… ET MAINTENANT ON L’APPELLE EL MAGNIFICO

E poi chiamarono il magnifico – Italie, France, Yougoslavie – 1972
Support : Bluray & DVD
Genre : Western, Comédie
Réalisateur : Enzo Barboni
Acteurs : Terence Hill, Gregory Walcott, Harry Carey Jr, Dominic Barto, Yanti Somer, Riccardo Pizzuti…
Musique : Guido et Maurizio De Angelis
Durée : 125 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français et Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : français
Editeur : Bubbel Pop’ Edition
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Sir Thomas More, un pied tendre est envoyé dans l’Ouest dans l’espoir de devenir un homme, mais il préfère la poésie aux coups de feu et la bicyclette aux chevaux. Jusqu’à ce qu’il doive se frotter au gunman Morton qui convoite sa petite amie…
You Don’t Know His Name
L’éditeur Bubbel Pop’ nous propose avec Et Maintenant on l’appelle El Magnifico ! un westen spaghetti comique et culte pour beaucoup. L’un des fleurons de la fin de la grande époque des cowboy italiens, jamais bien sérieux, aux lisières de la parodie, et dont effectivement l’un des totems reste l’inénarrable Terence Hill.
Boosté par les deux succès consécutifs des deux Trinita, dont le second volet cassera carrément la baraque, Enzo Barboni décide de rester dans l’ouest américain où les gags et l’humour ont remplacé la violence et le sang. Ici, les somptueux et bucoliques paysages de l’ex-Yougoslavie ont remplacé la poussière et le soleil de plomb d’Almeria, quant au protagoniste principal, il n’est pas du genre à coller des bourre-pif et à dégainer plus vite que son ombre. Non, bien que très doué, rusé et présentant quelques aptitudes, il est civilisé, il n’aime pas les armes à feu, il est du style à privilégier le dialogue et la diplomatie, il a beaucoup d’instruction, il a fait de prestigieuses études… Un vrai lord so british. Et c’est ce qui fait toute la réussite du film.
Un nouveau à l’ouest
Pour sa première incartade en solo, Terence Hill, alors au zénith de sa carrière, nous offre une prestation mémorable, un jeune vicomte anglais élégant et pétri de bonnes manières, ça donne un western comique à l’humour décapant et assez fin, basé sur les dialogues, les décalages (la bicyclette, la boxe anglaise, les manières de ce jeune anglais dans l’ouest…) ainsi que les fameux gags à répétition avec ici deux pauvres chasseurs de prime… On rit mais on a mal pour eux. Bien sûr, à l’instar de ces deux-là, tout de noir vêtu, on retrouve quelques éléments issus de Trinita et chers à Enzo Barboni comme la très homérique bagarre de saloon où notre pauvre Thomas, même s’il connaît les rudiments de la boxe anglaise, ne sait pas anticiper les coups, et forcément il va très vite se retrouver sur le carreau. Si Terence Hill y est à mourir de rire, Gregory Walcott (Joe Kid, Sugarland Express, Le Canardeur…) possède une imposante carrure pour pouvoir prétendre remplacer Bud Spencer sans trop de problème. On retrouve également Harry Carey Jr. (Le Fils du désert, La Charge héroïque, Cherry 2000…) en révérend pour le moins un chouïa douteux, et enfin, Dominic Barto (Un Flic hors-la-loi, la série Lucky Luke) dans le rôle de Macaque, pour ce trio qui sera chargé de faire de Thomas Moore un véritable homme de l’ouest. Et si ce dernier a bien hérité quelque chose de son père, c’est dans son entêtement puisque lui, compte ramener nos trois hors-la-loi vers le droit chemin.
