BLUE COLLAR

Etats-Unis – 1978
Support : Bluray & DVD
Genre : Thriller, Drame
Réalisateur : Paul Schrader
Acteurs : Richard Pryor, Harvey Keitel, Yaphet Kotto, Ed Begley Jr….
Musique : Jack Nitzsche
Durée : 114 minutes
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Editeur : Éléphant Films
Date de sortie : 07 juillet 2020
LE PITCH
Trois ouvriers et amis, Zeke, Jerry et Smokey, travaillent dans une usine de voitures à Détroit. Une nuit, ils ont l’idée de voler le bureau du syndicat local. D’abord, ils pensent que c’est un échec, car ils ne dérobent que 600 dollars, mais Zeke se rend compte qu’ils ont aussi obtenu certains documents compromettants. Ils décident alors de faire chanter le syndicat, provoqués par le fait que ce dernier revendique avoir perdu 10 000 dollars à la suite de leur vol…
Working Day and Night
Projeté sur les écrans français exclusivement en version sous-titrées et dans quelques salles d’élection, Blue Collar disparu longtemps des radars français, atténuant certainement son importance dans le paysage du cinéma américain dit « social ». Premier film de Paul Schrader, meilleur rôle de Richard Pryor, Blue Collar est une chronique résignée de l’effondrement du modèle américain.
Après avoir enchainé les scénarii de Yakuza pour Sydney Pollack, Taxi Driver pour Scorsese, Obsession pour Brian de Palma et, dans une moindre mesure, Légitime violence pour John Flynn, Paul Schrader est devenu le scénariste star du cinéma américain des 70’s et attend fébrilement de pouvoir enfin passer à la réalisation. C’est une nouvelle fois son frère et coscénariste Leonard qui va lui apporter le sujet de ce cette première réalisation : un article de journal qui fait cas de protestations d’ouvriers automobile non pas contre leur patron mais contre le syndicat censé les protéger. Les deux vont bien entendu enquêter et se confronter eux-mêmes à un système défaillant et révélateur des dérives violentes du libéralisme où les fameux syndicat professionnels ne sont plus depuis longtemps des protecteurs de la classe ouvrière mais bien des garde-fous, des outils de contrôle aussi véreux que les gouvernements. Une analyse que le film résume par trois petites phrases énoncées l’air de rien au milieu d’une soirée un peu arrosée mais revenant frapper le spectateur en carton final : « Ils montent les jeunes contre les vieux. Les noirs contre les blancs. Tout pour que chacun reste à sa place ».
Matérialité
Un cadre d’une fatalité lourde, écrasante et terriblement réaliste, tout autant que le panneau inéluctable de l’usine affichant fièrement le nombre de véhicule continuant de sortir de l’usine quoi qu’il arrive. Rarement ce milieu sentant l’essence, le métal chauffé et la sueur n’aura été aussi fidèlement capturé (on pense à l’ouverture du Christine de John Carpenter), brillamment complété par les blues bitumeux et rugueux de Jack Nitzsche & co. La dure réalité frappe à chaque plan, mais sans se vautrer dans le misérabilisme, laissant naturellement les trois personnages principaux servir de guide dans leurs journées de labeur, leurs soirées au bar du coin, leurs petites maisons de famille plus que modestes et surtout la tension constante provoquée par le coût de la vie, cette difficulté à joindre les deux bouts. Un trio tout en camaraderie virile, au-delà des races et des origines, qui va se rêver capable de renverser la pyramide par un simple braquage du coffre du syndicat, et mettre ainsi le pied dans un nid de serpent aux méthodes mafieuses (comme l’évoquera bien plus tard Scorsese dans The Irishman). De chronique sociale, Blue Collar dérape vers le thriller politique, presque paranoïaque à la Alan J. Pakula (Les Hommes du président) avec une facilité déconcertante et des conséquences tragiques pour les trois compères. Une machine de déshumanisation qui fonctionne plein pot et va faire naitre des tensions, raciales mais pas que, qui n’existaient pas entre eux. Dans ce triple tableau Harvey Keitel et Yaphet Koto (Alien, Vivre et laisser mourir) sont bien entendu impeccable, mais c’est un surprenant Richard Pryor qui effectue le voyage le plus impressionnant et symptomatique. De figure bravache, passionnée tel que l’ex-pivot de Saturday Night Live pouvait être sur scène, il devient un reflet froid et terrifiant de l’égoïsme qui nourrit si bien le capitalisme. Un vendu sans doute, mais aussi un survivant, car le film ne se fait jamais juge et partie, ou objet de propagande.
Encore bien loin de ses images léchées et clipesques de la décennie à venir, Paul Schrader dresse un tableau à la lucidité saisissante, sèche et explosive.
Image
Considéré comme un titre de seconde catégorie par Universal (qui a fourni le master à ses éditeurs partenaires), Blue Collar n’a pas profité de leur politique de restauration luxueuse. A l’instar d’une grande part de leur catalogue, la restauration fut uniquement numérique et à partir d’un master vidéo déjà usé. Cela étant dit, le film s’en sort carrément bien si on excepte quelques scènes sombres neigeuses à la profondeur limitée et un grain un peu fluctuant, assurant une définition bien dessinée et des cadres limpides et propres. Pas d’abus de réducteur de bruit ici, le grain est présent et assez naturel et la palette de teintes métalliques affirment le style du métrage.
Son
La version originale repose sur un Master Audio 2.0 aussi propre qu’assez brut et succinct dans ses dynamiques. Les dialogues restent au centre de l’attention. Cas plus étrange la version française ne fut produite que pour la ressortie du film en DVD dans les années 2000 et détonne clairement dans le choix des voix et la tessiture des ambiances avec l’époque du film.
Interactivité
Doublet gagnant pour Elephant qui nous offre non pas une présentation du film mais bien deux interventions au style et aux informations assez complémentaires. Pour l’évocation d’ensemble sur le film, les filmographies, les thèmes et la petite vague de films « ouvriers » de l’époque, on se tournera vers l’item carrée produit par Julien Comelli et Erwan Le Gac, et pour l’analyse profonde de Blue Collar et du cinéma de Paul Schrader c’est Jean-Baptiste Thoret qui délivre un entretien, passionnant, de près d’une heure. Intarissable comme souvent, ce dernier coupe l’herbe sous le pied à tous les critiques en herbe (et c’est agaçant à force…).
Liste des bonus
Un livret exclusif de Stephen Sarrazin (12 pages), Le film par Jean-Baptiste Thoret (49’), « Les Hommes du syndicat » : document de Julien Comelli et Erwan Le Gac (24’), Bande-annonce.







