ATTENTION, ON VA S’FÂCHER !

…Altrimenti ci arrabbiamo! – Italie, Espagne – 1974
Support : Bluray
Genre : Comédie
Réalisateur : Marcello Fondato
Acteurs : Terence Hill, Bud Spencer, Donald Pleasence, Patty Shepard, Deogratias Huerta, John Sharp, Manuel de Blas…
Musique : Guido & Maurizio De Angelis
Durée : 101 minutes
Image : 1.77 16/9
Son : Français & Italien DTS-HD Master Audio 2.0 Mono
Sous-titres : Français
Éditeur : BQHL Éditions
Date de sortie : 22 octobre 2025
LE PITCH
Très copains, mais comme chien et chat, Toto et Ben se partagent tant bien que mal le Grand Prix d’une course de stock-car : un Buggy flambant neuf ! Mais leur gros lot est mis en pièces par des gangsters lors d’un raid contre un parc d’attractions où ils se livraient à un concours de dégustation de saucisses. Ils demandent réparation à leur chef, un caïd qui suit les cours de méchanceté d’un expert en coups tordus…
Fast & énervés
Jalon essentiel dans la filmographie du duo Bud Spencer / Terence Hill, Attention, on va s’fâcher ! laisse tomber le western spaghetti, ses colts et ses costumes poussiéreux, pour un cadre contemporain où les baffes et les gags se mêlent aux cascades automobiles et aux manigances de mafieux d’opérette. Scénariste polyvalent passé à la mise en scène, Marcello Fondato livre ici une comédie qui ne vole pas bien haut mais dont la mécanique, elle, est imparable.
Arrivés en fin de cycle d’une série de westerns spaghettis de plus en plus parodiques mais aussi de plus en plus populaires auprès du public, Terence Hill et Bud Spencer tentent une première fois de renouveler leur formule burlesque (bagarres, nonchalance et coups fourrés) en s’essayant au film de pirates avec Le Corsaire Noir – aka Les Deux Flibustiers, aka Deux Loustics en Bordée – que Lorenzo Gicca Palli réalise en 1971. Un coup d’épée dans l’eau mais qui ne dissuade pas les compères de persister dans le cinéma d’aventure avec le très passable Maintenant, on l’appelle Plata de Giuseppe Colizzi, dernière étape avant la grande mue proposée par Attention, on va s’fâcher !, co-production italo-espagnole échoué entre les mains de l’inattendu Marcello Fondato. Inattendu car, si le bonhomme s’y connaît en comédie, ayant notamment réalisé les très plaisants Certain, Probable et Même Possible avec Claudia Cardinale ou encore Nini Tirebouchon avec Monica Vitti, sa sensibilité le porte peu vers un univers aussi spectaculaire, masculin et « testostéroné » que celui de Terence Hill et Bud Spencer. Scénariste pour Mario Bava (il est une des plumes des Trois Visages de la Peur et de Six Femmes pour l’Assassin), artisan protéiforme, Fondato exprime une prédilection certaine pour le théâtre et pour des personnages féminins complexes. Pas franchement le même délire qu’une enfilade de scènes de baston reposant sur un argument encore plus mince que du papier à cigarettes (« pas contents ! ») et menée par deux gaillards se comportant comme des grands enfants. Surprise, Fondato s’accommode fort bien de l’exercice et trouve un nouveau souffle au numéro de chien et chat déjà bien rôdé de Terence Hill et Bud Spencer.
Le jour se lève, les ennuis commencent !
Pas particulièrement habitué à mettre en image de grandes scènes d’action, Fondato se repose exclusivement sur le savoir-faire de son duo de stars et de son coordinateur de cascades, l’incontournable Rémy Julienne. Sur la forme, Attention, on va s’fâcher ! ne fait aucun mystère de sa nature de « film de seconde équipe ». La lisibilité de l’action l’emporte sur la moindre velléité artistique ou stylistique. Ce qui n’empêche nullement aux nombreux morceaux de bravoure du film de faire mouche. Le saccage méthodique d’un restaurant par une bande de gangsters autour de nos deux héros, trop occupés à engloutir saucisses et chopes de bières pour s’en soucier, est un joli moment de comédie régressive et sauvage. Et il en va de même pour une poursuite à moto en pleine campagne qui rend des hommages appuyés au western spaghetti et aux joutes du Moyen-Âge ou une bagarre dans une salle de gym où les acrobaties en tous genres donnent un surcroît de saveur aux traditionnels bourre-pifs. Les idées ne manquent pas et posent un cadre joyeux et fantaisiste, prolongement affirmé de tout un pan de la comédie burlesque à l’américaine. Tout un modèle que les films suivants du duo s’empresseront de reproduire jusqu’à l’épuisement.
Entre deux pitreries, Fondato imprime toutefois sa différence, esquissant quelques personnages secondaires qui donnent de l’épaisseur au film. La belle trapéziste au grand cœur dont Terence Hill s’éprend, le vieux mécanicien pittoresque, décalque du Stumpy de Rio Bravo, un tueur à gages suave et mutique, aux allures de croque-mort et d’artiste incompris. Toutes ces petites touches relèvent d’une poésie très naïve et qui contrastent efficacement avec une ambiance festive et immature, à deux doigts du prout-prout (dîtes plutôt vroum-vroum) et de la tarte à la crème.
Et c’est sans doute là un peu la limite du film, destiné à un public de moins de 12 ans et qui saura se satisfaire d’une intrigue trop simpliste et tirée par les cheveux et peuplée de méchants trop idiots pour incarner le moindre danger, créer le moindre suspense. Pour les adultes, il faudra se contenter de la nostalgie d’une époque marquée par les inlassables rediffusions sur la Cinq des exploits potaches de Terence Hill et Bud Spencer, nos Astérix et Obélix transalpins, doublés comme il se doit (et respectivement) par Dominique Paturel et Claude Bertrand. Et paf !
Image
Loué soit BQHL qui continue de proposer des copies impeccables de ces films qui avaient un peu raté le coche de la grande déferlante du DVD au début des années 2000. Il y a eu de la restauration (beaucoup) et du réducteur de bruit (un peu) pour un résultat très coloré, à la définition douce mais probante, avec juste ce qu’il faut de grain. Quelques plans abîmés (la scène de la grande roue) se sont glissés entre les mailles du filet mais rien de rédhibitoire.
Son
VF ou VO ? Outre un doublage culte dont le spectateur français ne pourra raisonnablement se défaire (ça fait partie du charme), la version française propose un surcroît de vigueur lors des scènes d’action avec des moteurs qui font du bruit et des baffes qui font raisonner les enceintes et la tête des pauvres voyous qui les reçoivent. Avantage du cœur donc, mais pas que. La version italienne est aussi propre mais un peu plus sobre avec une post-synchro et une musique qui prend le pas sur le reste.
Interactivité
Pas de sortie 4K cette fois-ci mais on ne fait pas l’impasse sur le module animé par Jean-François Giré. Soit près de 40 minutes d’analyse et d’anecdotes qui permettent de replacer le film dans son contexte (le point de bascule entre le western et la comédie contemporaine) et qui ne manquent pas de convoquer un soupçon de nostalgie en guise de cerise sur le gâteau. C’est parfois un peu décousu mais très intéressant.
Liste des bonus
Présentation de Jean-François Giré (39’).





