CAROL

Royaume-Unis, Etats-Unis, France, Australie – 2015
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Todd Haynes
Acteurs : Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Jake Lacy, Sarah Paulson, John Magaro, Cory Michael Smith…
Musique : Carter Burwell
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais et Français Dolby True HD 5.1
Sous-titres : Français
Durée : 118 minutes
Éditeur : Bubbel Pop’ Edition
Date de sortie : 3 décembre 2025
LE PITCH
Dans le New York des années 1950, Therese Belivet, une jeune employée de grand magasin passionnée de photographie, mène une existence ordinaire. Sa vie bascule lorsque Carol Aird, une femme élégante et sophistiquée, se présente à son comptoir. Entre les deux femmes naît immédiatement une relation intense, faite de fascination et de désir. Mais cette relation est menacée par les conventions sociales et les préjugés de l’époque.
Tout ce que le ciel devrait permettre
En grand amoureux des mélodrames intimes et puissant de Douglas Sirk, Todd Haynes adapte le roman le plus important de Patricia Highsmith (L’inconnu du Nord Express) et l’une des plus belles romances saphiques littéraires avec Carol.
Spécialiste du roman noir et du thriller psychologique criminel, la romancière due en 1952 publier ce dernier sous pseudonyme et au sein d’une collection confidentielle, réservée aux textes les plus sulfureux. Triste mais finalement pas si étonnant puisque la même année l’Association des psychiatres américains eu la lumineuse idée d’inscrire l’homosexualité à leur liste des maladies mentales. La romance décrite dans The Price of Salt en semble alors plus forte et plus belle encore, reflétant directement ce carcan terrifiant interdisant à des femmes (mais par extension aussi des hommes) de vivre leurs amours tel qu’elles l’entendent. Un roman qui fit date et devint rapidement un porte-étendard de la culture lesbienne, aussi parce qu’il était sans doute le premier à offrir à ses protagonistes une certaine forme de Happy End, des retrouvailles, là où bien souvent la norme, la morale et la censure les rattrapaient dans tellement d’autres textes. On ne peut ainsi que saluer la superbe adaptation rédigée par Phyllis Nagy (Mrs Harris) et le réalisateur Todd Haynes (Loin du paradis, I’m Not There…) qui en retrouvent toute la suavité dissimulée, la délicatesse mesurée et la tragédie en mode mineure. Pas de grands éclats ni de grandes envolées dans Carol, dont la dramaturgie s’efforce de rester constamment à la hauteur de ses personnages et d’aborder avec le plus de sérieux et de conviction l’époque décrite.
Beauté volée
La photographie dispose ses couleurs avec finesse et retrouve l’élégance des instantanées de cette Amérique puritaine, si lisse et fermée, tandis que la mise en scène ne cesse de fracturer ses élans de plans séquences par des brisures et des constructions de plans qui soulignent l’enfermement omniprésent, celui des convenances. L’histoire d’amour, évidente dès la première rencontre entre Thérèse, petite employée de magasin qui espère devenir photographe, et la sublime Carol, femme au foyer bourgeoise en plein divorce, ne peut donc se découvrir et se vivre qu’à pas feutrés. Quelques regards échappés, quelques allusions échangées, de vagues frôlements volés à la fatalité, même si l’injustice les rattrapera sous la forme d’un détective privé envoyé par un mari désarmé face à la nature de son ex-femme, toute deux ne sembleront s’échapper que lors d’un court, mais passionné, road-trip. La scène d’amour, centrale, est plus ou moins l’apogée du film dans le sens où elle cristallise toute la beauté du film : sensuelle certes, mais sans une image de trop, sans chair ou érotisme inutile… entièrement dévouée aux sentiments des deux femmes et à cet instant de partage sans pareil. L’autre très grand moment de Carol se situe dans ses derniers élans, alors que Thérèse a finalement achevé son voyage intérieur et totalement accepté sa sexualité et son amour pour son amante, et la retrouve attablée dans un restaurant, au milieu des allers et venus des autres clients, dans la foule des conversations, et qu’un simple sourire rappelle l’évidence.
