A SHORT LOVE AFFAIR & FANTASMES

우묵배미의 사랑 , 거짓말 – Corée du Sud – 1990, 1999
Support : Bluray
Genre : Drame, érotique
Réalisateur : Jang Sun-woo
Acteurs : Lee Dae-kun, Park Joong-hoon, Seo Kap-sook, …
Musique : Lee Jong-gu, Dalparan
Image : 1.85 16/9
Son : Coréen DTS Master Audio 1.0 (A Short Love Affair), Coréen DTS HD Master Audio 5.1 et 2.0, Français DTS HD Master Audio 2.0 (Fantasmes)
Sous-titres : Français
Durée : 117 et 112 minutes
Editeur : Carlotta Films
Date de sortie : 1er juillet 2025
LE PITCH
Il-do, modeste tailleur, a quitté sa campagne pour travailler comme contremaître dans une usine de confection dans la banlieue de Séoul. Il a fait la rencontre d’une femme, pauvre comme lui, prostituée occasionnelle. Lorsqu’elle est tombée enceinte, ils ont décidé de vivre ensemble. Mais Il-do est ennuyé : il a engagé une relation avec Gong-rye, une ouvrière de l’usine…
Y est une lycéenne de dix-huit ans, qui s’est promis de perdre sa virginité avant la fin de ses études. Sa meilleure amie, Woori, a le béguin pour J, un respectable sculpteur de trente-huit ans, marié à G. Une forte attirance naît entre Y et J et dès leur première rencontre.
Deux hommes et deux femmes
Si Jang Sun-woo n’est pas le cinéaste coréen le plus reconnu en occident, il fut cependant un modèle parmi la « nouvelle vague » locale, s’efforçant de repousser les limites de la censure et d’aborder des sujets de mélodrames avec un réalisme inédit. Séparé de seulement 9 ans, A Short Love Affair et Fantasmes témoignent directement de l’intensité de son cinéma et des bouleversements que connu le pays.
Etudiant en anthropologie et farouche militant politique contre la dictature qui occupait la Corée du Sud durant les années 70 et le trop lent retour à une véritable démocratie, Jang Sun-woo entra dans le monde du cinéma avec la volonté d’enfoncer les portes et surtout de s’attaquer directement aux carcans de la censure. Son troisième long métrage, A Short Love Affair n’en a aujourd’hui pas forcément l’air, mais son illustration franche de la passion amoureuse entre un homme et une femme tous les deux adultères fit forcément scandale en 1990. Les étreintes, encore très chastes, mais sans mystères sur les relations sexuelles pratiquées par le couple, ne fit pas grand plaisir non plus. Nous ne sommes cependant pas ici dans la démonstration, mais bien dans le prolongement d’une volonté de revenir à un cinéma du réel, plus proche de la véritable existence des coréens de classe moyenne, voir pauvres, ici encore coincés dans un milieux rural voué à s’éteindre, à être dévorer par la grande ville. Même si la caméra reste assez posée, parfois à distance même, A Short Love Affair n’est jamais très loin de la tentation du documentaire, prenant le temps de décrire le laborieux travail de couturier dans une petite usine du coin, d’observer les paysages assez froids, les lieux de vie de chacun, mais aussi le fonctionnement même de cette société, de ce quasi-microcosme. Pas vraiment le temps pour que le romantisme puisse éclore, et surtout peu d’échappatoire pour qu’il puisse survivre à la chape morale omniprésente (le rôle des parents, le regard des autres…) en particulier envers Gong-rye, battue par son époux et qui finalement ne sera pas forcément moins utilisée, puis délaissée, dans cette nouvelle relation.
