EMERGING

エマージング – Japon – 2004
Genre : Thriller, Catastrophe
Dessinateur : Masaya Hokazono
Scénariste : Masaya Hokazono
Nombre de pages : 568 pages
Éditeur : Kurokawa
Date de sortie : 9 octobre 2025
LE PITCH
Vent de panique au Japon ! Shinjuku, l’un des principaux quartiers de Tokyo, est en proie à une crise sanitaire sans précédent ! Un homme d’affaires s’effondre soudain sur la voie publique, secoué par une série de convulsions. L’homme ne mettra pas longtemps à se vider de son sang. Son agonie est courte, sa mort, violente. Les professeurs Onodera et Sekiguchi, chargés d’autopsier le cadavre, concluent rapidement à une maladie contagieuse de type viral.
Crise sanitaire niveau 1
Publié une première fois en France en 2006 sous la forme de deux tomes, la seconde série importante de Masaya Hokazono (Inugami, Freak Island…) revient au format intégral chez Kurokawa. Un thriller médical bien tendu et d’autant plus efficace presque vingt après que depuis les grandes épidémies se sont multipliées.
Lorsque le mangaka Masaya Hokazono s’est lancé dans l’écriture d’Emerging, il officiait, de la même façon qu’un film comme Alerte, comme une mise en garde… presque un récit de science-fiction. Aujourd’hui, après la fameuse crise du COVID qui effectivement impacta tous les pays du monde, son récit catastrophe semble bien moins fantasque et exagéré que cela. Naturellement, il n’est pas question d’un coronavirus qui attaquerait les poumons (tristement peu spectaculaire), mais bien d’un virus plus agressif encore provoquant des fièvres hémorragiques terribles. Auteur connu pour ses mangas d’horreur comme Hurlements, Indomnia, Manga of the Dead ou Freak Island, Masaya Hokazono n’est jamais économe sur les explosions sanglantes, tout autant que sur les détails médicaux les plus scabreux (yeux qui se liquéfient, chairs qui se désagrègent…), mais ne glisse jamais dans le gore gratuit. Ses planches souvent très graphiques servent clairement à faire monter la tension, la pression, alors que la contamination se propage peu à peu dans les rues de Tokyo.
Traitement choc
Assisté par un véritable Docteur nippon spécialiste de la question, l’auteur joue surtout sur l’invisibilité de la menace, jaillissant parfois effectivement sous la forme la plus grotesque et terrible qui soit (certains corps boursoufflés restent en tête), la présentant comme une omniprésence insaisissable, sortent de flocons flottants et invisibles qui tombent inexorablement sur tout ceux qui croisent une personne déjà infectée. Il se montre aussi plutôt pointu dans l’exploration des différentes phases de la progression et l’impact qu’elles peuvent avoir sur la population, de la stupeur à la panique. Très efficace dans sa construction des planches et dans la finesse sobre de ses illustrations, le mangaka pousse constamment vers le réalisme, s’efforçant presque d’approcher un ton direct documentaire, journalistique. De quoi happer le lecteur dès les premières pages et la terrible errance du fameux patient zéro, et l’entrainer dans l’enquête contre la montre menée par deux jeunes médecins des urgences, rejoints un peu plus tard par une épidémiologiste un peu trop fascinée par les virus, dans un pays qui se croyait totalement à l’abri de ce type de situation catastrophe. Cette vision d’un système administratif bourré de restrictions, de préjugés et retreints par des accords internationaux (en particulier avec les USA), n’est d’ailleurs pas sans rappeler le Shin Godzilla de Hideaki Anno.
On pourra sans doute regretter que certains éléments ne soient pas poussés plus loin, que l’auteur ne soit finalement pas plus cruel que cela avec ses personnages (la trame parallèle avec le jeune couple adolescent n’est pas des plus accrocheuse) et que finalement la série ne dure pas plus longtemps afin de s’échapper au-delà des frontières japonaises. Mais le suspens affirme une justesse bien souvent inquiétante, visionnaire pourquoi pas même.
A noter une petite curiosité sur cette nouvelle édition française, imposante dans sa pagination, l’ajout par l’éditeur d’un cahier touristique très bien documenté concocté par Lonely Planet pour ceux qui voudraient visiter les lieux du drame à Shinjuku.




