REST IN PIECES

器官拼圖 – Taiwan – 2024
Genre : Horreur
Dessinateur : Karmarket
Scénariste : Karmarket
Nombre de pages : 288 pages
Éditeur : Les Humanoïdes Associés
Date de sortie : 7 janvier 2026
LE PITCH
Dans ces histoires courtes d’horreur, l’auteur taïwanais Karmarket utilise une imagerie grotesque associée au style narratif poétique et sombre pour raconter des histoires de relations humaines et de solitude obsédante. Chirurgie expérimentale, monde peuplé de fantômes, humanité décadente, paranoïa et hystérie collective, insectes invasifs, monstres…
Histoires de fantômes taïwanais
Présenté au format manga / roman, avec couverture en dur et gaufrée, Rest in Pieces est la première anthologie de Karmarket. C’est aussi pour le lecteur français une première rencontre avec un artiste qui est déjà une référence dans son pays d’origine : Taïwan.
Si les manhwas prennent peu à peu plus de place dans les linéaires des libraires, les BD chinoises restent définitivement une curiosité dans ce marché largement occupé par le manga japonais. Rien qu’à ce titre, la proposition des Humanoïdes Associés est plutôt aguichante. Mais elle l’est aussi par une approche graphique étonnante, maniant comme il se doit un noir et blanc très tranché, tout en contrastes et sculpté par des zones de noirs envahissantes et oppressantes, mais dont les lignes que l’on attendrait épurées ont tendance à être complétées par des reliefs construits autours de petits hachurages et de points plus ou moins resserrés. Une école qui remonte jusqu’aux débuts du maitre Moebius, ou d’américains underground comme Crumb, offrant à la fois un certain volume aux planches, mais aussi une tentation presque réaliste, cafardeuse qui va constamment trancher avec la réalité proposée par Karmarket. Celle d’un monde où tout peut basculer d’une seconde à l’autre, où la réalité peut s’effriter comme un rien et laisser place à un curieux univers de cauchemars et d’incertitudes. Au grès des onze histoires qui composent le recueil on peut ainsi suivre une jambe coupée qui s’embarque pour sa propre odyssée, une cosmonaute qui tente d’échapper à un monde de fantômes pour découvrir que ces derniers se font dévorer à leur tour par une force inconnue ou même un drôle de petit être qui traverse la ville à la recherche d’un incendie (métaphorique?) à éteindre.
Indicibles
De l’horreur grotesque à l’étrange en passant par le surréalisme comique, Karmarket donne corps à ses propres délires sans jamais se prendre vraiment la peine de leur donner une forme parfaitement accessible ou explicative quitte parfois effectivement à déstabiliser un lecteur venu là pour déguster un simple manga d’horreur. Il en est aussi effectivement parfois question en particulier dans le Appartement à louer où une jeune étudiante tente de s’évader d’un vieil immeuble devenu vivant ou dans L’Homme moustique, où les petites tâches qui apparaissent parfois devant les yeux se transforment en moustique et provoque la fin du monde… Impossible dans ces deux cas là de ne pas penser à la figure tutélaire du grand Junji Ito, jouant lui aussi avec un surnaturel incongru et une très inquiétante étrangeté toujours prête à s’échapper vers le grotesque le plus total. La plus grande réussite du volume reste cependant le central Le Roi du Lac Salé récit d’une fin du monde déjà avenue, de dieux des eaux gigantesques et dépérissant et d’un homme accompagnant un enfant à travers ce paysage décharné. Entre La Route et la monstruosité lovecraftienne, ce poème désespéré installe une poésie contemplative et un tableau écologique qui vise parfaitement juste.
Encore un peu inégal, autant dans l’impact de ses nouvelles que dans son style graphique, Karmarket n’en est pas moins une révélation de taille. Un artiste en formation dont on aimerait bien pouvoir lire prochainement une création plus longue. Peut-être encore chez les Humanos…




