GRAFTED

Nouvelle Zélande – 2024
Genre : Horreur
Réalisateur : Sasha Rainbow
Acteurs : Joyena Sun, Jess Hong, Eden Hart, Jared Turner, Xio Hu…
Musique : Lachlan Anderson
Durée : 96 minutes
Distributeur : Les Films du Camelia
Date de sortie : 5 novembre 2025
LE PITCH
Wei, une brillante étudiante chinoise au visage marqué par une malformation, part étudier dans une prestigieuse université en Nouvelle-Zélande. Marginalisée par ses camarades, elle poursuit les recherches de son père, un scientifique décédé, pour créer un sérum de beauté et devenir ainsi populaire.
Dans leur peau
Moins favorisé que The Substance de Coralie Fargeat, Grafted est lui aussi un pur délire Body Horror sur fond d’exploration de la condition féminine. Un premier long métrage signé par la jeune réalisatrice Néozélandaise Sasha Rainbow (Kamali), qui détourne la comédie teen en tragédie gore.
Décrivant l’arrivée dans un établissement scolaire « à l’américaine » d’une jeune immigrée chinoise particulièrement brillante, Grafted reprend à son compte la plupart des codes de la comédie pétillante et acidulée du « coming of age » crétin où dans un cadre caricatural à l’extrême, l’héroïne dénigrée par tous va finalement révéler son éclatante supériorité… en enlevant ses lunettes. Photo vive et colorée, groupe de jeunes adolescentes à la mode plus superficielles et méchantes qu’autre chose…. Tout est là, et Wei rêve de leur ressembler, étudiant leurs attitudes, et de s’y faire accepter, elle qui souffre à la fois de ses origines ethniques (trop chinoise et donc forcément forte en science), de ses origines sociales (vêtements, attitude…) et d’une différence physique (une tache sur le visage) qui la complexe maladivement et à laquelle tous les regards la renvoient sans cesse. Dans ce monde presque exclusivement féminin, l’héroïne ne trouve sa place que lorsqu’elle se noie dans les recherches expérimentales de son père qui espérait trouver une solution miracle à la greffe de peau…. Études qui intéressent forcément son directeur de labo (qui se tape l’une de ses élèves bimbo tant qu’à faire) qui entend bien s’en accaparer les réussites possibles. Tout cela ne peut bien entendu que très mal finir, mais malgré quelque échecs le procédé miracle finit par fonctionner à merveille… Bien pratique lorsque Wei tue par inadvertance son insupportable cousine et se voit obligé de prendre temporairement sa place.
Protocole expérimental
Une façon comme une autre de devenir l’autre, voir les autres, en arrachant le visage de sa victime et en le mettant à la place du sien. L’identité part en vrille, les situations tout autant alors que Wei s’efforce de préserver l’héritage de son père, son secret et certainement aussi une part de sa santé mentale. Jamais très loin des petits effets clinquants de la comédie US des années 90/2000 comme Lolita Malgré moi avec son décor de quartier huppé, Grafted dévisse totalement dans la comédie très noire et gluante, transforme le son électro presque joyeux de Lachlan Anderson en nappes déviantes et malsaines et s’engouffre comme il se doit dans le massacre généralisé et des séquences de plus en plus viscérales. Si on préfère toujours les effets directs, nettement plus épidermiques et dérangeants, les quelques images de synthèses s’intègrent plutôt bien à la nature morte et participent même à l’incongruité générale comme cette suspension de crédibilité due à une doppelganger qui se contente de changer de visage pour faire illusion auprès des autres. Le film ne cherche certainement pas le réalisme, mais plutôt l’atmosphère d’un conte pour adulte, portrait d’une pauvre jeune femme, ardemment interprétée par la débutante Joyena Sun, qui ne peut que se perdre à courir après ce qu’elle n’est pas et une identité que le monde lui impose.
Le refrain est connu, mais ce petit film parfois bien dégueu, reste une bonne surprise et sans doute la première proposition d’une réalisatrice à suivre.






