A REAL PAIN

Etats-Unis – 2024
Support : Bluray
Genre : Drame
Réalisateur : Jesse Eisenberg
Acteurs : Jesse Eisenberg, Kieran Culkin, Will Sharpe, Banner Eisenberg, Daniel Oreskes…
Musique : Mikal Dymek
Durée : 89 minutes
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 Anglais, Dolby Digital 5.1 Français, Allemand et Italien.
Sous-titres : Français, Néerlandais, Allemand, Italien…
Editeur : 20th Century Studios
Date de sortie : 2 juillet 2025
LE PITCH
Deux cousins aux caractères diamétralement opposés – David et Benji – se retrouvent à l’occasion d’un voyage en Pologne afin d’honorer la mémoire de leur grand-mère bien-aimée. Leur odyssée va prendre une tournure inattendue lorsque les vieilles tensions de ce duo improbable vont refaire surface avec, en toile de fond, l’histoire de leur famille…
Aux sources du moi
Qu’il est bon de se laisser cueillir par un film. Partir sans idée préconçue, être happé, pris à contre-pied et se dire qu’un auteur est peut-être en train de naître devant nos yeux. Non pas, par un film transcendant, mais par une histoire qui fait sens, qui pose des questions, interroge et touche l’âme même de son auteur.
A Real Pain est le deuxième film réalisé par Jesse Eisenberg. L’acteur, avait tendance à s’enfermer dans des rôles froids et détachés de la réalité, image qui a tendance à lui coller à la peau depuis son interprétation de Mark Zuckerberg dans le Social Network de David Fincher, preuve s’il en faut de la qualité de sa prestation. Alternant grosse machinerie hollywoodienne et productions indépendantes, l’acteur se dévoile aussi sur les planches du théâtre. Son film est le prolongement d’une pièce qu’il a lui-même écrit et interprété avec Vanessa Redgrave en 2013, The Revisionist. Pièce qui lui tient singulièrement à cœur chose particulièrement compréhensible lorsque l’on remonte aux sources de son inspiration. Eisenberg profite de la fin d’un tournage en Bulgarie pour faire une sorte de pèlerinage organisé en Pologne où ses aïeux ont grandi avant de fuir le nazisme. Le but ultime de ce parcours est d’aller voir la maison de la grand-mère bien-aimée, icône familiale qu’il visitait chaque semaine. On ne revient pas indemne d’un voyage porté sur l’introspection, au risque de faire prétentieux, il le met en image pour partager sa thérapie, le produisant sur place avec la Polish film institute.
Dans la tourmente
Jesse Eisenberg, évite tous les pièges inhérents à ce genre de projet casse-gueule. Ceux qui l’accuseraient de nombriliste vont devoir faire face à un film bien plus universel qu’il n’y paraît. Son titre parle de lui-même, A Real Pain, la souffrance que l’on n’ose pas partager ni même avouer, celle qui est intérieure, celle qui ronge, qui se cache dans les non-dits.
Malgré tout cela, le réalisateur ne tombe jamais dans le larmoyant, au contraire, il compense son sujet par un humour exutoire ; sa charge émotionnelle, elle, par le passif des lieux. Élément essentiel de la narration, la Pologne imaginée camoufle ses racines judaïques dans une urbanisation impersonnelle, les HLM ont remplacé les ghettos et seuls quelques monuments commémoratifs rappellent l’importance des lieux. Jesse Eisenberg, contrairement à sa pièce se met en retrait. Kieran Culkin le remplace en trublion que l’on sent extraverti pour mieux cacher ses fissures internes. Il semble être le Taylor Durdon du personnage interprété par Eisenberg, son double extraverti mais non moins mal dans sa peau. Son jeu est d’un naturel sidérant, il fait corps avec la vision de son metteur en scène qui le laisse improviser sur ses dialogues qu’il a tant peaufinés (avant d’admettre que son interprétation va au-delà de ce qu’il a écrit). Ce duo d’acteurs est le Yin et le Yang, l’un est intériorisée et se réfugie dans son travail de publiciste capitaliste lorsque son double mise sur l’exubérance de sa vie de bohème. Deux versants de l’individu se nourrissant des mêmes racines matricielles. Le réalisateur va plus loin dans l’exploration des racines, a représentation de leur parcours est emplie de cynisme ; comment faire coexister le travail de mémoire lorsque l’on dîne et dort dans des hôtels de luxe entre deux visites sur la Shoah. Un regard acerbe sur la réalité de ce monde et toute l’hypocrisie qui en découle. Le film s’impose en réflexion humaniste. Il ne nous impose rien, mais nous laisse en compagnie de son protagoniste qui essaie de se connecter par lui-même au monde qu’il ne comprend pas. Il le laisse seul dans un aéroport où il décide d’attendre pour vivre aux grès des rencontres hypothétiques, il nous regarde seul, face caméra, tous les autres passagers attendent aussi, mais la tête courbée vers leurs faux-amis numériques, incapable de se connecter les uns aux autres.
Jesse Eisenberg nous surprend, les problèmes évoqués dans son film ne se règlent pas mais se disent. C’est un premier pas vers la guérison.Son film pourrait être à la croisée de deux acteurs qui se sont épanouis dans la mise en scène, Woody Allen (avec qui il a tourné To Rome with love et Cafe Society) pour son sens de l’humour si new-yorkais empli de cynisme et John Cassavetes pour sa captation de l’âme humaine. Une personne à suivre donc, car du meilleur peut encore venir.
Image
Le film a beau être intimiste, il n’en est pas moins concis. Les détails fourmillent dans les décors, les bâtiments. Les rues polonaises s’offrent un beau piqué tout comme ces plans en nature qui éclatent de couleurs, en contraste aux camps que les personnages vont visiter.
Son
Là aussi, une belle sobriété. Les dialogues mitraillettes s’opposent aux silences lourds de sens où les enceintes laissent parler la nature. Subtil, discret, mais nécessaire.
Interactivité
Jesse Eisenberg revient en une vingtaine de minutes sur l’essence même de son film. Il ne cache rien, de l’inspiration familiale et de son pèlerinage en Pologne. Il ne peut forcément pas passer sous silence sa collaboration avec Kieran Culkin et avoue ne pas avoir voulu changer les lignes de son script jusqu’à constater que ses impros étaient bien meilleures. Un retour extrêmement dense et aussi sincère que le film.
Liste des bonus
Un beau destin : Réaliser A Real Pain (19’).







