TUNNELS

France – 2026
Genre : Fantastique
Dessinateur : Michaël Sanlaville
Scénariste : Michaël Sanlaville
Nombre de pages : 168 pages
Éditeur : Glénat
Date de sortie : 7 janvier 2026
LE PITCH
Les vacances ! Enfin ! Mais avant ça, il reste à surmonter la route et ses kilomètres de bitume. À bord du break Volvo, la famille tue le temps et les parents occupent leurs trois filles comme ils le peuvent. On plaisante, on joue, les paysages défilent et se transforment. Les tunnels s’enchaînent et l’équipage roule désormais le long d’un lac vert turquoise entouré de falaises abruptes. Une ambiance étrange règne sur cette route. Subitement, un bolide noir les dépasse à une vitesse phénoménale dans un vacarme assourdissant…
Asphalte
Cocréateur de la saga Last Man, du shonen sportif Banana Sioule et de la reprise humoristique de San Antonio, Michaël Sanlaville propose une nouvelle virée à fond les ballons. Une course effrénée sur le bitume chauffé à blanc des départs en vacances.
Tout commence très sobrement. Une famille de classe moyenne sur une aire d’autoroute finit sa collation en attente de repartir en direction de la mer, des parasols et des châteaux de sable. Quelques tensions intergénérationnelles, mais rien de bien extraordinaire et ce même si la plus grande a le nez dans sa console, la moyenne râle à la moindre occasion et que la petite dernière a encore fait dans sa couche. Michaël Sanlaville illustre à merveille cette atmosphère des débuts d’été, pas loin déjà de la canicule, de l’attente et de la promesse d’une détente qui ne sera que superficielle. Ses couleurs pimpantes et solaires, ses lignes toujours souples, fluides et arrondies jouent la carte de la chronique familiale universelle, avec juste ce qu’il faut d’une petite pointe de nostalgie. Mais au bout des tunnels, l’album cache une autre histoire, une plongée progressive dans le cauchemar motorisé presque conçu comme un épisode moderne de La Quatrième dimension. Sans explication ou autre logique que celle connue par l’auteur, les passagers de la bonne vieille Volvo de papa vont devenir la cible de véhicules noirs qui envahissent une route qui ne semble jamais finir. En bord de falaise, ils deviennent des proies ou les passagers involontaires d’une course mortelle et sans retour.
Road Warriors
Tunnels se transforme alors en survival mécanique quelque-part entre le Duel de Spielberg et les apocalyptiques Mad Max de George Miller, mais avec toujours au cœur de l’histoire cette petite famille finalement si peu armée pour résister à un tel basculement et un tel déferlement de tôles froissées. Excellent narrateur, Sanlaville délivre un découpage particulièrement intense, vif et cinématographique plaçant le lecteur aux cotés des protagonistes, partageant constamment la même sensation d’urgence et les mêmes questionnements. Tunnels s’aborde comme une BD fantastique, déstabilisante mais diablement efficace mais qui ne va pas hésiter non plus à proposer un long épilogue assez osé. Quelques (rares) clefs sur les évènements décrits, un retour de l’émotion et du drame presque domestique, mais surtout un regard porté sur la séparation parfois difficile entre les parents et leurs enfants devenus grands, s’emparant de leur indépendance et de leurs propres rêves. L’auteur amène son récit vers la douce allégorie, pas si loin là encore des petites conclusions morales du show de l’illustre Rod Serling.
En tout cas, et ce malgré une poignée de références tout à fait assumées et visibles, Michaël Sanlaville livre un album étonnant aux virages à 180 degrés qui peuvent faire parfois penser à une sortie de route mais qui font cependant une bonne part de l’attrait que l’on peut avoir pour Tunnels. Ça et bien entendu ses planches toujours aussi séduisantes et modernes.



