le jeune Tim Galen, un individu à la psychologie fragile dont les nuits sont hantées par des cauchemars…
Coitus Interruptus
A ne pas confondre avec l’étrange voyage en espéranto réalisé en 66 par Leslie Stevens, Incubus deuxième du nom est un film d’horreur entre slasher et délires démoniaques qui fit sensation pendant longtemps dans les vidéoclubs. Une curiosité parfois borderline portée par les solides épaules d’un John Cassavates en quête de fonds.
Un cinéaste qui, on le sait, payait justement son indépendance en jouant les acteurs dans des films de genre, dans le bis et même dans l’horreur. Des rencontres aussi marquantes que Rosemary’s Baby (Roman Polanski), Furie (Brian de Palma) et ce film d’exploitation canadien, Incubus presque entièrement monté sur des épaules. Une position qui lui a permis de s’emparer véritablement du projet, de prendre une distance considérable avec le premier jet, et y apporter, parfois à même le plateau, de nombreuses réécritures et un aiguillonnage moins classique. Car dans les grandes lignes, Incubus n’est qu’une énième histoire de possession, largement traversée de visions inquisitoires et de sorcellerie ancienne qui viendrait frapper les habitants d’une petite ville américaine tous les 30 ans. Du grand classique qui avec son démon violeur de jolies jeunes filles (tant qu’à faire) aurait pu rapidement tourner au divertissement vicelard, salace et de mauvais goût. Par le regard fiévreux, injecté de sang et terriblement trouble que porte le personnage de Cassavetes, un docteur décidément très au fait de la médecine légale, le propos semble constamment dévier du pauvre adolescent aux rêves morbide façon Amityville II, à l’évocation dérangeante de la relation entre un père et sa fille, qu’il observe d’ailleurs sortant de sa douche dès sa première scène.
Visites nocturnes
Obsédé par une journaliste qui ressemble trait pour trait à sa femme défunte, forçant constamment son autorité autour de lui tout en embrassant trop rapidement la théorie du surnaturel, il appuie fortement sur l’atmosphère lourde du récit, la terreur psychologique dont le final presque Lovecraftien (mais un peu foiré à cause d’un démon trop grand guignol) enfonce les sensations scabreuses suggérées tout du long. Réalisateur anglais qui a fait ses premières armes sur Chapeau melon et bottes de cuirs et qui a su se faire connaitre grâce à trois productions Disney de l’époque « dark » ( La montagne ensorcelée, sa suite Les visiteurs d’un autre monde et enfin Les yeux de la forêt), John Hough sait manier le fantastique et même l’horreur la plus crue avec une ferme élégance. Du sordide American Gothic au plus anciens, mais sublime, Les Sévices de Dracula pour la Hammer, le cinéaste ne s’est jamais engouffré dans le frontal, maniant par sa caméra et le montage un hors champs bien plus frappant. Dans Incubus, se savoir-faire est particulièrement notable lors des séquences d’agressions / viols qui malgré la bestialité décrite (nous parlons d’un démon qui déchire les entrailles des pauvres femmes) ne laisse filtrer à l’écran aucun glissement érotique mal placé, préférant le contrecarrer par des sur-ralentis malaisants, des plans séquences gialesques flippants et des bruitages lourds de sens.
Si dans l’ensemble le film se perd, sans doute aussi à cause de ses réécritures, dans des hésitations et des petites baisses de régimes, l’intensité de l’interprétation (il faut aussi noter la présence du vétéran John Ireland en sheriff fatigué) et la réalisation inventive de John Hough lui donne une stature vraiment à part.
Image
Mêlant un scan inédit du négatif 35mm avec quelques éléments hérités de sources positives un peu moins pimpantes pour combler les manques, le master HD d’Incubus reste étonnamment très homogène et qualitativement pimpant. Les couleurs n’ont jamais été aussi marquées, les contrastes dessinés et la définition réussie à s’imposer avec force tout du long. On notera bien quelques noirs qui se font plus neigeux, une rayure verte horizontale qui a tendance à s’attarder sur la dernière partie du film, mais les cadres restent très propres, limpides, tout en maitrisant un grain de pellicule marqué mais organique.
Son
Très sobre mais franche et directe, la piste mono originale a elle aussi été restaurée pour l’occasion. Pas de grands effets mais une restitution plutôt équilibrée… En tout cas plus convaincante que le doublage français, honnête mais un poil plat.
Interactivité
En plus de son digipack très graphique et son petit livret informatif rédigé par le journaliste Marc Toullec, Rimini reprend ici les suppléments concoctés par Vinegar Syndrome aux USA. Soit trois interviews récentes qui permettent à l’actrice Kerrie Keane de se rappeler ses débuts en grande pompe et son plaisir à jouer avec des pointures comme John Cassavetes, John Ireland et au directeur photo Albert J. Dunk d’évoquer son film en général. Le plus attendu reste bien entendu la rencontre avec le réalisateur John Hough qui se montre extrêmement modeste sur son implication dans l’écriture du film, minimisant constamment son impact au profit de John Cassavetes dont il loue les approches et l’intensité dramatique.
Liste des bonus
Livret 20 pages signé Marc Toullec, Interview de la comédienne Kerrie Keane (21’), Interview du réalisateur John Hough (27’), Interview du directeur de la photographie Albert J. Dunk (27’), Bandes-annonces.






