DR. RICTUS

Dr. Giggles – Etats-Unis – 1992
Support : Bluray & DVD
Genre : Horreur
Réalisateur : Manny Coto
Acteurs : Larry Drake, Holly Marie Combs, Cliff De Young, Glenn Quinn, Keith Diamond, Richard Bradford…
Musique : Brian May
Durée : 95 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Éditeur : ESC Films
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Fils d’un médecin ayant été lynché par les habitants d’une petite ville pour ses crimes atroces, Evan Rendell Junior a passé le plus clair de sa vie d’adulte interné dans un asile psychiatrique. Il parvient toutefois à s’échapper, semant la mort dans son sillage, et retourne dans sa ville natale pour enfiler la blouse blanche et venger son père…
Meurtres sans ordonnance
Prix spécial du jury au festival international du film fantastique d’Avoriaz en 1993 et joli succès de vidéoclub en son temps, le Dr Rictus de Manny Coto rejoint donc la toute nouvelle collection « Slash Edition » chapeautée par ESC. Soit la promesse d’un traitement grand luxe pour un slasher 90’s grand guignolesque mais qui ne vieillit sans doute pas aussi bien que prévu, en dépit de quelques belles idées et du cabotinage enthousiaste de Larry Drake dans la peau d’un croque-mitaine en blouse blanche et nœud papillon.
Dr Rictus (en VO, Dr Giggles) est le fruit d’un partenariat entre Universal, Largo Entertainment, JVC et la branche cinéma de l’éditeur de comics Dark Horse, ce même deal qui donnera naissance en 1994 au Timecop de Jean-Claude Van Damme et Peter Hyams. Parallèlement au long-métrage, Dark Horse publie ainsi une mini-série écrite par Steven Grant et illustrée par Kent Burles, mais sans rencontrer un succès significatif. Le point de départ de cette histoire de médecin psychopathe est en fait à chercher du côté d’un scénario de Graeme Whifler (Sonny Boy) nommé Mr. Giggles, et au ton nettement plus sérieux. Whifler l’affirme encore aujourd’hui, il ne reste en fin de compte presque plus rien de son manuscrit dans le produit final, réécrit de A à Z par le réalisateur Manny Coto.
Avec à son seul crédit un petit film d’horreur écrit par Jackie Earle Haley (oui, le Rorschach du Watchmen de Zack Snyder!) et l’actionner lambda Envoyé Spécial (!) avec Dolph Lundgren, Manny Coto est toutefois parvenu à convaincre les pontes de Largo et Dark Horse, noyant le Mr. Giggles de ce pauvre Graeme Whifler sous un second degré digne d’un (mauvais) épisode des Contes de la Crypte. Le mélange d’humour noir et d’effets gores outranciers sont en effet la seule raison d’être d’un slasher qui, sur le papier, ne pète pas plus haut que les dernières aventures ricanantes de Freddy Krueger ou de la poupée Chucky … l’efficacité en moins.
Détournant avec un sadisme affiché la figure normalement respectable et rassurante du médecin de famille, Dr Rictus partait pourtant sur des bases solides, jouant des mêmes mécanismes satiriques que Douce Nuit, Sanglante Nuit de Charles E. Sellers ou le Maniac Cop de William Lustig. Trop occupé à exploiter jusqu’à la lie la moindre punchline médicale, Manny Coto en oublie néanmoins de raconter une histoire qui tienne un tant soit peu debout.
Tirez la langue et faîtes aaaargh !!!
Catastrophique dans sa gestion du passé de son boogeyman, raconté au détour de flash-backs insérés au chausse-pied aux quatre coins de l’intrigue, le scénario de Dr. Rictus ressemble à une créature de Frankenstein assemblée un peu n’importe comment. Présenté comme supérieurement intelligent, notre meurtrier en titre s’avère cependant incapable de la moindre discrétion et hésite sans cesse entre la vengeance aveugle et des obsessions freudiennes dignes d’un savant fou de film Z. Difficile, dans ces conditions, de cerner la logique du monstre, voire de s’en soucier. Et ce n’est guère plus brillant du côté des autres personnages, tous plus superficiels, idiots et mal écrits les uns que les autres, la palme revenant aux forces de l’ordre les plus incompétentes de toute l’histoire du slasher (un exploit en soi).
