LE GARÇON ET LE DRAGON

ひとりぼっちがたまらなかったら – Japon – 2022
Genre : Fantastique
Dessinateur : Idonaka
Scénariste : Idonaka
Nombre de pages : 336
Éditeur : Doki Doki
Date de sortie : 3 décembre 2025
LE PITCH
Shitaro, un jeune collégien, se réveille un jour sur le banc d’un mystérieux sanctuaire. Il y fait la rencontre d’un dragon qui croyait retrouver là sa « fiancée », celle qu’il attendait depuis des siècles. Les deux êtres vont alors se lier d’amitié, oublier ensemble leur solitude et se questionner sur ce qu’est réellement l’amour. Puis Shitaro va se remémorer d’importants souvenirs qui les aideront tous deux à décider de leur avenir.
Une curieuse amitié
Un jeune garçon tombe dans un cour d’eau et rencontre un drôle de dragon qui attend depuis des lustres sa promise. Le début d’une amitié clairement pas comme les autres pour deux êtres fragilisés par l’existence et le premier manga professionnel pour Idonaka qui immédiatement impose une touche poétique sensible et originale.
Proposé dans un format légèrement plus grand que celui des mangas classiques et doté de la même façon d’une pagination un peu plus imposante, Le Garçon et le dragon est un récit complet qui avait été prépublié au Japon sur le prestigieux site Pie Comic Art, spécialiste justement des œuvres exigeantes ou qui échappent aux lieux communs. Les premières pages jouent cependant sur la fable fantastique quelque peu classique, très emprunte du folklore animiste nippon, tout en piochant quelques références visuelles du coté du Studio Ghibli. Le petit garçon perdu, désorienté voir amnésique, face à un dragon gigantesque mais plutôt maladroit et peu adapté à la vie extérieure, aurait pu donner naissance à une jolie et douce comédie sentimentale. Entre quelques moments de tendresse et la rencontre inopinée avec trois protecteurs lycéens du temple du dieux en cavale, Idonaka distille cependant peu à peu un ton beaucoup plus grave. La rencontre entre les deux protagonistes ne doit sans doute rien au hasard et résonne surtout comme une belle manière de réparer deux cœurs brisés. L’un par la solitude et une existence séculaire lourde à subir, l’autre par une enfance abimée par la violence et l’absence d’amour familial.
La vie est un long fleuve tranquille
Un véritable drame social et bien plus réaliste se dissimule derrière les petits moments de connivence, les yeux embués dignes d’un shojo et des rapprochements que certains pourraient trouver, pour le moins, curieux. Entre amitié au-delà des différences et amorce de relation amoureuse au-delà des considérations sexuelles, l’auteur ne tranche jamais vraiment et s’efforce surtout d’accompagner la beauté d’âme du garçon et du dragon avec autant de douceur et de fragilité possible. Un double portrait forcément touchant qui n’essaye surtout pas de tout résoudre, de tout expliquer, mais surtout d’aborder des sujets difficiles, lourds, toute en gardant des notes de légèreté, de poésie et de transmettre un sentiment d’espoir et de réparation. Le découpage, lui, retrouve parfois la liberté des anciennes estampes, s’amuse de petits effets presque SD et s’habille d’un rythme plus proche de l’anime quotidien. Difficile alors de ne pas se laisser emporter dans cette chronique douce, et rarement amère, qui peut même s’avérer bouleversante lors d’un flashback particulièrement douloureux. Malgré tout cela, le mangaka traite ce petit univers avec un trait fin et fluide, presque naïfs dans ses contours, mais toujours délicat et lyrique.
Comme un conte onirique qui manquerait de tourner au cauchemar par l’invasion d’une réalité bien trop lourde, mais qui échappe à la noirceur par un trop plein de bienveillance. Certains pourraient trouver cela sans doute mielleux, tout cela n’en reste pas moins assez émouvant.





