VENDETTA

France – 2025
Genre : Policier
Dessinateur : Bartolomé Segui
Scénariste : Fabrice Colin
Nombre de pages : 136
Éditeur : Philéas
Date de sortie : 25 septembre 2025
LE PITCH
2006, La Nouvelle-Orléans. Ernesto Perez se livre aux autorités après le kidnapping de Catherine, fille du gouverneur de Louisiane. Il veut s’entretenir avec Ray Hartmann, fonctionnaire à Washington dans une unité chargée de la lutte contre le crime organisé. À cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve. C’est le début d’une longue confrontation entre les deux hommes…
Profession tueur
Après Seul le silence, les éditions Philéas, spécialiste des adaptations de romans en BD, poursuit son exploration de l’œuvre de R.J. Ellory avec son second livre traduit en France : Vendetta. Une plongée vertigineuse dans la petite histoire de la mafia US, toujours retranscrite avec justesse par Fabrice Colin.
Prolongement dans la forme juste de Seul le silence, Vendetta se construit lui aussi autour de la parole de son protagoniste principal : Ernesto Perez. Si lui aussi sa vie a été brisée dès l’enfance, il s’est cependant rapidement engouffré dans la voie de la violence. Un talent, mais aussi comme le montre quelques planches, une vraie pathologie, qui va lui permettre de prendre rapidement son indépendance dans les rues du Cuba (où il a fui avec son père). De larcins en petits meurtres, c’est finalement le grand gangstérisme qui va lui ouvrir les bras et faire de lui l’un de ses assassins les plus efficaces et sollicités. Un homme séduisant mais discret, impitoyable et malin, qui va assister tout au long des années aux multiples affrontements entre familles, aux associations puis confrontations avec la concurrence irlandaise, aux évolutions de l’Amérique et d’une mafia de mieux en mieux installée dans le paysage politique. Cinquante ans plus ou moins de la grande Histoire observée, pas toujours avec beaucoup d’intérêt, par un assassin trouble, inquiétant, mais aussi bon père de famille et dont une ultime tragédie fera le lien avec la première, fondatrice. Vendetta s’est aussi un long flashback, raconté par ce dernier à un policier New-yorkais et des agents du FBI qui tentent de découvrir où serait cachée la fille du Gouverneur de Louisiane. Comme dans les milles-et-une-nuits, le récit est forcément romancé et dirigé par son narrateur alors que se tisse en arrière-plan une vengeance bien froide… où alors un don chaleureux d’un père à son fils.
La vengeance attendra
Le roman est imposant, flamboyant, et se perd volontiers dans les années qui passent, les glissements sociologiques, les amitiés naissantes qui s’achèvent régulièrement d’une balle logée dans la tête et a forcément plus de facilité à faire oublier, intelligemment, le véritable enjeu de son texte. Co-créateur de La Brigade chimérique et auteur de Chicagoland ou Freak Parade, Fabrice Colin recapture à merveille le rythme et la tonalité mélancolique et froide du roman initial, réussissant à brasser comme avec Seul le silence, une dramaturgie étendue qui prend volontairement son temps pour en scruter l’impact sur le protagoniste et ses proches. Reprenant régulièrement des morceaux du roman, adaptant avec naturel certains dialogues, il signe ici encore une adaptation fidèle et très efficace où seule la partie plus contemporaine manque d’espace et d’un peu de consistance. Pas de quoi empêcher le lecteur de se laisser emporter dans ce feuilleton hanté par la mort et la fatalité, clairement plus proche de récits troubles de James Ellroy et des chroniques romanesques de Martin Scorsese que du tableau opératique façon Le Parrain.
La référence cinématographique à Mean Streets et Les Affranchis est d’ailleurs parfaitement intégrée par l’illustrateur espagnol Bartolomé Segui (Pepe Carvalho, Boomers…) qui certes est moins délicat et fouillé que pouvait l’être l’excellent Richard Guérineau sur Seul le silence mais qui restitue avec fermeté l’atmosphère étouffante du milieu, sa dangerosité constante tout en évoquant avec précision chaque époque. On retiendra sans doute aussi ses quelques planches qui s’échappent du réalisme historique pour venir caresser des accents plus effrayants, parenthèses quasi-horrifiques reflétant la violence maladive et destructrice du personnage, soulignant toute son ambiguïté : intriguant, presque sympathique par moment mais définitivement inquiétant.




