GRAVE ENCOUNTERS 1&2

Canada – 2011 / 2012
Support : Bluray
Genre : Horreur
Réalisateur : Colin Minihan, Stuart Ortiz, John Poliquin
Acteurs : Benjamin Wilkinson, Sean Rogerson, Ashleigh Gryzko, Richard Harmon, Shaw C. Phillips, Jennica Fulton…
Musique : Quynne Alana Paxa
Image : 1.78 16/9
Son : Anglais DTS Master Audio 5.1, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 92 et 98 minutes
Editeur : ESC Films
Date de sortie : 20 août 2025
LE PITCH
Grave Encounters : Lance Preston et l’équipe de l’émission Grave Encounters, une télé-réalité autour de la chasse aux fantômes, tournent un épisode dans l’hôpital psychiatrique abandonné de Collingwood où, chaque année, surviennent des événements inexpliqués.
Grave Encounters 2 : Un étudiant en cinéma qui est obsédé par le film « Grave Encounters » décide, avec ses amis, de se rendre dans l’hôpital représenté dans le long métrage.
Traitements de choc
Quelques semaines après son édition Bluray de l’australien et très atypique Lake Mungo, ESC Films dégaine un autre petit classique du found footage avec Grave Encounters. Un cadre plus attendu mais un humour noir et quelques bons moments de flippe, proposé en double programme avec sa suite directe, moins réussie mais pas inintéressante non plus.
Sous-genre horrifique qui aura en bonne partie dominée les années 2000 et la moitié des années 2010, réinstauré par The Blair Witch Project et définitivement popularisé par la déflagration (aujourd’hui difficilement compréhensible) de Paranormal Activity, le found footage s’est très vite mis à tourner en boucle sur les mêmes mécanismes et effets à grands renforts de meubles qui bougent tous seuls et d’apparitions pixélisées plus ou moins fugaces. Mais malgré une large concurrence, comme le slasher en son temps, son économie limitée et sa quasi-assurance de rentrer dans ses frais a forcément fait de l’œil à de nombreux réalisateurs en herbes. Ce fut le cas des The Vicious Brothers, soit Colin Minihan et Stuart Ortiz qui, après de multiples tentatives pour monter des projets plus ambitieux et couteux, finirent par se tourner vers ce cinéma d’exploitation nécessitant seulement quelques caméras numériques et un peu d’éclairage… et encore.
Premier séjour
Mais le duo se montre plus soigneux que la moyenne et s’il va piocher naturellement quelques effets du côté des classiques, quelques parts entre la malédiction géographie de Blair Witch et l’ambiance glauque et cauchemardesques de Silent Hill, Grave Encounters ne se contente certainement pas de filmer quelques portes qui tremblotent comme Oren Peli, mais s’ouvre par une parodie extrêmement bien fichue des nombreuses émissions d’investigation du surnaturel de l’époque. Une mode aux USA reposant justement en bonne part sur les astuces du found footage, et que les Vicious Brothers s’amusent à singer dans leur présentation premier degré, leur esthétique vidéo et tape-à-l’œil, leurs effets de montages, mais aussi leur cynisme et opportunisme. Des mécréants pris à leur propre jeu dans un asile abandonné et hanté, ancien théâtre de multiples mauvais traitements, qui va se révéler être encore et toujours habité par une terrible malédiction. Le film commence doucement, laisse tranquillement l’atmosphère s’installer, ne faisant que graduellement monter la violence des bruits et apparitions, avant de véritablement passer à l’attaque. Si quelques effets numériques semblent un peu malheureux aujourd’hui, l’ambiance poisseuse et l’utilisation de la shaky cam et d’astuces à l’ancienne se montrent assez efficace, en particulier lorsque le lieu lui-même se transforme en un labyrinthe inextricable, déstabilisant les perceptions des personnages et des spectateurs. Rien de nouveau sur le moniteur DV, mais de l’épouvante bien tendue et bien dosée avec juste le soupçon de distance et d’inspiration qu’il faut.
