COLORS

Etats-Unis – 1988
Support : Bluray
Genre : Policier
Réalisateur : Dennis Hopper
Acteurs : Sean Penn, Robert Duvall, Maria Conchita Alonso, Randy Brooks, Don Cheadle, Damon Wayans, Trinidad Silva…
Musique : Herbie Hancock
Image : 1.33 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 120 minutes
Editeur : BQHL Editions
Date de sortie : 29 juillet 2025
LE PITCH
Bob Hodges est un flic qui a derrière lui une longue carrière et une grande expérience. Le jeune Danny McGain quant à lui n’a ni carrière ni expérience mais prétend tout savoir. Forcés de faire équipe ensemble dans l’unité anti-gang CRASH, Hodges et McGain sont chargés de l’enquête sur un meurtre particulièrement brutal. Détestés et menacés, les deux flics se retrouvent au milieu d’une véritable guerre des gangs. Sans personne vers qui se tourner, et alors que la tension monte, ces deux hommes que tout oppose vont devoir s’unir pour rester en vie…
LAPD Blues
Plongée intense au cœur de la violence des gangs à la fin des années 80, le polar Colors marqua autant un regard inédit sur la délinquance américaine que le retour attendu de Dennis Hopper aux commandes d’un films important, 8 ans après le marquant Garçonne.
Souvent résumé durant les années 80/90 à ses rôles de grands méchants dans des dizaines de Blockbusters américains, de Speed à Waterworld en passant même par le tristement célèbre Super Mario Bros., Dennis Hopper valait bien entendu bien plus que cela. En termes d’acteur en premier lieu, lui qui avait connu la fin de l’ère des studios aux cotés de James Dean, mais aussi en tant que cinéaste. N’est-ce pas lui qui a renversé la table des grands studios avec le mythique Easy Rider ? Mais 20 ans après celui-ci son aura à largement décru dans l’industrie qui se méfie, à raison, de son comportement erratique, de ses nombreux déboires dus à l’alcool ou à la prise de stupéfiants et bien entendu des emportements inquiétants et auto-destructeurs. Au départ, Hopper ne devait d’ailleurs que jouer le rôle du flic vétéran dans le projet Colors, imaginé conjointement par la firme Orion (en particulier son président Mike Medavoy) et la jeune star montante Sean Penn. Mais il va réussir à les convaincre de lui confier les commandes du projet, laissant son ancien rôle au vieux camarades Robert Duvall, profitant de toute façon d’une image plus chaleureuse, plus immédiatement sympathique. Tout le monde y est gagnant, le duo ainsi formé fonctionne à merveille entre le vieux mentor habitué des quartiers et de sa population, toujours prompte à temporiser et valoriser le dialogue, et la recrue, sûre d’elle, explosive, autoritaire, mettant sans le vouloir, le feu aux poudres.
La chaleur de la ville
Dennis Hopper de son coté rappelle avec habilité et fermeté ses talents de metteurs en scène, renouant avec une esthétique franche et directe (on n’est jamais loin du documentaire), filmant à auteur de bitume une réalité qu’aucun film américain n’avait encore approché d’aussi près : la guerre des gangs issus des quartiers pauvres. Une criminalité présentée presque au départ dans une disposition digne de West Side Story avec les Crisp et les Bloods s’étripant pour obtenir le contrôle sur le trafique de drogue. Au milieu, la population démunie et des forces de polices, en sous-effectifs bien entendu, qui tentent avec toutes leurs faiblesses humaines de maintenir un semblant d’ordre. Le film n’est pas véritablement construit par une trame scénaristique ferme et circonscrite mais préfère enchainer les petits épisodes quotidiens, les confrontations plus ou moins musclées, les poursuites pas toujours glorieuses, pour mieux faire monter peu à peu la tension, annonçant ouvertement les drames à venir. En dehors d’une histoire d’amour pas franchement convaincante avec une Maria Conchita Alonso mal caractérisée, Colors s’impose par sa justesse d’écriture, décrivant sans caricature ni angélisme le caractère des petites frappes (où on reconnait les tous jeunes Don Cheadle et Damon Wayans) toujours plus paumées qu’elles n’en ont l’air, et le désarroi de forcesde l’ordre balancées en première ligne. Hopper souligne d’ailleurs constamment la frontière qui existe entre ces deux mondes par l’opposition entre une police très majoritairement blanche et des quartiers essentiellement habités d’afro-américains et de latino, mais aussi par des contrastes musicaux bien pensés (rock vs rap) et une photo subtilement marquée.
Si depuis l’illustration brute et réaliste de la vie de policier de terrain a largement été reprise (à la télévision en particulier) et que la vie des gangs sera mieux exploitée encore dans des propositions comme Boy In the Hood, Menace II Society ou Génération sacrifiée, Colors leur ouvrit considérablement la voie et garde aujourd’hui son statut de solide précurseur.
Image
Colors arrive enfin en France en Bluray. Bonne nouvelle BQHL est allé chercher son matériel du coté de l’américain Shout plutôt que son homologue anglais, permettant de déployer la meilleure copie existante à ce jour. Pas de retour à la source, mais une amélioration considérable d’un master vidéo à l’ancienne, affirmant une propreté des plus appréciables, des contrastes bien marqués et une esthétique chaude mais brute respectée. La définition trébuche forcément parfois un peu, le grain n’est pas aussi présent qu’il le devrait, mais l’ensemble est des plus satisfaisants. Surtout que ce traitement concerne tout autant les scènes du montage Uncut, réintégrées sans accrocs.
Son
Les pistes DTS HD Master Audio 2.0 retranscrivent sobrement mais efficacement les stéréos d’origines. Pas de grosses surprises mais un son clair et assez équilibré mettant bien en avant les dialogues, mais n’oubliant jamais l’énergie des tubes utilisés ou le groove du clavier de Herbie Hancock.
Interactivité
Petite édition en apparence, la galette française ne comprend qu’une présentation signé Stéphane Moissakis. Si celui-ci insiste bien sur l’originalité du traitement et l’impact qu’il put avoir en son époque, tout autant que sur le statut particulier du Dennis Hopper réalisateur, il ne peut pas totalement faire oublier l’absence de documents d’époques ou d’interviews croisées outre-Atlantique. Là où BQHL fait la différence cependant c’est en étant le seul éditeur, pour l’instant, à proposer sur le même disque les deux montages du film, cinéma et uncut, tous deux restaurés. La version plus longue ajoute deux scènes de violence plus significatives (dont un pauvre père de famille poignardé sans raison), une scène d’amour plus appuyée et quelques dialogues contextualisant un peu mieux l’organisation des gangs et la vie sentimentale des deux protagonistes.
Liste des bonus
Version Director’s Cut (127’), Entretien avec le journaliste Stéphane Moïssakis (27’).