Moins manchot avec une caméra qu’avec un stylo, Manny Coto emballe heureusement sa série B avec une élégance louable. Dans un cinémascope éclairé et cadré avec goût, s’en allant braconner du côté de Brian de Palma et de Dario Argento (toutes proportions gardées), Dr. Rictus enchaîne les scènes de meurtre avec une gourmandise visiblement un peu freinée par la censure mais avec tout de même de beaux restes. La scène d’ouverture, une poursuite fatale dans le palais des glaces d’une fête foraine ou encore ce flash-back profondément malsain où un enfant de 8 ans s’échappe en ricanant du cadavre dénudé de sa mère méritent le détour pour tout amateur de film d’horreur qui se respecte. Faisant du mieux qu’il peut avec un matériau pas franchement foufou, Larry Drake apporte son physique de grand dadais et son regard inquiétant à notre bon vieux Dr. Rictus, enchaînant les bons mots et les grimaces avec entrain, quelque part entre Peter Lorre et Boris Karloff. Pas mal, même si on lui préférera nettement ses rôles de salopards dans le premier Darkman ou dans une paire d’épisodes mémorables des Contes de la Crypte, lesquels lui ont d’ailleurs valu d’être débauché par un Manny Coto admiratif.
On l’aura compris, malgré une écriture et une narration clairement à la ramasse, Dr. Rictus répond cahin-caha à sa promesse de carnage remboursé par la sécurité sociale. Quant aux spectateurs les plus exigeants et en quête de véritables frissons, ils pourront toujours se tourner vers les deux Dentiste de Brian Yuzna … ou tenter d’assister à un discours de RFK Jr, l’actuel ministre de la santé de Donald Trump. Brrr.
Image
Derrière des couleurs boostées méthodiquement et un grain lissé se cache un master propre et honorable mais qui a du mal à cacher son âge. En témoignent les points noirs et les accrocs qui fourmillent parfois en basse lumière, ainsi qu’une définition à la peine. À défaut d’une vraie restauration, ce n’est quand même pas si mal et assez fidèle aux souvenirs de vidéo-club. Nostalgie quand tu nous tiens.
Son
Un demi-ton en dessous du mixage original, la version française se défend plutôt bien avec une dynamique solide. La VO fait mieux, surtout dans la restitution de la bande originale de Brian May et des effets sonores les plus dégoûtants.
Interactivité
Afin d’exciter les collectionneurs, ESC propose deux éditions du film. La première, forcément limité, se présente sous la forme (ô surprise!) d’un boîtier VHS avec une poignée de goodies en sus, dont l’affiche du film. Moins coûteuse, la seconde édition, la plus répandue, nous arrive dans un digipack classique avec un livret de Marc Toullec (What else?) et une galette DVD. Sur le front des suppléments, ESC mélange les saveurs. Côté cour, l’éditeur français a confié à la spécialiste du cinéma de genre Mylène Da Silva la réalisation de deux segments passionnants sur le fond mais problématiques sur la forme. Entre une présentation courte mais exhaustive du film ou un sujet très consistant sur les slashers produits dans le creux de la vague, entre le milieu des années 80 et le début des années 90, la jeune femme est un authentique puits de science et de cinéphilie. Dommage qu’un montage trop rapide et heurté réduise l’exercice à un name dropping un peu agaçant sur la durée. Prenez le temps, nom d’un scalpel tâché de sang non coagulé ! Côté jardin, l’essentiel des bonus de l’édition américaine de Shout Factory a fait le voyage. On retrouve un documentaire rétrospectif humble et bien foutu sur le film, animé par des interventions passionnées de Manny Cotto et une interview d’archive de Larry Drake, ainsi qu’un portrait complet du compositeur australien Brian May par l’historien de la musique de film Randall B. Larson. Un « making-of » d’époque en définition vintage complète cette interactivité gentiment roborative.
Liste des bonus
Présentation du film par Mylène Da Silva, « De l’éclat au silence : anatomie des années creuses du slasher » par Mylène Da Silva (28’), « Le rire est le meilleur des remèdes », entretiens avec l’acteur Larry Drake et le réalisateur Manny Coto (25’), « La mélodie de la folie », par l’historien Randall B. Larson (17’), Making-of d’époque (4’), Bandes-annonces.