Si Todd Haynes se laisse aller, comme un peu trop souvent dès lors qu’il penche vers les films en costume, à un certain académisme, trop sage, presque engoncé dans des costumes trop propre et repassés de près, l’interprétation mystérieuse et passionnée de Cate Blanchett, et celle mêlant force et fragilité de Rooney Mara (Millennium), emportent les cœurs les plus racornis. Elles sont toutes deux sublimes tout simplement.
Image
Tourné sur pellicule au format Super 16 et produit finalement en 2K, Carol revient sur support physique pour un combo Bluray / UHD de qualité. Le master s’installe toujours aussi élégamment en HD avec un respect très marqué des matières, volontairement très prononcées, et des teintes suaves de la photographie faisant constamment douter d’ailleurs sur l’âge même du métrage, entre les véritables années 50, le grain des 70’s et la restitution pointue des années 2000. Très beau. La mouture 4K est une première mondiale (du moins il nous semble) avec forcément une copie reposant sur une upscale de la précédente. Une proposition qui pour le coup entraine une surexploitation du grain sur certains plans, glissant vers le bruité par si convainquant que cela, mais qui aussi affirme une définition bien plus creusée et surtout une palette de couleurs plus riches et chaudes que précédemment.
Son
Fluides, subtiles, discrètes mais néanmoins parfaitement enveloppantes, les pistes DTS HD Master Audio 5.1 s’appuient naturellement surtout sur la force des dialogues et la présence des actrices, mais savent aussi distiller des ambiances sonores tout à fait convaincantes et incarnées. L’Amérique des 50’s respire avec conviction et les élans romantiques de Carter Burwell y trouvent parfaitement leur place.
Interactivité
Bubbel Pop’ Édition aime les beaux objets et nous en fait encore la preuve avec l’édition consacrée à Carol. Coffret cartonné, digipack du meilleur effet, mini-livre avec de nombreuses photos et divers textes analytiques, cartes postales et reproduction de l’affiche donnent une certaine présence à l’ensemble. Coté bonus vidéo, on n’est pas en reste avec une reprise des anciens suppléments sur le Bluray du film soit un reportage dans les coulisses du tournage et une première série d’interviews, en générale prise sur le plateau, des actrices, du réalisateur, du chef opérateur et de la productrice, qui évoquent l’origine du projet, l’importance du roman, la force des personnages et l’esthétique veloutée particulière du métrage.
Promo à l’origine mais déjà assez intéressants, ces derniers sont désormais complétés par un gros travail éditorial supplémentaire fournit par l’éditeur indépendant et regroupé sur un second Bluray dédié. En l’occurrence un approfondissement appuyé de toutes les questions liées au film, de l’adaptation à sa sortie et la trace laissée dans les mémoires, reposant sur un croisement d’interviews inédites incluant Todd Haynes, les producteurs Stephen Woolley et Christine Vachon, la responsable des costumes Sandy Powell et la maquilleuse Morag Ross. Un traveling complet sur la nature et la forme du film, son message et sa structure qui ravira forcément les cinéphiles et les amateurs de Carol.
Liste des bonus
Un livre illustré rédigé par Rania Griffete, Christian Viviani et Jacques Demange (100 pages), 4 cartes postales, 1 affiche du film, Making of (17’), Interviews Cate Blanchett (14’), Rooney Mara (8’), Todd Haynes (17’), Edward Lachman, chef opérateur (7’), Christine Vachon, productrice (6’), « Carol » par : Stephen Woolley (23’), Elizabeth Karlsen (21’), Christine Vachon (7’), Sandy Powell (20’), Morag Ross (21’), Le financement (9’), Le roman (7’), Le commencement (14’), La rencontre d’Elizabeth et Christine (2’), Happy Birthday (3’).







