ANGEL GUTS : CLASSE ROUGE

天使のはらわた 赤い教室 – Japon – 1979
Support : Bluray
Genre : Thriller, Erotique
Réalisateur : Chusei Sone
Acteurs : Yuki Mizuhara, Keizo Kanie, Jun Aki, Ken Mizoguchi…
Musique : Tsutomu Izumi
Image : 2.3516/9
Son : Japonais DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 78 minutes
Editeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 mai 2025
LE PITCH
Muraki dirige une société de production spécialisée dans les romans photos érotiques. Un jour lors de la projection d’un film, il découvre une actrice nommée Nami qui se fait violer par plusieurs hommes. Ce film le fascine et suscite en lui un mélange de désir et de culpabilité. Muraki décide alors de la retrouver.
Les Plaisirs de la chair triste
Saga culte du cinéma érotique japonais, les Angel Guts, tous adaptés des mangas sulfureux de Takashi Ishii, ont marqué de leur empreinte brulante un genre déjà torride à souhait. Mais celui qui est souvent considéré comme l’acmé de la série, voir même parfois du genre, reste Classe rouge où la sensualité attendue laisse place à une bestialité désespérée.
Ancien scénariste pour les grands Seijun Suzuki (La Marque du tueur) et Teruo Ishii (The Blin Woman’s Curse), Chusei Sone aura finalement gagné sa place de cinéaste en œuvrant du côté des Roman Porno au sein de la Nikkatsu justement spécialiste dans ce cinéma d’exploitation. Des films érotiques ultra-stylisés autant par coquetterie esthétique que par nécessitée (la vision de poils des zones érogènes étaient bien entendu proscrite), que beaucoup par chez nous auraient subits comme de simples commandes, mais qui au Japon ont très vite été marqués par les nouveaux courants esthétiques (l’explosion du manga, la culture pop…) et un reflet des bouleversements politiques et sociaux. Peut-être plus que d’autres, Chusei Sone y a trouvé un véritable terrain d’épanouissement et une reconnaissance publique avec des œuvres comme Graine de prostituée, Journal érotique d’une infirmière ou La Leçon de chose de Mademoiselle Mejika (tous édité en DVD par Wild Side Vidéo il y a quelques années), mais certainement que ce fameux Classe Rouge impose une personnalité plus troublante et marquante encore. Seconde adaptation d’un manga de Takashi Ishii (qui deviendra lui-même réalisateur avec la saga Gonin ou Freeze Me) après le premier Angel Guts : High School Coed pour Chusei Sone qui se déporte ici directement du coté du grand mélodrame japonais. Citant comme référence les œuvres honorables de Monzaemon Chikamatsu et Saikaku Ihara, il en reprend les grandes évocations de romances contrites, impossibles et de destins fissurés face aux trébuchements de la vie.
Reflets fuyants
Mais bien entendu si les longs plans séquences quêtent eux aussi un spleen marqué, une errance aussi poétique que parfois même flottante, il le fait dans le cadre même du monde du porno en s’attardant sur Muraki, justement propriétaire d’une revue de photos érotiques, fasciné par l’image d’une jeune femme découverte dans une vidéo X où on la voyait se faire violer dans une classe de lycée. Le visage d’une pureté bafouée, meurtrie, qu’il découvrira avoir été contrainte de tourner la fameuse scène, mais qui n’a cependant pas grand-chose de la créature virginale et sauvable qu’il imaginait. Muraki délaisse sa maitresse avec qui il couche sans plaisir (elle est obligée de se superposer aux photos de l’autre pour exister) et se heurte à la véritable Nami (incandescente Yûki Mizuhara bien plus intense que les habituelles nymphettes du roman porno), dont les appétits sexuels voraces et le désespoir face à une masculinité insuffisante (violente, impuissante…) vont la pousser à basculer définitivement dans le monde de la nuit et une prostitution destructrice. La grande scène de sexe finale, orgiaque et sordide réduit même le masculin à une masse anonyme, simplement utile pour atteindre un plaisir purement physique, sous les yeux médusés et interdits d’un Muraki dépassé, réduits. La mise en scènes est bien souvent sublime, jouant habillement des crépuscules lumineux, d’effets de miroir scrutant l’immontrable, d’une photographie torride et même de distorsions optiques venant souligner le basculement d’un monde à l’autre : celui du porno « professionnel » à une réalité sexuelle bien moins propre, voir malsaine, ou tout un chacun peut se perdre définitivement.
L’une des grandes œuvres du Roman Porno signée par l’un de ses petits maitres.
Image
Classe rouge est disposé dans une très belle copie où le travail de restauration est immédiatement évident. Les cadres ont été nettoyés, stabilisés et surtout la colorimétrie, primordiale pour une telle œuvre, considérablement clarifiée et rehaussée. Les teintes primaires sont éclatantes, les contrastes marquants, les noirs tiennent admirablement la route, le tout avec des argentiques toujours très naturels. Le grain de pellicule répond lui aussi présent, même si effectivement il semble légèrement en retrait, un poil gommé, lors du travail de remasterisation. Dans tous les cas l’éditeur propose des conditions optimales pour redécouvrir ce classique du genre.
Son
La version originale japonaise nous parvient avec un DTS Master Audio 2.0 très proche du mono initial. Le mixage est central et frontal, mais les dialogues sont toujours très clairs, les petites ambiances urbaines et nocturnes bien rendues et les musiques résonnent avec efficacité.
Interactivité
Le Chat qui fume lance sa collection « Nikkatsu » avec comme toujours un très bel objet, boitier scanavo avec jaquette reproduisant l’affiche d’origine, fourreau cartonné du meilleur effet et dans le boitier un très joli livret compilant une superbe sélection de photos d’exploitations du film.
Sur le disque proprement dit, en plus des bandes annonces des films de la collection, déjà dispos et certains à venir, on peut visionner une présentation du film enregistrée par Clément Rauger (Les Cahiers du cinéma), qui explore les débuts du cinéaste Chusei Sone, tout d’abord assistant et scénariste au sein de la Nikkatsu, puis son éclosion au sein du roman porno. Ses premiers succès mais aussi bien entendu le présent Classe Rouge abordé avec un regard analytique très intéressant, en particulier lorsqu’il fait le lien avec des références nippones peu connues par chez nous.
Liste des bonus
Un livret de photos rares issues des coffres de la Nikkatsu (32 pages), « Les débuts de Chūsei Sone » par Clément Rauger (33’), Bandes-annonces de la collection Nikkatsu.






