AILLEURS, L’HERBE EST PLUS VERTE

The Grass is Greener – Royaume-Uni – 1960
Support : Bluray & DVD
Genre : Comédie
Réalisateur : Stanley Donen
Acteurs : Cary Grant, Deborah Kerr, Robert Mitchum, Jean Simmons, Moray Watson…
Musique : Noël Coward
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et Français DTS Master Audio 2.0
Sous-titres : Français
Durée : 104 minutes
Editeur : Rimini Editions
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
Lord et Lady Rhyall vivent dans un immense manoir anglais, qu’ils ouvrent aux touristes pour arrondir leurs fins de mois. L’un des visiteurs, le millionnaire américain Charles Delacro, tombe sous le charme de la maîtresse des lieux. Ayant compris la situation, et désireux de reconquérir son épouse, Lord Rhyall met sur pied un hilarant stratagème.
La femme, le mari et les amants
Friandise sophistiquée et osée, Ailleurs l’herbe est plus verte invoque un quatuor de stars américano-britanniques pour venir s’échauffer et discourir sur l’amour et la fidélité. Le charme est omniprésent et la mise en scène élégante et parfois très inspirée de Stanley Donen (Chantons sous la pluie) en fait un moment particulièrement savoureux.
Grand nom de la comédie hollywoodienne durant les années 50 et artisan définitivement attaché à l’un des plus grand film de l’histoire du cinéma, Chantons sous la pluie, plus ou moins co-réalisé avec le génial Gene Kelly, Stanley Donen se sera pourtant assez rapidement échappé du coté des côtes anglaises, plus libres et ironiquement moins engoncées, quitte à peu à peu s’écarter de ses amusants divertissements solaires et uniquement joyeux pour aborder des sujets plus complexes, plus sombres, voire parfois franchement inattendus comme le film SF Saturn 3. Mais bien avant cela, il y avait Ailleurs l’herbe est plus verte, adaptation de la pièce à succès de Hugh Williams et Margaret Vyner (également à l’adaptation) pour laquelle il marqua très tôt, avec son camarade Cary Grant, un vif intérêt. Une nouvelle histoire de marivaudage ou madame s’éprend pour un bel américain et se lance dans une aventure passionnée pendant que monsieur, reflet d’une noblesse en perte de rang, ronge son frein à la maison avant que toute l’affaire ne se règle, heureusement, dans une soirée en forme de face-à-face et de retour à l’ordre. Tous les codes de la comédie du remariage sont là, mais nous sommes en 1960, les choses ont changé et la parole à commencée à se libérer, permettant de prendre véritablement le sujet à bras le corps.
Tromperie à l’anglaise
Plus de doute désormais sur les occupations des deux amants lors de leur cinq jours passés à Londres puisque Stanley Donen montre leur absence des lieux habituels (restaurants, balade en barque, soirées dansantes…) pour mieux enchainer avec une porte de chambre qui se referme. Plus de doute non plus sur l’acceptation d’un époux, qui sait qu’il vaut mieux parfois offrir un peu de liberté pour être sûre que sa femme se rappelle à leurs amours. Cary Grant est absolument formidable en cocu compréhensif (mais pas tant que ça), constamment asticoté par une délurée Jean Simmons (Hamlet, Spartacus…) en ex qui aime ajouter au chaos ambiant, tandis que les impériaux Deborah Kerr (sublime d’incertitude) et Robert Mitchum, amants passagers et philosophes, affirment leur alchimie quelques mois seulement après le film d’aventure Les Horizons sans frontières. Les joutes verbales, entre profondes réflexions sur l’équilibre et la persistance du couple, et multiplications de non-dits, de doubles sens et d’ironies mordantes sont absolument réjouissantes et constamment évoquées avec distinction par nos interprètes. Même lorsque Cary Grant revient à ses amours du slapstick lors d’un jonglage avec sa partenaire entre verre d’alcool et chaussures à talon, le film reste dans les frontières de la comédie de mœurs maline plutôt que dans le boulevard. Et si effectivement Ailleurs l’herbe est plus verte ne peut échapper à quelques pièges du théâtre filmé, l’apport cinématographique reste indéniable ne serait-ce que grâce à une direction artistique digne du grand Hollywood avec sa photographie éclatante signée Christopher Challis (Les Contes d’Hoffmann, Les Chausson rouges…) ou l’utilisation habile du décor d’une vaste demeure anglaise transformée en musée de l’ancienne aristocratie visité par les touristes américains.
Stanley Donen était un grand directeur d’acteur, un très bon metteur en scène de l’espace, mais on le redécouvre ici, à quelques occasions, formaliste amusé et percutant. Ne serait-ce que pour ce splitscreen superbe et hilarant ou les deux « couples » illustrent leur symétrie lors d’une conversation téléphonique. Un régal.
Image
La copie du film a manifestement profité d’une restauration plutôt solide permettant de redécouvrir des cadres particulièrement propres et stables, où seuls quelques bordes de cadres peuvent laisser apparaitre de toutes petites détériorations. La performance est appuyé par une définition d’excellente qualité. L’image est toujours précise, creusant admirablement ses décors intérieurs ou extérieurs, et si effectivement on n’atteint pas le niveau d’une prestation 4K, les détails sont bien présents et le grain de pellicule, discret et délicat, persiste à l’écran. Surtout, le Technicolor est magnifique, redonnant une belle présence aux teintes et aux contrastes, assurant toute l’élégance attendue.
Son
Les monos d’origine sont proposés ici dans des DTS HD Master Audio 2.0 qui disposent très agréablement un son assez clair et équilibré, avec bien entendu un accent général plus porté sur les dialogues que sur de quelconques ambiances sonores. Le doublage français, solide, aplatit comme souvent les arrière-plans mais reste très plaisant tout du long, là où la version originale plus savoureuse et énergique, est marquée par quelques passages postsynchronisés qui ressortent par un léger effet d’échos.
Interactivité
Rimini dispose les disques Bluray et DVD dans un boitier scanavo double, accompagné par un joli fourreau cartonné. Du coté des suppléments, on peut profiter d’un long portrait de l’actrice Deborah Kerr revenant sur l’évolution de sa carrière, ses grands films anglais ou américains, et ses alternances des genres avec bien entendu un petit accent mis sur ses quelques comédies et Ailleurs l’Herbe est plus verte en particulier. Abordant un angle plus général, l’intervention de Florent Fourcard offre une présentation très complète du métrage en revenant sur la pièce d’origine, la petite valse des acteurs envisagés, les talents qui accompagnent la production (dont Maurice Binder au générique), les grandes qualités du film mais aussi et surtout la place particulière qu’il tient dans la filmographie de Stanley Donen. Deux vidéos tout à fait intéressantes et plaisantes à suivre.
Liste des bonus
Entretien avec Florent Fourcard, spécialiste de l’Histoire au cinéma (28’), « Deborah Kerr, une vie multiple » par Olivier Mudry, auteur de « Mythologies de Deborah Kerr » chez Marest Éditeur (23’).






