CHASSÉS-CROISÉS SUR UNE LAME DE RASOIR

Passi di danza su una lama di rasoio – Italie, Espagne – 1973
Support : Bluray
Genre : Thriller
Réalisateur : Maurizio Pradeaux
Acteurs : Robert Hoffmann, Nieves Navarro, Jorge Martin, Anuska Borova, Serafino Profumo, Simon Andreu…
Musique : Roberto Pregadio
Image : 1.85 16/9
Son : Italien et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 91 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 11 avril 2025
LE PITCH
Alors que Kathy et ses parents, Suédois venus lui rendre visite à Rome, attendent l’arrivée d’Alberto Morosini, son fiancé, pour repartir à l’aéroport, celle-ci, guettant sa venue au moyen d’une longue-vue panoramique, est alors témoin du meurtre à l’arme blanche d’une jeune femme dans un appartement. De retour de l’aéroport, Kathy et Alberto se rendent au poste de police, où elle est interrogée par le commissaire Merughi. Peu de temps après, deux témoins potentiels qui se trouvaient non loin de la scène du crime, un vendeur de marrons et une femme de ménage, sont sauvagement assassinés. Kathy sera-t-elle la prochaine victime ?
Suspens claudicant
Parmi l’impitoyable masse de giallos déversés sur les écrans après la sortie choc de L’Oiseau au plumage de cristal de Dario Argento, Chassés-croisés sur une lame de rasoir (très beau titre) n’est pas forcément le plus remarquable, même si quelques crimes sanglants et les beaux yeux de Nieves Navarro font toujours leur petit effet.
Comme à peu près tous ses collègues de l’époque, ou presque, Maurizio Pradeaux a dû s’engouffrer dans la mode frétillante des thrillers à l’italienne, devenue une assurance plutôt certaine de succès au box-office. On lui connaissait jusque-là un petit western, Ramon le mexicain, un petit film de braquage, Un Casse pour des clous, et un film de guerre, Les Léopards de Churchill pouvant surtout se vanter de la présence de Klaus Kinski en nazi sadique. Un artisan parmi d’autres donc, livrant à chaque fois des copies bien propres, honorables et regardables, mais jamais vraiment bien mémorables à l’instar de Chasses-croisés sur les lames d’un rasoir, connu aussi sous le titre international de Devil Blade, où il faut bien l’avouer sa réalisation ne fait pas vraiment d’étincelles. Factuelle en tout cas, elle est au service d’une enquête improvisée qui pour masquer son académisme multiplie les faux coupables, les faux indices, les fausses pistes, à tel point que rapidement l’ensemble perd toute forme de crédibilité dramatique… jusqu’à la révélation finale qui tombe comme une perruque dans la soupe.
Tueur boiteux
D’ailleurs même le réalisateur n’a pas vraiment l’air d’y croire, multiplier les notes d’humour un peu lourde, souvent au dépends des pauvres policiers, pour redonner un peu d’énergie à l’ensemble. Amusant de voir l’héroïne manquer de peu le climax à cause d’une envie présente, ou le plan foireux de la police la transformant en prostituée isolée pour faire l’appât, mais dont le client s’avère être les supérieurs hiérarchiques. Si les scènes de meurtres sont tout à fait honnêtes avec quelques petites saillies sanglantes et des visions suggestives gentiment tendues, et que l’utilisation en décors angoissant d’une école de danse désertée la nuit fait toujours son petit effet, le film se veut surtout un divertissement pas cassant, venant allègrement satisfaire les désirs de ses spectateurs masculins avides de sensations fortes… et de nudités gratuites. Le joli casting se met généreusement à nu à la moindre occasion pour quelques poses lascives ou quelques frottements avec le petit ami inscrivant directement le film dans la branche opportunément érotique du giallo, largement ouverte dès 1970 par ce coquins de Luciano Ercoli qui n’hésitait pas à mêler Thanatos et Eros dans un joyeux spectacle paillards avec ses Photo interdite d’une bourgeoise, Nuits d’amour et d’épouvante et La Mort caresse à minuit où s’ébattait justement déjà son épouse, Nieves Navarro alias Susan Scott, et le ténébreux Simon Andreu. A se demander si Chassés-croisés sur une lame de rasoir est un décalque avoué ou un projet abandonné par ce dernier.
Un thriller pour les inconditionnels du genre et / ou les érotomanes studieux. En tous cas même si cet opus ne sera pas un immense succès à l’époque et dans le temps, Maurizio Pradeaux revint au giallo quatre ans plus tard avec un plus sobre et classique Passi di morte perduti nel buio toujours inédit en France.
Image
Le chat reprend le matériel produit par les camarades de Vinegar Syndrome pour sa collection Forgotten Gialli, soit une restauration de très haute qualité effectuée à partir d’un scan 4K des négatifs 35mm. Si quelques scories restent présentes à l’images (traces de petites griffures, points blancs…) le nettoyage est effectif et apporte autant une belle stabilité qu’un retour des matières argentiques et du grain de pellicule souvent gommé jusque-là. Le master HD préserve une patine très cinéma on ne peut plus agréable, et profite aussi d’une colorimétrie ravivée et retrouvant la chaleur initiale.
Son
Les monos d’origine sont proposés en DTS HD Master Audio 2.0 pour un résultat bien évidemment très sobre et frontal mais qui garde un certain naturel pour la mouture italienne. Les dialogues sont bien posés, la musique ajoute un peu d’énergie et les ambiances fonctionnent plutôt bien. Le doublage français, assez honorable, propose un mixage plus écrasé sur les arrières.
Interactivité
Boitier scanavo, fourreau cartonné et en supplément vidéo une rencontre avec le grand monteur Eugenio Alabiso qui revient sur une bonne partie de sa carrière. Pas vraiment sur le film en question ici mais plutôt sur ses plus grandes prouesses aux cotés de Sergio Leone (Le Bon, la Brute et le Truand par exemple…) et dépeint en filigrane les évolutions et transformations du cinéma populaire italien, avec quelques anecdotes à la clef.
Liste des bonus
Interview du monteur Eugenio Alabiso (21’).




