ÉVANOUIS

Weapons – Etats-Unis – 2025
Genre : Fantastique
Réalisateur : Zach Cregger
Acteurs : Julia Garner, Josh Brolin, Alden Ehrenreich, Benedict Wong, Austin Abrams…
Musique : Ryan Holladay, Hays Holladay & Zach Cregger
Durée : 128 minutes
Distribution : Warner Bros Pictures
Date de sortie : 06 août 2025
LE PITCH
A 2h17 du matin, à Maybrook, dans l’état de Pennsylvanie, dix-sept enfants de la même classe de primaire quittent leur domicile en état de transe et disparaissent dans la nuit sans laisser la moindre trace. Une jeune institutrice, Justine Gandy, est immédiatement soupçonnée puis innocentée. Mais personne, ni la police, ni les parents des disparus, ne peut se douter de l’horrible vérité, …
L’Affaire du siècle
Après avoir surpris son monde avec le formidable Barbarian en 2022, Zach Cregger récidive dans le mystère et l’épouvante avec le tout aussi insaisissable Évanouis, carton surprise de l’été où se conjuguent les influences parfaitement digérées d’Alfred Hitchcock et de Stephen King, le tout infusé d’humour (très) noir et d’un sous-texte politique corrosif à souhait.
(ATTENTION SPOILERS ! LA CRITIQUE QUI SUIT REVELE DES POINTS CLES DE L’INTRIGUE DU FILM)
Interrogé par Phillipe Guedj pour le journal Le Point lors de la promotion du film au début du mois d’août, le réalisateur et scénariste Zach Cregger affirmait avec force le caractère très personnel – intime, même – de l’histoire d’Évanouis. « Ce n’est pas du tout un film politique. C’est vraiment juste … à propos de moi. C’est plus une entrée dans mon journal intime qu’autre chose. » Et pourtant. À l’instar d’un certain Stephen King, Cregger possède ce talent rare, cet instinct, qui lui permet de mettre le doigt sur le pouls de l’Amérique et d’en livrer un instantané qui en dit long sur l’état de santé de la nation de l’Oncle Sam. Et celui-ci, bien évidemment, n’est pas franchement rassurant. Déjà, Barbarian s’interrogeait sur certaines de ces questions de société qui rongent l’humeur des États-Unis et la divisent perpétuellement : le multiculturalisme, la gentrification, le repli sur soi et la vague #MeToo (via ce personnage aussi hilarant que détestable incarné par l’excellent Justin Long – lequel se fend ici d’un joli caméo). Il en va de même pour Évanouis qui, en révélant la nature et l’identité du véritable antagoniste de cette histoire d’enfants disparus, éclaire son intrigue sous un angle on ne peut plus d’actualité. Alors que l’on aurait pu croire à un renvoi à peine masqué aux tueries en milieu scolaire qui défraient la chronique à intervalles réguliers et relancent inlassablement le débat sur les armes à feu (le titre original – Weapons, armes en français – semblait alors faire sens), Zach Cregger voit plus large et plus loin, s’inspirant à la fois de Pique-Nique à Hanging Rock de Peter Weir mais aussi du conte du « Joueur de flûte de Hamelin » des frères Grimm sur lequel s’appuyait – tiens tiens ! – la mini-série La Tempête du Siècle écrite par … Stephen King.
Résolu quasiment à mi-parcours, le mystère des 17 écoliers perdus de Maybrook implique les sombres desseins d’une sorcière avide de pouvoirs et de jeunesse (Amy Madigan) dont le look outrancier et vulgaire ainsi que la bêtise crasse en font une sorte de Donald Trump au féminin croisée avec la marâtre de Brazil. Et que fait cette sorcière ? Elle hypnotise, s’introduit dans les foyers peu méfiants, transforme ses victimes en zombies catatoniques ou en armes de chair et de sang, elle divise, elle ment, elle se nourrit de la jeunesse et de l’innocence. La satire est tapie derrière la fable et sa résolution, d’une violence inouïe, agit comme une catharsis au goût très amer. Pour une production estivale de studio dans un contexte tendu, on ne peut qu’admirer l’audace.
Le coup de maître
Comédien et humoriste de formation, membre fondateur de la troupe de zozos « The Whitest Kids U’ Know », Zach Cregger imprime sa marque via un humour aussi déstabilisant que réjouissant, insistant sur les failles de ses personnages et le décalage avec lequel ceux-ci abordent des situations qui les dépassent. De ce point de vue, sa démarche évoque autant le regretté David Lynch que Jordan Peele, autre humoriste récemment reconverti dans l’horreur grand public à fortes connotations sociétales et politiques.
Influences toujours, Cregger revisite avec un sens du cadre et du découpage très assuré les dispositifs de mise en scène largement popularisé dans le fantastique et le suspense par Alfred Hitchcock, John Carpenter (ce scope!), Steven Spielberg et M. Night Shyamalan. Avec un recours parcimonieux aux jump scares, misant davantage sur l’atmosphère, l’échelle des plans, la profondeur du cadre et le hors-champ, le cinéaste de 44 ans livre avec une évidence de vieux briscard un long-métrage élégant, porté par sa photographie et un score joliment angoissant. Quant à la narration, malgré des airs à la Rashomon et un découpage en chapitres portant le nom de chacun des protagonistes, elle utilise à bon escient une mécanique similaire au Magnolia de PT. Anderson et au Memento de Nolan, soulignant habilement (quoique aussi, pour le coup, de façon très scolaire) le caractère pour le moins parcellaire de la Vérité, avec un grand V, handicap très largement exploité par la sorcière Gladys pour mener à bien ses méfaits en toute impunité. Contraint de recaster presque entièrement son film en raison des grèves de 2023 à Hollywood, Zach Cregger offre des rôles en or à Julia Garner, Josh Brolin, Alden Ehrenreich et Benedict Wong, lesquels nous prouvent ici qu’ils ont plus à offrir au public que des prestations contractuelles en série dans les franchises Marvel et Star Wars.
Unique reproche, le rythme et la longueur. Avec une durée de presque deux heures et quart, Évanouis sacrifie une part de son efficacité en développant certains de ses personnages au détriment de la fluidité de l’ensemble, notamment lorsqu’il s’attarde plus de raisons sur les loosers incarnés par Alden Ehrenreich (la sous-intrigue avec sa fiancée n’apporte pas grand-chose) et Austin Abrams (on aurait pu se passer de ses magouilles). Un « défaut » qui n’en est pas vraiment un, Évanouis ayant fait le choix de l’émotion avant celui de la trouille.







