GEN AUX PIEDS NUS T.1 & 2

はだしのゲン – Japon – 1972
Genre : Drame, Historique
Dessinateur : Keiji Nakazawa
Scénariste : Keiji Nakazawa
Nombre de pages : 288 et 256 pages
Éditeur : Le Tripode
Date de sortie : 2 octobre 2025
LE PITCH
Hiroshima, avril – 6 août 1945 : sous le refrain quotidien des alertes aériennes, Gen et sa famille doivent faire face au manque de nourriture et à l’animosité que suscite le pacifisme de son père. Mais le jeune garçon et son petit frère Shinji ont plus d’un tour dans leur sac pour venir en aide à leurs proches, dégoter de quoi manger et égayer les journées. Pendant ce temps, de l’autre côté du Pacifique, le projet Manhattan progresse inexorablement dans la création de la bombe atomique…
L’Empire du soleil
Véritable monument du manga et œuvre importante dans le paysage de la bande dessinée internationale, Gen d’Hiroshima qui reprend ici son véritable titre, Gen aux pieds nus, entame enfin sa réédition chez Le Tripode. Nouvelle traduction, version intégrale, introduction de l’auteur mais aussi d’Art Spiegelman question de rappeler tout se que son Maus et cette autre œuvre pacifiste et humaniste ont en commun : une voix et une force historique.
Longtemps édité chez nous sous une forme très parcellaire, soit une sorte de compilation des deux premiers tomes, l’œuvre de Keiji Nakazawa est avant tout autobiographique. Prolongement de nouvelles courtes déjà consacrées à la question de l’arme nucléaire et de sa destruction du Japon, Gen aux pieds nus est donc l’évocation pour l’auteur de son enfance dans les rues d’Hiroshima, avant, pendant et après la fameuse frappe lancée par l’armée américaine. Même origines sociales, même construction familiale, même tragédie qui s’enchaine… Gen est la projection fictionnelle de Keiji Nakazawa, véritable transfert narratif d’un homme profondément traumatisé et marqué par tous ces évènements. L’œuvre d’une vie certainement et l’illustration d’une enfance confrontée à l’absurdité totale de la guerre, culminant forcément dans la déflagration de l’atome. Ce témoignage direct permet, au-delà de l’apport d’une certaine crédibilité (et ce malgré quelques faits ou informations parfois corrigés dans cette édition), de véritablement ressentir dans les yeux et dans les tripes, l’épopée d’un survivant parmi d’autres, d’un enfant japonais parmi d’autres, victime directe à la fois d’un régime impérial totalitaire poussant sa population, et en particulier sa jeunesse, au suicide collectif, et d’une arme apocalyptique qui n’aurait jamais dû voir le jour. Si les longs chapitres qui explorent la ville en ruine, scrute les charniers de victimes transformés en véritable monstres dignes d’un film d’horreur, sont certainement les plus marquantes et les plus connues de ce manga, elles cachent cependant souvent la grandeur d’un récit bien plus vaste et riche que cela.
La luciole survivante
Celui-ci débute en effet quelques mois avant le 6 août 1945, décrivant avec beaucoup de candeur et de naturel le quotidien déjà très difficile d’une famille modeste dans ce Japon de fin de guerre (en particulier quand le père est un pacifiste convaincu), puis en déployant au-delà de la date fatidique un long et profond travelling suivant les bouleversement d’un pays lancé dans une reconstruction difficile, les évolutions de la société, les conséquences de la Guerre de Corée et l’avènement d’une nouvelle jeunesse. La fresque de toute une génération nourrie, comme Gen les pieds toujours nus bien ancrée dans le sol, par une forme éblouissante de résilience et de conscience des aspects les plus fragiles de l’existence. Souvent dure, parfois très crue, la série qui peut résonner comme une succession de drames et de tragédies, s’explorant comme un document informatif passionnant (Gen d’Hiroshima a souvent été mis à disposition dans les médiathèques scolaires) et aussi un véritable manga jeunesse qui se met constamment à hauteur de gosses. Le comportement fantasque, la multitude de petites bêtises, de réactions emportées et la franchise des sentiments des jeunes héros parle directement à un gosse d’un peu moins de dix ans, même ceux d’aujourd’hui. Beaucoup ont reproché d’ailleurs à la série une ligne graphique à l’ancienne, presque vieillotte ( Keiji Nakazawa n’a jamais caché son admiration pour Osamu Tezuka), mais cette fausse naïveté, celle ligne exacerbée, aux lisières de la caricature, apporte une certaine intemporalité et une universalité qui traversent les années, nourries par une émotion et une indignation intacte.
Cinquante ans après ses débuts dans les pages de la revue ultra populaire et grand publique Weekly Shonen Jump, Gen aux pieds nus semble toujours aussi important et véhicule un discours lucide et tristement moderne sur les immenses dangers de l’arme nucléaire (plus présente encore aujourd’hui qu’alors), les grandes faiblesses de nos sociétés modernes et la nécessité de la fraternité et de l’alliance entre les peuples. Incontournable cela va de soi.