L’amour à coup de verge
Un constat auquel fait directement écho quelques dizaines plus tard Lies / Fantasmes, son œuvre la plus connue, où d’accessoire la sexualité est devenu l’argument numéro 1. Adaptation d’un roman déjà sulfureux de Jung-Il Chang, cette nouvelle histoire d’une relation taboue laisse désormais place à une jeune femme de 18 ans avec un homme plus vieux de presque vingt ans et sculpteur renommé. Une rencontre organisée par téléphone, puis qui se transforme immédiatement en passion charnelle et en quête d’une exploration totale de l’un et de l’autre. Très inspiré par L’Empire des sens de Nagisa Oshima (un dialogue y fait directement référence), Jang Sun-woo expose les corps et les actes avec crudité, régulièrement aux lisières du cinéma porno, mais le fait surtout avec une absence de vulgarité étonnante. Dans cette frontalité, il réussit à reconstruire brillamment la connivence qui ne peut exister qu’entre deux êtres qui s’aiment profondément, se disant tout, même les choses les plus crues, osant tout, acceptant tout, pour faire plaisir à l’autre et pour se faire plaisir à soi. Mais ici tout d’abords initiée par J c’est bel et bien Y qui va peu à peu prendre l’ascendant en comprenant et en appuyant les fantasmes masochistes de son amant. Si l’image de son absence finale renvoie directement à celle de A Short Love Affair, c’est aussi elle qui cette fois-ci a provoqué leur relation et qui y a mis consciemment fin.
Film troublant, souvent touchant, conscient de la vacuité qui peut l’habiter parfois, Fantasmes est aussi une proposition qui mélange fiction et coupures à la mode documentaire, avec des séquences en vidéos DV dans lesquels les acteurs ou les personnages (on ne sait jamais vraiment) discutent régulièrement face caméra de l’évolution de leur relation ou de la difficulté d’être entièrement nu devant la caméra. Quelques petites touches à la Godard viennent ainsi nourrir un film qui montre tout, ou presque, mais ne se laisse pas si facilement déflorer que ça.
Image
Tous deux restaurés à partir de scan 4K des négatifs 35mm, les films proposent chacun à leurs manières d’excellente copie. A Short Love Affair est le plus classique dans sa restitution d’une photographie automnale, fortement contrastée, mais aussi son rendu des argentiques et des matières aux reliefs généreux. Les cadres sont parfaitement propres, fermes et stables.
Le cas Fantasmes est plus compliqué puisqu’il alterne des séquences classiques, mais souvent capturées avec une image mouvementée, caméra épaule, et volontairement brute, des effets de montages presque stroboscopique et des interviews vidéo bruitées et pixélisées. Pourtant l’ensemble est excessivement fidèle à l’esprit du film et là encore la définition souligne constamment un piqué pointu et un léger grain de pellicule plaisamment organique.
Son
Le premier film est proposé sobrement avec sa piste originale en DTS HD Master Audio 2.0 tout à fait claire, équilibrée et frontale. Rien à reprocher ici, ni à son équivalent pour Fantasmes. On préfèrera cependant pour celui-ci le mixage DTS HD Master Audio 5.1 plus dynamique, en particulier dans son utilisation de la bande originale techno. Le film est aussi disponible en version française doublée (excepté un très court segment en vost), même si comme souvent pour les films asiatiques, le résultat n’est pas des plus convaincants.
Interactivité
On aurait aimé pouvoir entendre le réalisateur Jang-Sun-woo parler de son cinéma, de ses choix, des années qui séparent ces deux opus, il reste malheureusement absent ici. Comme seuls suppléments on trouvera donc deux présentations signées par Antoine Coppola, spécialiste du cinéma coréen, qui revient sur l’œuvre du réalisateur dans un pays longtemps marqué par la dictature et la censure, sa recherche de vérité, voir sa quête d’un au-delà de l’image et bien entendu de sa propension à choquer ses contemporains et repousser les limites du montrable et de l’exprimable au sein du cinéma coréen.
Liste des bonus
A Short Love Affair : « Jang Sun-woo ou les tribulations d’un cinéaste à la sortie de la dictature militaire » par Antoine Coppola, professeur de cinéma à SungKyungwan University, Séoul, Corée (15’).
Fantasmes : « Lies : De la déconstruction à l’illumination » par Antoine Coppola, professeur de cinéma à SungKyungwan University, Séoul, Corée (14’), Bande-annonce de la restauration (1’).







