PRINCESSE SAPHIR T.1

リボンの騎士 – Japon – 1953
Genre : Aventure, Fantastique
Dessinateur : Osamu Tezuka
Scénariste : Osamu Tezuka
Nombre de pages : 440 pages
Éditeur : Delcourt / Tonkam
Date de sortie : 19 novembre 2025
LE PITCH
A sa naissance, la princesse Saphir, victime d’un ange taquin, n’a de féminin que le corps… Éduquée comme un garçon, elle devra accomplir sa destinée : assurer la succession de la couronne. Mais saura-t-elle déjouer les pièges que lui tendront le duc Duralmine et son sbire afin de la démasquer et ainsi asseoir Plastic, le fils du duc, sur le trône ?
« Tu te fais passer pour un garçon… »
Troisième plus grands succès éditorial d’Osamu Tezuka après Astro Le Petit Robot et Le Roi Leo, Princesse Saphir est aussi considéré comme l’un des jalons de la naissance du genre Shojo. Un grand conte de fée naïf et endiablé qui revient après quelques années d’absence au sein de la grande collection prestige de Delcourt / Tonkam.
Princesse Saphir n’est pas tout à fait le premier shojo proprement dit (les revues pour jeunes filles existaient déjà depuis un moment), ni même pour Osamu Tezuka la première approche de ses thèmes « au féminin », mais c’est effectivement l’une des premières fois que ces codes et ces modes de représentations sont cristallisées avec autant de succès dans un seul et même titre. Princesse Saphir est donc une héroïne aux yeux pleins d’étoiles et de rêves qui cherche l’amour, naturellement, entre les bras d’un beau prince et pourquoi pas dans ceux d’un pirate plus téméraire. Mais elle cherche aussi sa propre identité sexuelle dans un monde très normé. Né princesse donc, mais avec un « cœur » de garçon suite à une erreur provoquée par jeune un ange au paradis, elle cache sa féminité sous les allures d’une princesse afin d’assurer son accession au trône. Une situation qui entraine forcément nombres de quiproquos, autant avec ses prétendants qu’avec un vilain baron tentant de placer son fils au pouvoir, mais qui évoque aussi, non sans une certaine dose de simplicité, le carcan des sociétés patriarcales qui réduisent la place des femmes à des choses fragiles, frivoles et certainement pas capables de combattre et de diriger un royaume. Un véritable modèle pour les figures d’héroïnes travesties à venir (on parlera de Lady Oscar ou d’Utena pour les générations suivantes), prenant les armes et des allures garçonnes pour se préserver du monde qui les entoure.
La rose et le glaive
Comme souvent, dès sa première publication, Tezuka provoque une véritable déflagration et un second souffle au manga pour jeunes lectrices, permettant à d’autres auteurs (et peu à peu des femmes) de s’emparer des mêmes tropes. Une date donc, mais aussi il faut bien l’avouer pas un des titres de l’auteur qui a le mieux vieilli. Par son évocation très limitée du sexisme (qu’il reproduit lui-même d’ailleurs par moment) tout autant que par sa construction très feuilletonesque passant du conte de fée aux récit d’aventure survolté, de drame romantique au fantastique humoristique sans jamais véritablement choisir sur quelle mélodie danser. Le mangaka multiplie les épisodes (l’héroïne transformée en cygne, devenant pirate à son tour, multipliant les allers-retours en prison…), les personnages (le traitre, le vilain gardien qui devient un allié, la sorcière et sa fille…) et les ruptures plutôt que de développer une trame et des personnages plus complexes, comme s’il choisissait de rester consciemment en surface pour un jeune lectorat. Il prend surtout beaucoup de plaisir à piocher dans les relectures des grands contes de fées façon Studio Disney (des éléments de Cendrillon et La Belle au bois dormant sont clairement reconnaissables), mais aussi du côté des swashbukler avec de nombreuses poursuites, cascades, duels à l’épée et une figure de flibustier qui doit tout au Capitaine Blood joué par Errol Flynn.
Si l’ensemble reste très léger, Princesse Saphir n’en reste pas moins un manga au rythme presque frénétique où il est bien difficile de trouver le temps de s’ennuyer. Et il faut avouer que cet univers de conte européen débridé, bourré de références dans tous les sens et de petits gags enfantins, sied parfaitement au style inimitable du Dieu du manga, toujours aussi précis dans son découpage et son trait. A réserver aux historiens du manga et aux jeunes lecteurs (et lectrices) qui y trouveront une premièredécouverte tout à fait divertissante.




