CAFÉ FLESH

Etats-Unis – 1982
Support : UHD 4K & Bluray
Genre : Science-Fiction, Erotique
Réalisateur : Stephen Sayadian
Acteurs : Andy Nichols, Paul McGibboney, Michelle Bauer, Marie Sharp, Tantala Ray, Joey Lennon…
Musique : Mitchell Froom
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0 mono
Sous-titres : Français
Durée : 76 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 16 septembre 2025
LE PITCH
Après l’apocalypse nucléaire, l’humanité est partagée en deux groupes : les « positifs » qui ont conservé la faculté de faire l’amour et la grande majorité des « négatifs » qui sont devenus impuissants. Pour accéder à un succédané de plaisir, ces derniers n’ont plus d’alternative que de regarder les « positifs » se donner en spectacle sur des scènes de théâtre telles que celle du Café Flesh…
L’apocalypse des animaux
Bien rares sont les films porno à avoir connu une aussi belle postérité que Café Flesh. Restauré en 4K en ce début d’année et célébré désormais comme un véritable objet d’art cinématographique, le bougre s’offrent des ressorties évènements en salles et des coffrets collectors dans tous les pays du monde. Et le pire ? C’est que c’est amplement mérité.
Film cul et culte, Café Flesh n’a pas cette prétention d’être un film traditionnel repoussant les limites de la représentation du sexe à l’écran (comme l’incontournable L’empire des sens), mais est bel et bien un film X tourné au sein d’un système entièrement dévoué à l’exploitation pornographique. Il fut pourtant une sacrée surprise pour ses producteurs et pour les premiers spectateurs qui le découvrirent dans les réseaux de projections des quartiers chauds habituels. La légende dit même qu’un bus entier de Japonais ressorti furieux d’une séance, tandis que certains cinémas connurent quelques explosions de colère… et sans doute surtout de frustration. Il faudra attendre quelques années, et la réapparition inattendue de l’objet lors de quelques séances de minuits dans un Cinéma d’art et d’essai pour qu’il puisse être redécouvert, non pas par les pornocrates premiers, mais bien par tout un réseau d’adeptes de curiosités, d’art déviant et d’expérimentations osées. Un film définitivement à part dans le circuit normalisé classé X donc, sorte de Cheval de Troie imaginé par Stephen Sayadian (usant ici du pseudonyme Rinse Dream), génial directeur artistique et responsable publicité de la mythique revue Hustler, et le scénariste Jerry Stahl (Moonlight, Twin Peaks, CSI…) qui poursuivant leurs recherches surréalistes lancée sur un précédant Nightdreams, déviaient ici les scènes de sexe non simulées attendues vers des mises en scènes troublantes et mécaniques totalement débandulatoires. Les corps se chevauchent, se pénètrent, se frottent, s’entrechoquent, mais toujours avec une absence totale de passion, d’émotion ou de désir, qui forcément provoque la stupéfaction du voyeur.
Chair froide
C’est que ces scènes sont déjà elles-mêmes des mises en scène, performances ultra-théâtralisées célébrées sur les planches du fameux Café Flesh, cabaret blockhaus perdu dans un futur proche et post-apocalyptique noyé sous les retombées nucléaires. Les échos d’une guerre froide devenue torride, entrainant entre autres conséquences une perte de libido totale chez les survivants, incapables de se toucher sans subir de terribles hauts-le-cœur. Les 1% de la population encore capables de s’adonner à la bête à deux dos sont eux obligés de devenir des acteurs / esclaves, prostitués et performeurs X, enchainant les scènes comme d’autres vont au turbin. Photographe de formation, Stephen Sayadian sublime totalement sa toute petite production, tournée en une dizaines de jours bien studieux, et explore son hommage au Cabaret de Bob Fosse et à tout un héritage hollywoodien (les comédies musicales mais aussi les films noirs) en travaillant une photographie et une réalisation ultra-stylisés, en quêtant une forme de surréalisme baroque, quasi-punk, dans des mélanges d’éléments et de symboliques qui renverraient autant à Dali qu’aux pages de la revue Hara-kiri dont il était friand. Secrétaires robotiques, rat mutant, visions nucléaires à tous les étages, hommes-bébés… L’absurde du spectacle est d’autant plus déstabilisant qu’il est constamment entrecoupé de gros plans de spectateurs froids, douloureux, malheureux, aux airs de toxicos en fin de dose. La sensation de manque est partout dans ce curieux huis-clos cafardeux et dépressif.
Ambiance cafardeuse, échos d’un régime totalitaire, réflexion presque involontaire sur l’appropriation du corps et critique ouverte d’une industrie marchandant le corps, Café Flesh est un délire arty qui fascine encore et toujours pour sa maitrise esthétique et son mélange allègre entre la SF glauque et le porno bigarré. Pas franchement excitant sexuellement… mais esthétiquement et intellectuellement c’est beaucoup plus bandant.