Second séjour
Tournée dès l’année suivante Grave Encounters 2 écrit et produit par les deux même gus, prolonge de manière plutôt maline le dispositif méta du premier film en imaginant le tournage d’un documentaire sur les mêmes lieux, motivé par un jeune étudiant en cinéma obsédé par le phénomène Grave Encounters. Jouant plus que jamais sur l’apparente véracité des évènements du premier opus, le second se plie plus volontiers encore au petit jeu des références (le faux slasher renvoyant aux Vendredi 13 mais aussi à The Blob) et à la mise en perspective de la jeune génération avec les images vidéo, ici colportées par internet. Le métrage se construit alors presque dans un premier temps comme un documentaire / chronique autour de l’enquête d’Alex et de ses camarades sur les traces des évènements connus et des survivants potentiels, puis se transporte tout logiquement dans le fameux hôpital psychiatrique pour naturellement nous rejouer une partition presque identique dans un petit jeu des différences plutôt amusant. Ici un géant à la gueule pendante et une petite fille bien crispante remplacent sadiquement les esprits plutôt anonymes du premier, mais Grave Encounters 2 va perdre de son attrait lorsqu’il va dans un second temps se consacrer à développer la « mythologie » du diptyque. Le retour non nécessaire d’un ancien personnage, le développement un peu laborieux des passions mystiques du vilain psychiatre, des caméras qui se mettent à voler et des portes qui jouent au rubik’s cube effacent totalement la sensation de doute nécessaire à ce genre d’exercice, se vautrant même dans un final branquignole heureusement sauvé par un petit épilogue plus vachard.
Inégaux mais finalement tout deux dotés d’une identité propre, les Grave Encounters promettent quelques frayeurs et shoots de jump scare assez généreux aux amoureux de sensations fortes en basse définition. Ils réussissent surtout à dépasser légèrement les limites du genre en questionnant, sans trop de prétentions, leur dispositif et leur grammaire très codifiée… et c’est toujours largement mieux que n’importe-quel Paranormal Activity.
Image
Comme bien souvent avec les found footage, il ne faut pas s’attendre à des démonstrations de force techniques, les transferts devant composer avec des sources volontairement disparates, une image souvent abimée, ici à la nature numérique atrès visibles voir exagérée, et aux bidouilles (drops, sautes, effets escaliers…) appuyés. Les deux copies présentées ici accompagnent donc du mieux possible les dispositifs des films, s’efforçant d’appuyer au mieux la définition, de souligner les variations de teintes et de ne pas trop boucher les noirs. Les sources DV et vidéos retravaillées en HD passent assez bien le cap du bluray et si bien entendu les plus pointus trouveront de nombreuses zones d’amélioration l’ensemble est tout à fait convaincant.
Son
Pour plus de crédibilité, il est conseillé de visionner ce type de productions avec la version originale, accompagnant bien mieux l’aspect documenteur du film. Ça tombe bien, ce sont ces dernières qui sont proposées dans des DTS HD Master Audio 5.1 bien dynamiques, capables de rebondir autant sur les sursauts attendus que sur les ambiances sonores glauques et étouffantes qui s’installent progressivement. Efficace.
Interactivité
Difficilement trouvable en DVD pour le premier, totalement inédit pour le second, les Grave Encounters s’offrent désormais un double programme en digipack avec fourreau chez ESC Films. Un objet sobre mais sympa avec pour chacun des épisodes les suppléments proposés à l’origine sur les DVDs américains. Dans les deux cas donc on découvre des petits making of plutôt bien brossés qui reviennent sur les motivations et l’identité de chaque film, les difficultés principales rencontrées et le tournage des scènes à effets. A chaque fois les Vicious Brothers sont de la partie. Ces segments sont accompagnés de montages d’images des coulisses au format plus brut ainsi que pour Grave Encounters 2 d’une interview supplémentaire, mais pas indispensable, de l’acteur Richard Hammon. Plus intéressant, la fin alternative, plus longue et explicative de Grave Encounters joue à fond la carte du documentaire à postériori mais atténue effectivement l’efficacité de la dernière scène préservée dans le montage original.
Liste des bonus
Grave Encounters : Making of (10’), Fin alternative (7’), Coulisses (6’), Bande-Annonce.
Grave Encounters 2 : Making of (10’), Entretien avec Richard Hammon (6’), Coulisses (20’), Bande-annonce.