Au beau milieu de tout ça, une romance va très vite s’immiscer, quand notre jeune british va tomber amoureux de Candida, qui, elle aussi, va succomber face à tant de tact et de délicatesse… Mais le bémol, c’est que le père de Candida voit ça d’un très mauvais œil, il préfère qu’elle épouse un vrai cowboy, un vrai mâle, un dur à cuire, une brute… Et ce fameux cowboy, au crachat noir pétrole, s’appelle Morton, une vraie brute crapuleuse incarnée par un Ricardo Pizzutti (cascadeur à la base et surtout souffre-douleur dans de nombreux films avec Bud et Terence) qui trouve ici son rôle le plus abouti, et qui prend un malin plaisir à foutre des torgnoles, notamment à Thomas Moore dans le but de lui faire prendre la diligence.
Un divertissement al dente
Le film dure un peu plus de deux heures, et pourtant c’est très bien rythmé, dynamique, réalisé avec beaucoup de soin, Barboni teinte même son film d’un soupçon de poésie mélancolique. Thomas Moore incarne le progrès, alors que les trois compères chargés d’en faire un vrai cowboy, incarnent, au même titre que Morton, le passé, une époque révolue, où le chemin de fer et les barbelés ne cessent de gagner du terrain. Et puis, comment ne pas évoquer la superbe musique composée par les frères De Angelis, ainsi que la superbe chanson « Don’t lose control » ? Une pépite qui se savoure comme on savoure une bédé, un album de Lucky Luke, Le Pied-tendre notamment, dont le film s’inspire fortement à la différence que notre tireur le plus rapide de l’ouest est remplacé par trois irrésistibles loustics hors-la-loi.
Et maintenant on l’appelle El Magnifico est un western comique d’une grande réussite, où Terence Hill nous gratifie d’une interprétation aux antipodes d’un Trinita, incarnant un personnage plus subtil, et qui se révèle toujours aussi irrésistible aux côtés d’une galerie de personnages truculents.
Image
S’il subsiste quelques petits défauts, des petits points blancs, le film trouve ici une nouvelle jeunesse. La luminosité est très bien équilibrée, les contrastes affichent une très belle subtilité, les couleurs sont flamboyantes, et enfin, le grain bien typique du cinéma 70’s est magnifiquement préservé.
Son
Si on peut regretter l’absence de la piste italienne, ce n’est pas bien grave, car si la piste anglaise est parfaite, les nostalgiques se rueront surtout sur l’excellente VF qui est vraiment anthologique pour de nombreuses spectateurs.
Interactivité
L’un des grands atouts de cette édition réside dans ses suppléments généreux et intelligemment conçus. Jean-François Rauger nous livre une analyse fine du film et du contexte dans lequel il a vu le jour. Il y évoque la transition du western spaghetti vers une veine plus humoristique, marquée par l’empreinte unique d’Enzo Barboni. Philippe Lombard on explore surtout la carrière de Terrence Hill. L’intervenant met en lumière son style singulier, oscillant entre élégance et burlesque. Le tout est ponctué d’anecdotes savoureuses et d’un regard documenté sur l’âge d’or du western européen.
Pour conclure, Le livret de 32 pages Des yeux couleurs d’enfant de Christophe Chavdia vient compléter l’ensemble. Richement illustré, il plonge le lecteur dans la genèse du film et dans la personnalité attachante de Terence Hill, évoquant à la fois son héritage et sa popularité intemporelle.
Concernant l’édition collector limitée à 500ex, l’éditeur a mis les petits plats dans les grands en nous offrant, dans un somptueux coffret, un bandana à l’effigie du film, un poster de l’affiche du film, un jeu de photos du film et enfin, un livret de douze pages reproduisant le dossier presse de l’époque.
Liste des bonus
5 cartes postales, 1 affiche du film, le dossier de presse d’époque (12 pages), 1 bandana, Le livret « Des yeux couleur d’enfant » par Christophe Chavdia (28 pages), « On l’appelle El Magnifico » par Jean-François Rauger (29’), « Entre western et comédie, la signature terence Hill » par Philippe Lombard (30’).