Image
Miraculeux et assez improbable, Café Flesh a connu les grands honneurs d’une restauration en très haute définition. Elle n’a pu être effectuée à partir de négatifs, à priori disparus, mais en scannant en 4K des copies positives en bonnes conditions. Le résultat n’en est pas moins des plus impressionnants. Si on excepte un plan en fondu persistant de quelques secondes, extrêmement décoloré et affaibli, le film nous reparait ici avec des cadres excessivement propres, stables, des couleurs chaudes, intenses et contrastées, et des noirs impérieux. Les matières sont particulièrement présentes, laissant vibrer un grain des plus organiques, soulignant une profondeur et un relief que l’on pensait absent du film, le tout avec un niveau de détails franchement renversant pour un film classé X. Bien entendu quelques éléments et bords de cadres sont resté flous et le master refuse l’utilisation d’HDR ou de Dolby Vision, mais ce coté dans son jus fait aussi tout le charme de la copie.
Son
Comme pour la source image, la source son n’est pas dénué de petits défauts, avec essentiellement une forme d’inconstance entre les scènes et parfois quelques enchevêtrements entre les rares dialogues et les musiques. Il n’en reste pas moins que la vo n’a jamais été proposée dans des conditions aussi claires et équilibrées. La bande sonore retrouve une belle puissance et ensevelie le spectateur sous ses nappes désespérées. La version française est elle aussi proposée en DTS HD Master Audio 2.0 pour un résultat tout de même bien plus plat et un doublage assez basique, typique des pornos de l’époque.
Interactivité
En plus d’un retour dans les salles du coté de L’Etrange Festival, Carlotta films n’a pas hésité à proposer Café Flesh au sein de sa superbe collection Prestige avec un boitier carton contenant en plus du digipack regroupant disque UHD et Bluray une petite série de goodies pour les collectionneurs : autocollants, lobby cards et reproduction de l’affiche. Les éléments les plus intéressants sont cependant les deux excellents livrets exclusifs fournis en sus. Le premier, « Réflexions sur Café Flesh » est la traduction complète de celui de l’édition US de Mondo Macabro regroupant des extraits d’un articles rédigé par Stephen Sayadian à propos de la confection de son film, mais aussi trois essais sur le surréalisme du film et ses aspects les plus freaks, sur l’étrange mélancolie et l’aspect unique de l’objet et même sur l’identité réelle qui se cache derrière les visages de certains figurants. Ce dernier papier est d’ailleurs signé par Eric J. Peretti des Hallucinations collectives de Lyon. Le second, Cœur louche du Cinéma Americain signé Lelo Jimmy Batista (Libération) est l’une des « petits livres » de l’éditeur et retrace très généreusement tout les coulisses de la fabrication du film, la trajectoire particulière du réalisateur avant cette expérience, et regorge de petites anecdotes et de considérations esthétiques… en plus d’être joliment écrit.
Les disques eux-mêmes sont tout aussi chargés et reprennent là aussi les suppléments de l’édition US dont quelques considérations de l’ex star du X Jessica Stoya très marquée par sa découverte de Café Flesh, ou celles plus techniques et sonores de Jacob Smith, mais se sont surtout les interviews du scénariste Jerry Stahl et de Stephen Sayadian qui permettent de retracer leurs débuts dans la presse pour adultes, leurs premières collaborations avant de s’engouffrer dans leurs divers souvenirs sur les origines du film, l’écriture du scénario, le tournage express mais dans une ambiance positive, les inspirations esthétiques, les fameuses scènes X (et qui a réellement tourné quoi…), les premières réactions des producteurs et des spectateurs spécialisés et enfin la reconnaissance plus tardive. Le réalisateur en particulier est extrêmement loquace et regorge de petits détails et informations croustillantes, et tous deux abordent leur création avec beaucoup de franchise. Le tout se termine avec un mini reportage de l’époque pour l’émission de tv américaine Eyewitness News sur le plateau de tournage. Quelques images de making of donc, où l’on voit toute l’équipe du film au travail… mais encore habillé à ce moment-là.
Liste des bonus
« Petit livre Carlotta Films : Café Flesh #20 » écrit par Lelo Jimmy Batista (40 pages), livret collectif exclusif (44 pages), jeu de 8 lobby cards, planche de 7 autocollants, affiche, Entretien avec Stephen Sayadian (58’), Entretien Avec Jerry Stahl (15’), Jessica Stoya à propos de « Café Flesh » (10’), Jacob Smith à propos de « Café Flesh » (18’), Sur le tournage de « Café Flesh », filmé par des journalistes d’Eyewitness News (3’), Bande-annonce.







